MALADIES DE LA CONTINENCE
veuves à l'hystérie, ou encore des femmes mariées avec des maris impuissants. Mais la surexcitation des organes génitaux doit être incriminée
beaucoup plussouvent^
Quant à Vanémie, la science et rexpérlence quotidienne nous enseignent qu'elle est en partie congénitale, qu'elle peut affecter les deux sexes à tous les âges, et de plus que ses rapports avec les fonctions génitales sont plus que problématiques. Enfin, cette affection trouve de nombreuses causes . de développement dans la façon dont on comprend
actuellement la vie intellectueUe.
Les troubles de la menstruation peuvent aussi bien s'observer chez les femmes mariées que chez celles qui ne le sont pas. Ils sont souvent associés à de
l'anémie ou à des lésions de la matrice qui n'ont pas le moindre rapport avec le fonctionnement ou l'inactivité de cet organe.
Malgré tout ce que j'ai dit, je ne conteste pas qu'une femme mariée à un homme sain, raisonnable, sachant ménager son épouse, se porte
mieux que lorsqu'elle était jeune fille et même qu'une femme du même âge, non mariée. Je reconnais encore que, d'après les statistiques, la mortalité est moins grande chez les femmes mariées
(1) Ilandbuch der speciellen Pathologie und Thérapie. Eà'ii.mr
H. von Ziemssen, XII, 2« édition. Leipzig, 1877, p. 503 et suiv.
ayant passé la première jeunesse, que chez les célibataires. Mais tout cela ne prouve ni qu'il existe des maladies produites par l'abstinence, ni que
l'état physique et psychique de la femme serait amélioré, si cette dernière prenait part aux jouissances génitales, selon le précepte de Nordau et de Brandès, en s'affranchissant des préjugés actuels.
Laissons maintenant la femme de côté, pour revenir à l'homme. Le célibat n'a-t-il pas ses inconvénients et ses calamités pour un homme qui
est parvenu à la maturité génitale? je vais encore
donner la parole à Acton :
« Deux opinions extrêmes ont été émises à ce sujet. Pour les uns, un jeune homme ne devrait
pas avoir de commerce avec une femme; d'ailleurs le besoin ne s'en ferait pas sentir, ou, du moins, ne serait pas impérieux. Il ne serait même pas nécessaire de mettre les jeunes gens en garde contre certaines relations, ni de leur prêcher la chasteté. D'autres pensent, au contraire, que les ennuis qui résultent de la chasteté sont si considérables, qu'ils justifient leur impureté, ou tout au moins Texcusent. Entre ces deux opinions extrêmes, on trouve tous les intermédiaires. A mon avis, pour un jeune homme qui a été élevé dès son enfance avec attention et
dont l'âme n'a pas été souillée par des pensées impures, la pureté est un but facile à atteindre,
Sy/
*o^ l'hygtène sexuelle
sans qu'il soit pour cela besoin d'efforts surhumains. Chaque année d'abstinence volontaire lui rend, par la force de l'habitude, la chasteté moins dure. Mais il est cependant difficile de nier qu'un nombre respectable de jeunes gens plus ou moins continents, sont tourmentés, de temps à autre?
par des troubles qui ne sont pas nég^iigeables.
« Les hommes à demi continents, ceux qui voient le droit chemin devant eux, qui l'approuvent, mais qui suivent le mauvais, ces hommes qui n'ont ni le cynisme des matérialistes endurcis, ni la force de l'homme qui reste chaste pour sa conscience, souffrent à la fois de ce qu'ils se refusent à eux-mêmes certains plaisirs et des remords que leur suscite ridée de leur chute. Nombre de faits confirment ce que nous venons de dire, et ces exemples se trouvent aussi bien dans la jeunesse dont nous nous occupons plus particulièrement, que chezleshommes mûrs. L'expérience journalière nous amène des malades qui se plaignent que leur continence prolongée leur occasionne une telle surexcitation du système nerveux qu'il leur est complètement impossible de fixer leur attention sur un sujet quelconque. Leurs études deviendraient impossibles sous prétexte qu'ils ne peuvent rester assis tranquilles ; aussi les travaux qui doivent être faits assis sont-ils com-
MALADIES DE Lk CONTINENCE 105
plètement interrompus par les pensées erotiques, qui viennent hanter notre malheureux patient.
