‹ L'hygiène sexuelle et ses conséquences morales [microform]Chapitre 36 sur 65 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

rellement à parler des fiançailles et d'examiner

cette question sous le rapport de l'hygiène sexuelle.

Les fiançailles.

On a déjà tant parlé sur les fiançailles, que ce sujet devrait être considéré comme épuisé si l'on n-avalt aussi envisagé le point de vue qui m'occupe particulièrement; or il faut reconnaître qu'on n'y a eu égard que bien rarement.

Laissez-moi vous dire tout d'abord que les fiançailles telles que les pratiquent les peuples germains ont fait de tout temps letonnement des

moralistes des peuples latins, et qu'elles ont une inQuence considérable sur le bonheur du mariage futur. Qu'elles aient été considérées comme une promesse formelle de mariage ou simplement

comme une épreuve qui permette aUX fiaUCéS dC juger de leurs penchants, de leurs quahtés, de leurs idées réciproques, il est incontestable qu'elles ont fait beaucoup de bien. Si nous comparons ce qui se passe ici avec ce qui a lieu dans le mariage, nous voyons tout d'abord qu'un jeune homme, à moins d'être tombé dans le cynisme le plus non-,

chasse de son esprit toute pensée cliarnelle, la première fois qu'il s'intéresse à une jeune fille et plus tard quand il se fiance. Dans le cours des fiançailles, alors que le fiancé jouit des droits que lui

L HYGIÈNE SEXUELUw

accordent nos mœurs et nos usflçes, et dans Te^ poir qu'à un moment donné Tobjel de ses vccux lui appartiendra, il arrive bien à Thomme de penser à la couche nuptiale et aux joies qu'il en allend, mais ce sentiment paraît si nalun»! qiion no «aurait Ten blâmer. La vie génitale des U jeune fillf» évolue moins rapidement en co sens. CcponiJanl elle s'habitue au contact continuel do son fiuiicc^ à ses privilèges intimes, de sorte qu'au niumoiit tiu mariage elle ne le considère plus coiniuc UU élran* ger qui doit prendre par force posses:*ion do son

C'ire, Mais un rnuriage coiidu dans ces condilions

p«ul très 8OMVCJ1I mal lourner; ce*l ce que les inoralthkîîî et k:^ romanciers français ont mis en lumière sous mille formes diverses. Par coniéquenl les avantages des fiançailles ne sauraient vire irop mis en relief, h condition toutefois quelles no durent pas iix>p longtemps. Il est nalurcllcmcnt ini|iossible de leur assijrncr en annccs cl en mois

une liniilo pr«:ci*e. Ccllo dui^ée vurie ttVCC ICS diverses circonstances, telles que l'Oge des COUtractants, leurs goùls^ leur éducation, leurs occupalions, hun domiciles, selon qu'ils habilenl près ou loin l'un de l'aulre, elc. D'une façon générale, on peut dire que les fiançailles qui mi prolongent au delà de cinq ans. à moins de circousUiices tout k fait cxoeplionnclIeA, no sont p«9 à coû»oillor;

elles aont la plupart du temps sans avantages». Dans certaines circonstance», des fiançftiUed décrètes peuvent avoir certaine uUlité pour les deu.\ partis. J'entends par là les pourparlers qui

ont lieu avee l'assenliment de?; parents el en vciUi

desquels deux ieune<; irens doivent se fiancer officiMlemcnl au bout d'un eerUin lemps. Les engagements de ce genre ont. pour un jeune bomme, riivantttgo de lui permettre d exprimer ses sentiments îi sa fianc^'O, a attendre »:a i^'ponse, et de s assurer que. .s*il a réellement l'intention de se fonder un foyer avec la jeune filk qu'il aime, aucun autre ne lui barrera la r^^utc. D'aillcur« tos naiiraîlle* secK'tes font assuiximenl avancer le» cliosos iicaucoup plus activement que des ftaui^aillcs cfficiellw pr^.c<x^ef^, avec leurs vi8ili>s et les devoirs de famille qui font perdrai tant .le temps. Kn ce qui concerne la manière de vivre du fiance, celuî-ci S^slîenl. dans rimmeniUî majorité des cas,de toute liaison ill^-

'«itinie. Jo ne »«uiuiji donc confirmer ce» parcdee de >Vick^cU « que si une union do ce genrr» empêche un jeune homme de satUfairo «illeurs les a. m.'- <ino

lui suscite sa fiancée el que les ^ convenant s > lui interdisent de satisfaire avec elle, celle dcfenvie, si toutefois elle existe, nc«t que très relative • ».