« Quand j'entends des hommes formuler ces plaintes, je suis bien certain de l'aveu qu'ils vont me faire immédiatement après, aveu qui devra
nous expliquer tous ces troubles. Je m'attends à
ce que ces malades me disent que le remède qu'ils ont choisi eux-mêmes a été tout-puissant : les rapports sexuels ont permis à l'étudiant de reprendre immédiatement son travail ; le poète a senti de nouveau couler sa veine poétique ; les visions obscurcies du peintre s'éclairent plus puissantes et plus vives, alors que Técrivain qui, pendant plusieurs jours, n avait pas été capable d'écrire deux phrases de suite, s'étonne, après avoir vidé ses vésicules séminales, de créer les plus adorables
chefs-d'œuvre !
« Chez les individus dont nous venons de parler, l'abstinence produit sûrement cette surexcitation. Mais aucun de ces symptômes, si manifeste qu'on le dise, n'autorise le médecin à prescrire le remède que le malade avait choisi, ni même à l'approuver tacitement.
« Je proteste de la façon la plus énergique contre le droit que s'arroge un médecin qui conseille un tel remède. Il est préférable pour un jeune homme de mener une vie pure. Ceux qui s'abstiennent de
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tout commerce avec les femmes ne souffrent que
peu ou poînt de celte surexcitation, tandis que l'homme impur peut bien compter que dès qu'il se produira une pléthore séminale, il sera torturé par Tun ou l'autre des symptômes dont nous parlions plus haut. La satisfaction de ses instincts exige, pour devenir un moyen efficace, d'être répétée dès que de nouvelles sensations insolites se reproduisent.
« La vérité est que beaucoup d'excellents jeunes gens sont beaucoup trop heureux de trouver une excuse à leurs désirs, pour essayer de les ré«^ler et de les dominer. Je suis convaincu, pour ma part, que tous ces troubles génitaux sont fort exagérés, sinon inventés de toutes pièces, dans le but que nous savons*.
« Si un jeune homme voulait endurer les plus
raves inconvénients que puisse procurer la vie sexuelle, il n'aurait pas de plus court chemin pour arriver à son but que de prendre une maîtresse
(1) Il me paraît intéressant d'opposer h ce témoignage médical 1 opinion de Geijerstam : « Savez-vous qu'un homme qui passe sa vie a remplir un tel devoir (c'est-à-dire l'abstinence continue) tiouve à peine le temps et la possibilité de faire autre chose '^ Toute sa lorce est dépensée dans cette lutte homérique de l'auto-
castration; ses plus belles années se perdent à livrer un dur combat dont rinfluence paralysante, pour ne pas dire destructive, qu'il
exerce sur ses facultés intellectuelles ne peut guère être soupçonnée que par celui qui en a été lui-même plus ou moins l'objet. Quand on connaît d'avance les suites défavorables qui résultent de cette pureté si obstinée, on devrait réfléchir à deux fois avant d accepter d'être le juge d'un tel différend .. Stridsfragar, p. 53-54.
MALADIES DE LA COiNTlNENCE
dans rintention de redevenir continent, quand une
fois il aurait passé sa première fougue.
« La difficulté de rompre avec une habitude qui s'enracine si rapidement dans chaque fibre de Toro^anisme humain est si grande que l'on peut dire à tout jeune homme qui entre dans la voie du vice : « Tu t'aventures dans un chemin où lu ne pourras « jamais revenir sur tes pas ' . »
Les troubles purement physiques qui accompagnent la continence, aussi bien chez le jeune homme que chez l'homme marié ou le veuf, ne sont marqués chez les individus sains que par une sensation Je pléthore sanguine, de tension, de légère pression, etc., et ces troubles ne seraient pas si gênants s'ils n'étaient exagérés chez les jeunes gens, si
leur imagination n'était excitée à un degré extraordinaire par des livres, des images et des caricatures erotiques.
Depuis que je m'occupe publiquement de ces choses, j'ai reçu de nombreuses confidences sur ce sujet, de la part d'étudiants sains de corps et d'esprit; ceux-ci m'ont reproché de n'avoir pas assez
insisté sur la facilité avec laquelle les désirs des
sens pouvaient être réglés et dominés. Pendant mes vingt années de pratique médicale, j'ai eu Toc-
(1) Loc, cit., p. 17 et suivantes.
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casîon de voir ou de traiter beaucoup de personnes au point de vue génital, surtout beaucoup Je jeunes gens appartenant à toutes les classes de
la société; j'ai eu roccasion de recueillir les opinions les plus diverses, de causer avec des hommes dont les uns avaient un passé irréprochable et dont j les autres avaient eu une jeunesse impure ; mais je n'en ai jamais rencontré un seul qui, étant admise la bonne volonté du sujet, ait déclaré impossible la domination absolue de ses sens.
Influence de la littérature sur les mœurs. — Sxemples.
J'ai déjà dit que les désirs sexuels pouvaient être éveillés par la lecture de bien des livres, et c'est ce qui arrive très souvent. Avant de vous rendre compte de mes opinions personnelles, je vais déjà vous citer celle d'un Français. Je vous prie de remarquer tout d'abord que cet auteur n'est
m un clérical ni un moraliste austère; îl s'appelle Charles Mauriac; il est syphilographe et auteur d'un article dans lequel il conseille aux onanistes de se guérir par le commerce avec les femmes. Cet auteur s'exprime ainsi :
« Pendant le xvni° siècle, la préoccupation de toutes les choses de l'amour, envisagé surtout
SOUS son côté physique, s'empara vivement des
esprits. La hardiesse de la pensée et la liberté du
lan<^aîre la traduisirent sous les formes les plus variées. Elle n'était du reste que le reflet et l'expression de mœurs plus dépravées qu'elles le
furent à aucune autre époque. Dans cette corruption qui s'empara de toutes les classes de la société, le tempérament eut sans doute une large part, quoiqu'il semble avoir été moins impétueux, moins primesautier qu'au xvi' siècle et au temps (les empereurs romains. Mais si la débauche ne fut ni aussi grandiose ni aussi monstrueuse, elle devint plus raisonnée et pour ainsi dire plus philosophique. On n'était pas pour rien dans le siècle de Y Encyclopédie et de la vulgarisation. Le vice ne se donnait plus la peine de se cacher; il s'étalait alors
au grand jour, comme pour se venger de l'hypocrisie forcée à laquelle il avait été condamné dans les dernières années de Louis XIV. On eût dit en outre qu'il avait besoin de s'expliquer lui-même et
Je tenir école. N'est-ce pas là ce qui le caractérise
et ne faut-il pas attribuer à cette sorte de pédantlsnie cynique, dont on retrouve une teinte plus ou inoins prononcée, même chez les plus grands écrivains, l'éclosion d'une littérature immonde où les désordres et les aberrations des sens furent décrits et comme enseignés avec un mélaoge de frénésie
et (le méthode rationnelle dont on n'avait pas eu d'exemple jusqu'alors. Ces étranges obscénités qui
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1^0 l'oygtène sexuelle
se débitaient presque ouvertement en France et à l'étranger étaient écrites en français. C'était la langue la plus répandue et qui s y prêtait le mieux. Ces écrits inondèrent l'Europe et le monde. Il n'en existe aujourd'hui que de rares exemplaires. Sortis de la corruption, ils la formulèrent sous tous ses
modes, même les plus abjects, et ils la propagèrent
avec toute la fougue du prosélytisme. Les débordements du xviii'' siècle donnèrent naissance à une littérature médicale et scientifique destinée à les combattre et accessible à tous les lecteurs qu'elle avait la prétention de moraliser*. »
Il me semble que ce jugement porté sur la littérature du xviii' siècle pourrait s'appliquer en
grande partie à celle qui — j'espère — avec un moindre succès, a essayé de se faire jour dans ces dix dernières années.