^^) COOlpWS Acion. Loc^ "^î Vf ^^*

Je causais dernièrement sur ce sujet avec lin

de mes collègues plus pessimiste que moi ; il n avait en vue dans sa conversation que les hommes qui avaient eu des liaisons avant leurs fiançailles; il déclara que ceux qui avaient échappé à la syphilis s'abstenaient, pendant leurs fiançailles, de tout rapport sexuel, pour éviter de contracter cette maladie et de TimporLer au foyer domestique. Quant à ceux qui ont été frappés de ce terrible fléau, notre collègue pense qu'ils continuent souvent leur manière de vivre. Il y a beaucoup de vrai dans cette façon de penser, bien que cette opinion ait été émise d'une façon trop générale, mais je me fais une joie de constater qu'elle reconnaît ellemême que la domination de l'instinct génital dépend beaucoup plus qu'on ne le croit de la volonté de l'homme.

Moyens préventifs. — Examen critique de ces moyens.

Par les rapports sexuels, de nouveaux individus

sont procréés. Ces derniers concourentà accroître le

genre humain et à peupler la terre. Le nombre et la rapidité de cet accroissement ont effrayé bien des observateurs réfléchis. Ils ont craint que les hommes devinssent si nombreux sur la terre que celle-ci ne suffit plus à les nourrir, et qu'ainsi un

MOYENS PRÉVENTIFS

plus ou moins f-rand nombre d^êtres humains fussent condamnés à mourir de faim.

Il y a environ un siècle, un auteur célèbre, le

prêtre Malthus, donna à ces craintes une forme scientifique et soutint avec une âpre énergie que le genre humain avait tendance à s'accroître beaucoup plus que ses moyens d'existence. En dehors des

causes ordinaires qui ont pour effet d'empêcher k multiplication des êtres humains, cet auteur voulait inculquer à tout individu des principes qui le conduisissent au même résultat; et ces préceptes étaient : les mariages tardifs et l'abstinence. Plus tard il se fonda une école, composée surtout d'économistes, qui partagea les craintes de Malthus au

sujet du repeuplement de la terre. Ces néomallhu-

siens reconnurent cependant que rincontinence absolue et les mariages tardifs étaient des conditions par trop difficiles à remplir. Ils furent d'avis que les rapports sexuels devaient être encouragés à tout âge, sous leur forme légale, mais quHl était cepend'lnt nécessaire de mettre un frein à Fac-

croissement du genre humain, par l'emploi de

moyens préventifs. Sous ce rapport, les néomalthusiens s'accordent avec ceux qui prétendent, par exemple, que le mariage devrait être plus répandu encore qu'il ne l'a été jusqu à présent. Les partisans des rapports sexuels illimités déclarent encore

avec un certain contentement que les moyens préventifs promettent de les débarrasser des conséquences plus OU moins gênantes de la satisfaction de leurs instincts.

En se plaçant à lun ou Tautre de ces points de vue, des hommes et des femmes se sont efforcés depuis quelques années de vulgariser par des ouvrages populaires les moyens préventifs. A ce groupe d'écrivains appartiennent par exemple

Charles Bradlaugh, le membre bien connu du parlement anjjlais, Annie Besant, la pastoresse bien connue et si chaudement recommandée par ^^ ^' <-^' L.einer dans les salons de locluro Scandinaves, Knut Wicksell, licencié on philosophie, qui, par une quantité do petites hrorhures el do conférences, a essayé do propa-or s«s idérs. .Nou:» devons encore y ajouter lauteur du livre précé-

dominiMit <!it(^ {Sam/uislantns ^ntmidray) QÎndi qn'nn écrivain «ucSdoi» qui a pm Idîcmeill soin do ^sirdcr l'anonyme «lu'il paraît s'être donJlé UU

tilre' usurpe, sur m\ ouvra<:e; enfin un auteur an^'lais. Arthur AIhull.qui a fait traduire <ï1 imprimer û Londres son livre par une personne compé- Icnte en la matière. Cet ouvrage, sous le tijre de Mûtïud de la f^mme martyr, pasito on rovuo les

uI^kJ^V'^!*'^^^^^'':*^ ''f ^ «A«r#; m^4 /r^

«/ KH\a U ux44Ut J* udiliiNi, StockhcOm |«Oii. ' r

MOYENS PRÉVENTIFS

différents moyens préventifs et les recommande aux femmes mariées; mais l'auJeur a la naïveté

de .léclarer qu'il n'a écrit son livrc quc pour ces

dernières et non pour les I.Ues de mauvaises

mœurs*.