Les opinions que j'ai émises sur la liltérature moderne m'ont valu des objections venues de différents côtés, et dont quelques-unes m'ont été faites par correspondance privée. Je me suis peut-être un peu trop rapidement exprimé dans les pages que l'on vient de lire; je tiens maintenant à m'expliquer plus longuement. Je sais parfaitement que d'autres temps ont fait, naître une littérature autre aussi
(1) Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurnie, t. XXIV, p. 49i. "^
INFLUENCE DE LÀ LITTÉRATURE SUR LES MOEURS lU pour charmer leurs loisirs. Ceux de mes contemporains qui brûlaient d'empoisonner leur jeunesse, se servaient à cet effet, pendant leur vie de collège ou d'étudiant, de lîoccace, de Gazanova, de Faublas, de Paul de Kock, etc.. On n a plus besoin, aujourd'hui, de metlre la jeunesse studieuse en garde
contre ces auteurs; leurs ouvrages ne sont demandés dans les bibliothèques publiques que par des lecteurs plus âgés. Les étudiants suivent le courant de leur époque et lisent Zola, Strindberg,
Krohg, Garborg, etc.
Si néfaste que soit l'influence des premiers auteurs, je considère celle des seconds comme plus
dangereuse encore. Ce n'est pas tant par euxmêmes qu'ils sont redoutables, mais plutôt parce qu'ils ont pu conquérir une grande partie de la critique littéraire dans la presse périodique, de sorte que leurs œuvres et leurs idées sur le monde sont prônées comme des merveilles dignes d'être imitées.
Du temps de ma jeunesse, jamais on ne lisait
de semblables éloges des auteurs que je cite plus haut. La presse se faisait au contraire un devoir de les juger sévèrement quand elle en trouvait l'occasion. Quand aujourd'hui l'on se permet seulement d'effleurer les œuvres de ces auteurs, on soulève immédiatement, de la part de ces derniers.
une tempête qui se traduit par de véhémentes récriminations.
G. de Geijerstam cherche à prendre sous sa protection la branche suédoise de cette littérature « qui a réveillé les sens » ; il veut que la connaissance des choses soit la première condition du progrès, que celui-ci soit à réaliser en morale ou ailleurs'.
Oscar Levertin descend dans l'arène comme représentant du genre moderne français et déclare que Nana de Zola, la Fil/e Elisa des frères Concourt, et Bel Ami de Maupassant sont des chefsd'œuvre qui palpitent d'un réalisme si vivant, qui brûlent d'une chaleur si ardente qu'ils ont atteint la plus haute perfection à laquelle l'art puisse prétendre. Selon Levertin, un lecteur capable de porter un jugement sain ne peut même pas songer « que
ces ouvrages se soient permis quelqu'alleinte à la morale »-.
Je ne prétends pas qu'aucun de ces auteurs ait écrit son ouvrage avec l'intention directe de soutenir le vice, mais il faut qu'ils connaissent assurément bien peu les hommes pour ne pas reconnaître que des livres peuvent devenir pour la jeunesse
des causes de dépravation. Je laisse maintenant à d'autres le soin de juger si Zola doit être dégagé de
(1) Comparez Hvad vill Lektor Personne ?
(2) 1886. Revy lUenira och socîala fragor, p. 151.
toute responsabilité et si son éditeur seul doit être
bUmé quand sa mm a été ornée d'illustrations
destinées à une édition populaire.
Levertin ajoute plus loin « qu'un homme qui se scandalise devant VUngdom de Garborg ou le Ett dockhem de Strindberg est ou un pharisien ou un être bien à plaindre ». Quant à moi, je dois avouer que ces deux ouvrages me sont profondément antipathiques, et cela parce qu'ils sont faux, parce qu'ils approuvent hassement la force brutale et le crime, enfin parce qu'ils sont avilissants dans leur ensemble. Quelle que soit la catégorie de lecteurs hypocrites dans laquelle M. Levertin me
range, son jugement m'est parfaitement indifférent. On sait jusqu'où ont été certains auteurs parmi ceux que nous citions tout à l'heure. Quelques-uns ont été si loin que leurs adeptes eux-mêmes ont été forcés de les abandonner en route ; c'est, on le sait, ce qui est arrivé à Strindberg. Pour se faire une juste idée de Garborg, il suffira, je pense, d'une
courte citation :
« Tonnerre ! une si belle fille î elle n'a pas plus de seize ans — parole d'honneur ! si je pouvais l'épouser, je n'aurais plus tant d'écœurements à cause
de mon ami SuUich... Hum ! si j'essayais! je pourrais frustrer la fabrique et faire augmenter mon salaire, car il fautse présenter huppé... Pourvu
L nVGIENE SEXUELLE
Ri
que Rasmus ne s'y soit pas déjà abonné. 11 est si tartufe, le cochon ; je n'ai pas deux liards de confiance en lui... Enfin, je crois que je vais me risquer tout de même... seize ans! si j'ai delà chance, elle est peut-être encore vlerg-e ^ ! »
Laissez-moi vous citer encore quelques mots d'un autre auteur considéré comme appartenant à l'école des « jeunes suédois ». Ces paroles vous édifieront, j'en suis convaincu, sur l'esprit qui domine dans ses ouvrages. Je relève dans OJa Hansson les passages suivants :
« Je n'ai plus désormais d'autre but que d étudier
l'amour des sens et d'en jouir '. »
« J'ai fait de cette étude et de ces jouissances un art délicieux, et tous mes vœux, tous mes efforts dans cette vie ne tendront plus qu'à le cultiver jusqu'à la perfection ^ Je le couche sur ma table d'autopsie et le dissèque par la pensée *. »
« A quoi bon essayer d'établir un diapason normal pour nous guider dans la conduite de la vie, puisque nous sommes fatalement poussés et dominés par des forces inconnues ; puisqu'on somme nous
ne connaissons des secrets de notre vie sexuelle que
(1) Ungdom, beriitttlser, (if vers af G. de Geijerstam. Stock h. 1885, p. 204-205.
(2) Sensitiva amorosa, Helsingborg 1887, p. 3.
(3) Loc. cit,, p. 4.
(4) Loc. cit., p. 10.
les graines et les bourgeons qui germent et poussent autour de nous'... »
« \insi, je me suis marié avec elle sans l'aimer davantage en réalité que j'aurais pu aimer toute
autre femme rencontrée sur moa chemin. Je l'ai épousée simplement parce que j'ai trouvé sa résignation si touchante qu'il eût été dommage de ne pas y répondre. D'ailleurs j'étais blasé de mes liaisons de garçon ^ »
« J'ai eu commerce avec des femmes de toute sorte, la plupart faciles à acheter ; — dans quelques CdS nos rapports ne furent commandés que par inclination pure ; mais le but et le résultat furent toujours les mômes : quand j -étais arrivé à ce que je voulais, tout était fini, —un caprice, un acte brutal, puis un abattement, en général un sentiment de dégoût; dans les cas les plus heureux un souvenir mélancolique — et voilà tout'. »
Je crois que dans les passages que nous venons
(le citer, 01a Hansson s'est exprimé assez clairement pour que nous n'ayons besoin ni d'explications ni de commentaires. Je me contente de faire remarquer que ce vieux précepte, vrai au point de vue physiologique « de ne pas se contenter de regarder
(1) Loc. cit., p. 25.
(2) Loc. cit., p. 29.
(3) Loc. cil., p. 100.
LUYGlEiNE SEXUELLE
IHI'
une femme pour la convoiter » n'est pas seulement
ignoré de l'auteur ou de ses héros, mais que celui-ci propose précisément le contraire comme ligne de conduite. Je demande sincèrement aux parents et aux pédagogues, si un tel individu u encore le droit de s'agiter librement au sein de la société, et s'il ne vaudrait pas mieux pour lui el pour l'humanité qu'il fût interné dans une maison de santé ou de convalescence. Quand, par hasard un journal suédois s'est permis de dire franchement sa façon de penser, et d'assigner à la Semitka amorosa la place qui lui convient, on a vu immédiatement accourir les tristes prosélytes de Fauteur, M. Georges Brandès en tète, et lui prodiguer leur admiration dans un style emphatique ; puis e est Stella Kleve qui déclare cet ouvrage un «livre si profondément empreint d'une pudeur presque ascétique... je devrais dire animé par une conception éthérée du plus pur amour, etc.. » *.