Dans l'exposé des moyens préventifs, nous

suivrons le plan du dernier ouvrage dont nous

venons de parler, d'autant plus qu'il déclare que

les procédés indiqués dans les « Grimdziige der

mdbchaftdelm » et dans les « Gcsetze fur dte

Volkmrmehmncj . sont très écourtés et un peu

vieux. ,

Le premier .Iw moyens prcvcnUfs serait un« abs-

tcntion périodique des r*pport* scxuels. Quelques aulcttrs prétendent, en effet, qu'entre deux n.ens- Uunllons, il existe une triode pendant laquelle une femme ne p«ut pas concevoir: le coït ù celle

élK>quc Mirait Joiio toujonr* ,un» résultat. Dot OUtcur» plus ou l.u.i»« moraux ont déclara qu'un tel moven élail plus nature», .noin» rV-pugn^ul que

d'aulres. Mais le malheur cslquc ce précepte repose aur une crrt^ur dobservulion. L'immcn»o majorité de* femmes peuvent concevoir pendant toute 1»

époque, <c\M!i q«» |»cua « ■«• ^^^ Mi^ttmtm wu«m-.

durée de la période inter-menstruelle; aussi a-t-on

recommandé le coït interrompu. Avant lejaculation l'homme devrait se retirer pour éviter que du sperme ne pénétrât dans les organes génitaux de la femme. Pour ne pas échouer, ce procédé exige

que riiomme ne s'attarde pas trop longtemps et qu'il n'introduise pas des spermatozoïdes provenant d'une éjaculation antérieure, c'est-à-dire que les coïts ne se succèdent pas trop rapidement. La nature a voulu que sur les milliards de spermatozoïdes éjaculés il en suffît d un seul qui atteignît IVvuIe, pour qu'il y eût fécondation.

On a encore proposé un autre procédé qui consiste en ce qu'immédiament après l'acte génital, la femme se lève et prenne une injection vaginale qui chasserait le sperme et annihilerait l'activité des spermatozoïdes. Ce conseil est déjà insuffisant pour la raison suivante que, pendant le coït même, un certain nonjbre de spermatozoïdes peuvent pénétrer assez profondément pour qu'un lavage ne puisse plus les chasser j d'ailleurs le Système nerveux de la femme peut être tellement attaqué par 1 acte génital qu'il lui soit tout à fait impossible de suivre l'indication que nous indiquions à l'instant.

On a encore essayé l'emploi de sortes de pessaires, c'est-à-dire de grosses pilules contena^t un sel de quinine, introduits dans le vagin. Ces pro-

MOYENS PRÉVENTIFS

duits devraient fondre par la chaleur du corps, et les spermatozoïdes être tués par la quinine. Pour être efficaces, ces pilules ou boulettes devraient avoir une consistance exactement adaptée aux individus ; sans cela il pourrait arriver qu'eUes ne fondissent

pas au moment voulu. De plus il faudrait les introduire assez soigneusement pour qu'elles ne pussent

ni glisser ni sortir pendant les rapports; or toutes ces^onditions ne sont pas bien faciles à réaliser. On se sert également de capotes, c'est-à-dire d'enveloppes de peau qui entourent la verge — mais personne ne peut répondre qu elles ne se

déchireront pas.^ On a préconisé encore de petites

éponges introduites dans le vagin, pour protéger l'orifice du col. Ce dernier moyen que l'auteur en question considère comme le plus fidèle, a pourtant fait faute assez souvent, parce que l'éponge avait été mal appliquée ou déplacée pendant le coït. Finalement, le gynécologue Mensinga de Flensburg a construit un pessaire occlusif, un anneau

élastique sur lequel était tendue une fine membrane, qui devait fermer l'orifice du col; cet appareil offre l'avantage de pouvoir rester plus longtemps en place '.

(w Dp In Stérilité facultative de C. Basse.

^e^ t^Vs%' inlterCur ce fait, que le D' ^-^^:;:^::^ quand il a traité cette question, inscrire sur son ouNiage le pseu donyme indiqué ci-dessus.

îl

MOYENS PRÉVENTIFS

Je laisse aux hommes compétents le soin déjuger

les moyens préventifs au point de vue social, économique et moral; je ne m'occupe exclusivement que du côté médical et hygiénique. Les objections que je leur oppose sont de deux ordres : ils sont infidèles; ils sont malsains. Ils sont insuffisants parce que la nature, lorsqu'elle lia indissolublement la vie des individus à un instinct sexuel si puissant,

donna aux processus qui doivent engendrer la fécondation une force exceptionnellement grande, bien que dissimulée. Dans bien des cas de malformations OU d'affections des organes génitaux de la femme, le médecin est étonné de voir par quelles voies extraordinaires les spermatozoïdes atteignent leur but : la fécondation de Tovule. Il semble vraiment qu'ils soient doués de la faculté de penser et de raisonner; on les voit pénétrer à travers les canaux les plus tortueux et en suivant parfois les chemins les plus extraordinaires. Souvent, hélas î ces prodiges n'aboutissent qu'à une grossesse qui met la mère en danger de mort ou qui môme la tue. Il n'est pas de médecin qui ne puisse citer des

cas tirés de son expérience personnelle, dans lesquels des moyens préventifs que les malades avaient employés de leur propre initiative ou lus dans des livres, ont été inefficaces; la statistique de la prostitution de différentes villes européennes conduit

d'ailleurs au même résultat. Bien que les rapports

sexuels des filles prostituées avec un si grand nombre d'individus soient défavorables à la fécondation, malgré l'inQuence abortive de la syphilis, et bien que les moyens préventifs soient employés dune façon aussi fréquente qu'inconsidérée, on voit tous les ans un certain nombre de filles publiques devenir enceintes.

De plus, ces procédés sont malsains, d'abord parce qu'ils entravent des fonctions naturelles, et que leur choix est fait brutalement et sans discernement; ensuite — et ce n'est pas la raison la moins importante — parce que leur emploi dispense les femmes de jouir des périodes de repos naturel que commandent la grossesse, Taccouchement et l'allaitement».

Il n'est pas rare non plus que ces moyens préventifs provoquent des troubles des organes génitaux de la femme, comme l'a prouvé le gynécologue américain Gaillard Thomas dans son ouvrage -.

(1) Comparez les communications des membres de la Société des médecins suédois dans son compte rendu 1882, p. 77-78.

(2) « Les procédés mis en usage pour atteindre le premier de

ces buU am^llcnt souvent des désordres utérins. On nc s'en étonnera pas si Ton considère la brutalité de quelques-uns d'entre eux. Les opérations de la naiure en elle, comme dans tous les autres

processus phvsiolojçiiiues, sont parfaites, trop soigneusement et délicatement déterminées pour n'être pas essentiellement perturbées par les moyens grossiers qu'on emploie dans le but de les

déjouer. * Gaillard Thomas, Traité clinique des maladies des femmes. Traduction française de Lutaud, page 30.

s. RIBBING.

L'nYGIÈNE SEXUELLE

Je laisse aux hommes compétents le soin déjuger les moyens préventifs au point de vue social, économique et moral; je ne m'occupe exclusivement que du côté médical et hygiénique. Les objections que je leur oppose sont de deux ordres : ils sont infidèles; ils sont malsains. Ils sont insuffisants parce que la nature, lorsqu'elle lia indissolublement la vie des individus à un instinct sexuel si puissant, donna aux processus qui doivent engendrer la fécondation une force exceptionnellement grande, bien que dissimulée. Dans bien des cas de malformations ou d'affections des organes génitaux de la femme, le médecin est étonné de voir par quelles voies extraordinaires les spermatozoïdes atteig^nent leur but : la fécondation de l'ovule. Il semble vraiment qu'ils soient doués de la faculté de penser et de raisonner; on les voit pénétrer à travers les canaux les plus tortueux et en suivant parfois les chemins les plus extraordinaires. Souvent, hélas ! ces prodiges n'aboutissent qu'à une grossesse qui met la mère en danger de mort ou qui même la tue. Il n'est pas de médecin qui ne puisse citer des cas tirés de son expérience personnelle, dans lesquels des moyens préventifs que les malades avaient employés de leur propre initiative ou lus dans des livres, ont été inefficaces; la statistique de la prostitution de différentes villes européennes conduit

MOYENS PRÉVENTIFS

d'ailleurs au même résultat. Bien que les rapports sexuels des filles prostituées avec un si grand nombre d'individus soient défavorables à la fécondation, malgré l'influence abortive de la syphilis, et bien que les moyens préventifs soient employés d'une façon aussi fréquente qu'inconsidérée, on voit tous les ans un certain nombre de filles publiques devenir enceintes.

De plus, ces procédés sont malsains, d'abord parce qu ils entravent des fonctions naturelles, et que leur choix est fait brutalement et sans discernement; ensuite —et ce n'est pas la raison la moins importante — parce que leur emploi dispense les femmes de jouir des périodes de repoS naturel que commandent la grossesse, l'accouchement et l'allaitement».

Il n'est pas rare non plus que ces moyens préventifs provoquent des troubles des organes génitaux de la femme, comme l'a prouvé le gynécologue américain Gaillard Thomas dans son ouvrage ^

(1) Comparez les communications des membres de la Société des médecins suédois dans son compte rendu 1882, p. 77-78.