Bans une réclame faite par l'éditeur, dans le Stockholtns Dagblad, on lit encore un extrait d'un article de la Neue freie Presse dans lequel il est
dit que « le fond de cet ouvrage élait la chasteté, une pureté d'une délicatesse presque maladive » (??).
(1) Skamka. Affonbladet, 2 déc. 1887.
(2) Comparez Geijerstam, Ilcadwill lektor Personne? p. 21.
On doit bien penser que des personnes sensées
ne se laisseront pas jeter de la poudre aux yeux et aveugler à ce point. Mais à ce genre de lecture, la jeunesse inexpérimentée peut d'abord se troubler puis devenir la proie du séducteur.
On entend dire quelquefois par telle ou telle personne que la littérature n'a en réalité aucune influence, qu'elle ne produit pas les mœurs, mais que c'est le contraire qui a eu lieu ; il me semble que c'est singulièrement rabaisser Timportance (lu plus puissant instrument du bien ou du mal.
Tous les médecins expérimentés ne connaissent que trop bien l'influence de la littérature précisément dans la question qui nous occupe. D'après mon expérience personnelle, je puis affirmer que
chaque ouvrage de ce genre qui attire particulièrement l'attention du lecteur, comme par exemple Samhallslàrans Grunddrag ou Giftas amènera au médecin un nombre plus ou moins considérable de jeunes gens qui lui tiendront à peu près ce langage : « Monsieur le docteur, je me suis etforcé jusqu'à présent d'avoir une vie chaste (ou bien : selon votre conseil, j'ai cessé depuis telle OU telle époque tous rapports sexuels), mais je lis maintenant que ce genre de vie est nuisible, très nuisible à ma santé, et le fait est* que quand je m'examine attentivement je sens que... » Dans ces
cas-là, malade et médecin sont souvent obligés de remonter ensemble le dur sentier de la persuasion et de la déshabitude, ce qui eût été complètement inutile si un ouvrage de ce genre n'avait séduit ce jeune homme ou provoqué une récidive.
L'influence de la littérature a été qualifiée en ces termes par Beale : « De tous les maux contre lesquels le Bien ait à lutter pour étendre son influence, la littérature immorale est le plus grand et le plus difficile à terrasser. Il n'est pas de classe de la
société, de vocation, de profession qui n'ait été
débordée sous une forme quelconque par une presse corruptrice. La jeunesse elle-même n'est pas épargnée. 11 n'est que trop évident qu'un mauvais livre peut anéantir ou rendre infructueux le patient et minutieux labeur de beaucoup d'hommes sensés*. »
Le môme auteur propose de soumettre, en ce
qui concerne leur moralité, les ouvrages littéraires à une demi-douzaine de censeurs qui joueraient le même rôle que ceux qui existent actuellement pour le théâtre et qui interdisent les pièces portant atteinte à la moralité ^ Il est vrai que l'auteur luimême n'a pas grande confiance en la possibilité d un tel tribunal ; étant donnée la génération
(1) Loc. ciC, p. 24. •
(2) Loc. cit., p. 87.
actuelle, je crois qu'il a parfaitement raison. C'est donc avec d'autant plus de joie que l'on applaudit aux paroles qui suivent : « Nous craignons qu il
soit aussi impossible d'arrêter ce courant néfaste
par une opposition directe, que d'assigner une limite aux vagues impétueuses de l'océan ou d arrèler les glaciers dans leur course éternelle. Il est à craindre que le seul moyen par lequel on puisse arriver à vaincre l'ennemi, doit ôtre cherché dans un lent processus par lequel l'activité et l'ardeur des hommes changeront de direction pour satisfaire d'autres désirs. Grâce à cette évolution, la question relative à la littérature immorale et corruptrice se trouverait limitée et tranchée d'elle-même; les auteurs d'argent et les éditeurs sans conscience ne se trouveraient plus suffisamment rétribués pour la peine qu'ils se donnent de salir le monde de leurs ordures. Je ne crois pas qu'il faille compter sur l'aide de la loi, de l'Église ou de l'Etat; en pratique ces autorités sont désarmées. Les hommes demandent à satisfaire leurs goûts, et tant que ces derniers n'auront pas changé, il faudra tenir compte de leurs exigences'.