(2) € Les procédés mis en usage pour atteindre le premier de ces buts amènent souvent des désordres utérins. On ne s'en étonnera pas si Ton considère la brutalité de quelques-uns d entre eux. Les opérations de la nature en elle, comme dans tous les autres processus physiolojçiques, sont parfaites, trop soigneusement et délicatement déterminées pour n'être pas essentiellement perturbées par les moyens grossiers qu'on emploie dans le but de les déjouer. y> Gaillard Thomas, Traité clinique des maladies des

femmes. Traduction française de Lutaud, page 30.

S. RIB6ING.

■*iMKa

134 l'hygiène sexuellr

Un spécialiste d'une nation voisine m'a dit qu'il voyait fréquemment des Suédoises atteintes de maladies causées par ces moyens préventifs. Il en conclut que ces procédés et leurs mobiles doivent être très fréquents en Suède.

Les écrivains qui s'occupent d'économie politique recommandent ces moyens préventifs, pour éviter les trop nombreuses familles. Mensinga, par exemple, les recommande aux mères épuisées et

maladives, pour leur éparg-ner les fatigues d'une nouvelle grossesse. En se plaçant à un autre point de vue, Wicksell a insisté de nouveau sur la nécessité (?) pour les jeunes hommes d'avoir des rapports sexuels. Il souhaite que les jeunes gens des deux sexes puissent s'unir comme époux et éviter en même temps la grossesse, jusqu'à ce que leur position sociale leur permette d'élever leurs enfants. Si l'emploi des moyens préventifs est difficile chez les femmes qui ont eu plusieurs enfants, il devient presque impossible à appliquer chez des sujets vierges, chez des jeunes filles. Quand on cite l'exemple de X, Y, Z, qui ont été heureux dans leurs tentatives, ces cas, en partie apocryphes,

ne prouvent rien quand on les oppose à ceux beaucoup plus nombreux suivis d'insuccès.

Celui qui connaît les différences qui existent entre les organes génitaux de la vierge et ceux de

MOYENS PRÉVENTIFS

la multipare conviendra que, chez la première? toute application d'instrument est exceptionnellement difficile ; c^est à peine si des gynécoiogistes instruits et expérimentés peuvent le faire avec succès. Si Wicksell avait eu Voccasion d'examiner des femmes enceintes, dans un cabinet médical, et s'il les avait entendu s'écrier au moment où on leur annonçait leur grossesse : c< Non ! c'est impossible! il (l'amant) m'avait affirmé que cela ne pouvait pas

avoir de suite, » si Wicksell avait fait cette expérience, il est probable qu il ne serait pas si absolu dans son affirmation.

Dans ses conférences et ses discussions publiques, Wicksell a dit que les mœurs qu il proposait étaient en honneur dans certains pays, entre autres à Malaga ; et il indique comme source de ses

informations un travail de WachlmeisiGr. Le SGUl passage relatif à notre question, que j'aie trOUVe dans cet auteur, est le suivant : « Les filles se marient souvent à l'âge de douze ans avec des garçons de quatorze à quinze ans. Gomme ces derniers sont généralement incapables d'entretenir leurs femmes, il est d'usage que le jeune couple se

loue une ou deux chambrGS, iiiais que, pour le reste, chacun des époux retourne dans sa famille y prendre

ses repas jusqu'à ce qu'ils puissent se suffire a eux-mêmes. » Je n'ai rien lu d'autre dans ce livre,

qui soit relatif à noire sujet \ Je regrette que Ton n'ait pas fait de plus amples études sur ces intéressantes particularités de physiologie sexuelle et sociale. En attendant, je ne vois pas en quoi de

telles mœurs pourraient venir à l'appui de la théorie de Wicksell.

Mais ce n'est pas assez que de mettre en lumière les inconvénients physiques de ces procédés, il ne faut pas non plus passer sous silence leurs inconvénients moraux ; ceux-ci existent tout aussi bien pour la femme que pour l'homme. La plupart des

femmes européennes qui ont reçu une instruction supérieure se sentent profondément blessées quand elles se voient obligées de se considérer comme un simple instrument de plaisir, et non comme des individus, des personnalités possédant des droits inaliénables. Il est vrai que nous devons reconnaître que leur sort n'est pas plus heureux quand leurs maris les rendent mères coup sur coup,

sans trêve ni repos, et n'ont même pas pour elles les soins que Ton a pour un bel animal domestique dont on s'efforce sans cesse de conserver la santé

et la vie. ISi c'est vrai pour toute femme mariée, ce l'est doublement pour celles qui appartiennent aux classes ouvrières et qui, dans leur dur travail,

(I) Turistminnen. Stockh. p. 161.

1 07 MOYENS PRÉVENTIFS ^^'

ne peuvent le plus souvent se reposer sur aucune aide Pour ces femmes qui portent déjà une si lourde croix, ce serait un bienfait si leur mari alteisçnait un assez haut degré de perfection morale et intellectuelle pour ne plus considérer les rapports sexuels continuels comme nécessaires et naturels. La philanthropie apparente que les néo-malthusiens semblent montrer dans ces circonstances

n'atteint jamais son but. La femme souffre plus particulièrement de ces procédés contre nature parce que - peut-être par une sorte dinstincl héréditaire — elle aime voir s'enchaîner toutes les phases de la vie génitale. C'est en quelque SOrte à contre-cœur qu'elle voit leur succession mter-

rompue.

L'emploi de ces moyens préventifs est dangereux pour rhomme parce qu'ils éveillent souvent en lui un sentiment de dégoût vis-à-vis desa femme, quand celle-ci — alors même qu'elle y a été poussée par

son mari - a acquis une certaine technique de la

vie génitale laquelle instinctivement, lui paraît opposée à l'intimité profonde, à la chasteté, à la pureté que tout homme attend et exige de son épouse' . Si, pour en Hnir avec la doctrine malthusienne, je voulais formuler à son égard un jugement précis,

(1) on trouvera dans l'ouvrage de Klencke : l'Épouse, une

morale cliasie el élevée. Leipzig, Kummer.

L HYGIÈNE SEXUELLK

je n'aurais qu'à laisser la parole ti Max Nortlau que j'approuve. Le passage suivanl dêinontro clairement que les adversaires de Tordre social actuel ne s^entendent guère entre eux. Il montre au»! que son auteur, malgré toutes ses erreurs, a conserve — sans doute à cause de son origine isra^îlito — les préceptes de cette hygiène sexuelle qui a fait

depuis des milliers d'années la force do son peuple. Voici comment il s'exprime :

« Quand une race ou un peuplo xonl déchus u ce point, leurs membres perdent la faruUi? d'aimer Miincmcnt et naturdleniont. Le sontimont de la famille 5V*teinl. Lea homme» ne vcuienl pas •c marier, parce iju1l leur semble incummode

il accepter la responsabilité d'une autre existence,

et de pourvoir à ses hosoins. Les femmes redoutent les douleurs et les ennuis de la malernit^, aussi quand elles sont mariées s eflVircent-elles par tous les moyens posjtibics d*évîter d*^lre m* r. :«. L'instinct dft la reproduction qui n a plus de but »e perd cbcic les uns, pendant que chcx lc« nuirca il dégénère et se transforme en errements les plus extraordinaires et les plu« roua. L'aceouplcMiicnt, la fonction la plus élevée de lorganismc

se prostitue pour nu plus ^tre qu'un vulgaire caprice; il n'a plus pour but d'entretenir I*intimité

dan» le mariage. maU son c^ul inténH est la satisfaction d un pla'isîr personnel sans utilité el sans vaiour pour le bonheur commun '. »

J-ai soutenu plus haut que les moyens préventifs éUienl incertains, infidèle», el que pour éviter Tac- CT<»i9semenl trop considérable des familles, on en arriverait à avoir recours à d'autres expédients que

n^usent les nvtUhusiens eux-raêrncs : c'est-à-dire à ravortemenl. Je puis, à Tappui de ma thî^^, fournir plusieurs preuves venues d'Amérique. Mais au lieu de m'élendi^ personnelleminil sur celte question, je pr^fc:re laisser la parolc à dcs homnies plus computenls : Tan esl un sociologue anglais; Tautrc un çrvnécologiste américain.

Le premier, William II. Dixon, s'exprime delà

façon suivante :

€ Ce que j'ai vu el entendu pendant mon séjour dans ce pavs m'a conduit à i>€nser que parmi lea femmes appartenant aux classes les plus clevées de la société, il existe une sorte de conjuration ausai élrange que répandue ; elle est sans msligateur nî chef, sans bui^au ni quartier gênerai,

et «0 tient v^ non plu8 d'ag^mUée... MllS SI cette conspiration ounlie parmi les remes de la mode arrivait à son but, nous assisterions à cel

LnmMtmo^ cMventiwnsU, Pam.

effroyable résultat qu'à l'avenir il ne pourrait même plus être question d'une exposition de bébés. » Dixon ajoute comme complément à ces paroles les

Opmions d'une dame américaine :

« Le premier devoir de la femme est d'être agréable à son mari de façon qu'il l'attire à lui et puisse exercer sur elle une influence salutaire. Mais les devoirs de la femme ne consistent nullement en ce que les hommes s'en servent uniquement pour tenir leur maison ni pour qu'elles

passent leur vie à se traîner de la chambre des

enfants à la cuisine, et de là à la chambre à coucher. Elle a le droit d'éviter tout ce qui touche à sa beauté et par conséquent à ses véritables intérêts, absolument comme un homme a le droit de se récrier contre des droits d'entrée illégitimes que l'on voudrait prélever sur sa personne.