Que personne d'entre vous ne s'imagine, messieurs, que celui qui rompt une lance en faveur de
(l) Loc. cit., p. 85.
l'hyg^iène sexuelle et de la morale concentre ses attaques uniquement contre la littérature contemporaine. Il ne sait que trop bien qu'il existe d'autres agents non moins puissants d'excitation et de corruption; par exemple les opérettes lascives et tous les genres de cafés-concerts, etc.. Des voix autorisées se sont déjà élevées contre ces plaisirs, mais elles ont été couvertes par les applaudissements de ceux qui les protègent. La presse périodique semble déjà avoir capitulé devant eux et les avoir approuvés, ou du moins avoir reconnu qu'ils font inévitablement partie de la vie des grandes villes. Celui qui s'élève contre ces représentations passe pour un hypocrite ou un rigoriste intraitable. Si G. de Geijerstam et son école voulaient s'unir à nous dans le but d'effacer ces hontes, nous ne leur ménagerions pas nos encouragements dans cette circonstance ^
Encore un mot sur la propagation des illustrations impudiques. Je vous affirme qu'un médecin
ressent une pénible impression quand, en entrant
dans la chambre d'un étudiant ou d'un jeune homme quelconque, il voit ses murs et son bureau couverts de dessins représentant des femmes plus ou moins nues. Je ne parle naturellement pas de
(1) Comparez Hvad will kktor Personne? p. 20.
" ,.Pi.„EN-cES IMMORALES AUTRES OUE LA LITTÉRATURE 121
la Yénus de Milo ni du « Perce-Neige » d'Hasselberg, mais du portrait de M'- X ou Y, (le telle ou telle écuycre ou chanteuse de caféconcert photographiées, habillées ou nues, dans les poses les plus légères. Enfin, si l'on ajoute à tout cela toutes ces images obscènes dessinées sur des
étuis à cigares ou livrées SOUS forme de kelo-
ques, de cannes ou do mille autres articles, ainsi que celles qui sont publiées dans les journaux, on verra que le vice met bien des moyens en œuvre pour arriver à ses fins. Je ne puis comprendre pourquoi tant de gens sont tout disposés à gaspiller leur argent pour de telles futilités,
pour des tableaux de femmes nues, alors qu ils
peuvent s'oflrir à loisir ce spectacle dans toutes les salles d'anatomie.
Influences immorales autres que la littérature. Laissons maintenant de côté la littérature et l'illustration, pour nous occuper d'un autre corrupteur aussi important : je veux parler de l'alcoolisme. Il lui incombe une très grande responsabilité dans l'esclavage de la jeunesse, touchant les rapports sexuels illégitimes. Je ne saurais préciser dans quelles proportions il a été cause de chutes morales, mais je sais qu'il n'est pas rare d'entendre dire à des jeunes gens que l'on interroge : « J étais
^^^ L'nYGIÈNE SEXUELLE
naturellement un peu parti... j> Dans l'ivresse et
par I alcoolisme en général, on s^habitue à faire
certaines choses que l'on ne se serait jamais permises autrement; et une fois que l'on a passé pardessus les convenances traditionnelles, surmonté une première fois la honte et étouffé les remords, on garde les mauvaises habitudes en s'efforçant de s'imaginer qu'après tout il y a là un besoin nécessaire. Le nombre des jeunes gens qui se sont jetés
de sang-froid dans les bras de la prostJtution,
ayant les idées nettes, et conscients de ce qu'ils faisaient, est bien minime comparativement à celui des jeunes gens qui s'y laissent entraîner dans l'ivresse. Un médecin militaire anglais a démontré par des statistiques précises que, dans une troupe, les maladies vénériennes étaient bien moins fréquentes chez les soldats sobres que chez les buveurs *.
Dans ce qui précède, j'ai donné plusieurs preuves et cité des exemples qui montrent que l'abstinence chez l'homme est parfaitement possible et qu'on l'observe non seulement pendant la vie de garçon, mais qu'un homme marié peut se voir obligé pour
telle ou telle raison d accorder un long repos à sa
femme. Ces considérations nous amènent tout natu-