<^ Le premier soin d'une femme dlnlérieur est

d'assurer la prospérité de son mari, et puisqu'elle doit ôtre la compagne de sa vie, sa prospérité personnelle. Elle ne doit rien tolérer qui puisse éloigner son époux... Des enfants perdent le temps de leur mère, nuisent à sa santé et la vieillissent de bonne heure. Nous n'avez qu'à descendre dans la rue pour y voir par centaines des jolies fiUes à

peine sorties de l'enfance. Je suppose qu'elles se marient dans un an; eh bien! avant dix ans elles

MOYENS PRÉVENTIFS

seront déjà vieilles et flétries. Alors aucun homme ne s'occupe plus de leurs charmes. Leurs maris mêmes ne retrouvent plus l'éclat de leurs yeux ni

la fraîcheur de leurs joues. Elles ont sacrlflé leur

vie à leurs enfants. »

Dixon ajoute que, d'après son expérience personnelle, « dans toutes les contrées de l'ouest, les mères ont une fierté légitime de posséder une grande famille... mais ici, dans la nouvelle Angleterre, à New-York, il y a sous ce rapport des diffé-

rences essentielles ' ».

La femme américaine s'entend aussi bien que sa sœur de France à user des moyens préventifs ; elle en abuse quelquefois tellement que sa santé en souffre. Mais elle ne se contente pas de cela, et quand elle est enceinte elle n'hésite pas à avoir recours à un avorteur ou une avorteuse de profession, si nombreux dans les villes d'Amérique. A ce sujet, le gynécologiste Gaillard Thomas fait

la remarque suivante :

« On n'a pas encore relevé de statistique qui établisse la fréquence des avortements illégaux, et on ne l'établira certainement jamais, car ce forfait échappe au contrôle de la société, et, pour d'é-

tranges raisons, il échappa à l'action directe de la

(l) Var tids Amerika. Trad. par Thora Hammarskold. Stockholm, 1868, 11, p. 111 et suivantes.

1^2 l'uygiène sexuelle

justice. Je sais qu'il est dur de dire que la loi punit avec une sévérité impitoyable celui qui tue son semblable, alors qu'elle laisse pleine liberté à ceux qui tuent un enfant dans le sein de la mère, — et cependant il en est ainsi.

(( Je vais citer quelques faits qui viendront à l'appui de cette affirmation, et qui montreront clairement que ce crime augmente chez nous dans des proportions effrayantes. J'ai en ce moment sur ma table un des journaux les plus répandus, les plus estimés et les mieux écrits de New- York. Il n'est pas seulement accepté dans les cercles les plus

choisis de noire haute société, mais on le rencontre

encore dans les mains des filles et des femmes de toutes les classes. Je lis dans ses colonnes quinze annonces qui émanent sans aucun doute d'avorteurs de profession, — c'est-à-dire d'hommes et de femmes qui font métier de tuer des enfants.

« Il est bien possible que ce fait ait échappé aux éditeurs qui ont la réputation d'être hommes d'honneur, ainsi qu'à la police : mais c'est à peine croyable, car certaines de ces annonces étalent effrontément les avantages que présenteraient les établissements qu'elles recommandent. On y lit qu'ils ont des chambres particulières où les malades peuvent être soignées; qu'il n'est besoin que d'une seule consultation pour atteindre le but désiré, et

MOYENS PRÉVENTIFS

cela sans l'emploi de moyens dangereux pour la vie ou pour la santé.

c< Dans sa dernière assemblée, le congrès américain de médecine de New-York proposa comme sujet de concours pour un prix « un travail court, facile à lire, qui puisse être répandu parmi le sexe féminin et qui expose les peines édictées par la loi et les inconvénients physiques touchant l'avorte-

ment. »

Ce prix fut accordé au professeur H. B. Storer de Boston , auteur d'une excellente monographie Intitulée : « Why not^ ». Il n'est pas rare de lire dans les feuilles américaines des annonces comme

celles-ci : « Lady Sylver PiUs, pour la régularisation des périodes menstruelles. Les femmes enceintes sont engagées à ne pas s'en servir, car ce remède

entraînerait infailliblement un avortement. »

Th. A. Emmet fait la remarque suivante à ce sujet: « Pour rester dans les limites que nous imposent les convenances, nous ne pouvons qu'indiquer les différents moyens préventifs et la fréquence étonnante des tentatives criminelles d'avor-

tement. Je m'adresse à tous ceux qui se sont occupés de gynécologie ; pourra-t-on nous taxer sincèrement d'exagération quand nous disons qu'un

(1) Trailé de Gynécologie, par Gaillard Thomas. Traduit en français par Lutaud.

L HYGIENE SEXUELLK

seul jour nous amène plus de malheur cl de Iris-

lesse causés par la spoliation du mariage que nous n'en voyons dans tout un mois dus à Aes accouchements réguliers dont la marche n'a été trouhh'c par aucune tentative illégitime * ? »

Le D^ II. S. Pomeroy écrit de son c<>U^ : « Je croîs que le péché américain par excellence est d'allcDter à la vie humaine dans le sein maternel et de U

troubler dans son évolution ; si on no remédie à cet état de choses, il en résultera iCA ou lard notre malheur. »

c J'en appelle aux classM moyenneft, parce que c*esl délies que partent le^ idées générales et qu'elles renferment dans leur sein le plus grand nombre de malfaiteurs. »

« Il serait diflicile de trouver un Jomaino à \m campagne, une rue dans une ville, où de>^ enfants niaient éii tuo» avant leur nai^^^ance par C4!uxdà m^mo auxquels les lois humaines et divine» avaient confié leur sauvegarde. Si la loi reste lellru morte, 91 di.^ médecins sans conscienco se mettent du u^té du crime pendant que ceux qui «ont honnêtes se

taisent le plus souvent; si enfin la pre$.se et TÉglise,

imitant les lévites, consentent h fermer les yeux — que faire alors? »

(1} TM prfncfpUi (mol yractke of GjfngccU>$}f. V 6<IUèon.

c Si Ton honorait la reproduction des (^Ires humains de la haute estime, de la considération, de la déférence qui lui sont ducs, on Terrait flcunr la vertu et la pui^lé. La société serait débarra-^sèe de ce forfait dangereux et dégradant commis souvent par i-nonince ; il en résulterait «tns aucun doute une amélioration considiirable dans les eondiliuns inlel- IctHuelIcs, morales et physique-^ des individus. I^ Ci^atcur a donniS à tout ^Ire humain eorlnin* inslincU clcorlrtinc»iMu«»ions qui doivent concourir à UD but déterminé. Cca inslincUet c<»î; passions *ont de fidfcles serviteur», mais do cruels maîtres. Il faut les conduire avec prudence et les surveiller avec soin, ou bien ils apporteront tôt ou tard des troubles et des malheurs; et cependant nos habi-

indo* sociale» exigent que ces insliiicls et ces

désirs soient presque ou complêlemenl ignorés pondant qu'ils se Jéveloppenl.., »

.. Nou--^ voyons dans notre clientôlô des femmes qui ne voudraient pas tuer une mouche, cl qui avouent sans hé^iter, avoir lue une dcmi^louzainc ou plus encore de leurs progénitures; elles parlent

de C€la comme s'ils agissait déjeunes chais qu elles

eussent noyés, pour s'en dcbarrasicr '. •

146 L*UYGIÈNE SEXUELLE

L'accroissement de la population.

Je laisse aux économistes politiques le soin de

résoudre la question de l'encombrement de la population et des prétendus dangers que celle-ci entraîne; je me contente d'indiquer quelques procédés que la nature met en œuvre pour obvier à un accroissement trop considérable du genre humain. Un de ces procédés, toujours en pleine activité parmi nous, consiste dans cette restriction étrange de la

puissance fécondante de la femme. Celle faculté, en effet, ne dure pas aussi longtemps que la vie, la santé et la force ; elle touche à sa lin avec la période appelée critique et qui débute généralement de la quarantième à la cinquantième année. Sa fécondité se limite donc à une période d'ienviron trente ans; et, bien qu'après cette époque la

femme puisse encore espérer quelques dizaines d'années de bonne santé, elle ne peut pas, malgré des rapports sexuels, donner naissance à des enfants. Par cette loi particulière à l'homme, et complètement inconnue dans le monde des bêtes, la nature avoulu assurer, dès le début, une limite à Taccroissement trop grand du genre humain ; elle a tenu du même coup à assurer ainsi à Tenfant qui grandit, l'assistance de sa mère qui doit pourvoir à sa subsistance et à son éducation jusqu'à ce qu'il

l'accroissement de la population 147

puisse se suffire à lui-même. Ce caractère particulier à la femme pourra fort bien, dans les généralions futures, et par une évolution toute naturelle,

s'accentuer davantage, de sorte que si Fencombrement devenait menaçant, la période de Tâge critique avancerait de plus en plus.

La nature se sert encore d'un autre moyen, mais qui, pour le moment, est plutôt pressenti que réellement démontré. Ainsi, chez les peuples trop nombreux, relativement aux ressources que leur fournissent leur pays, on note une tendance à rester

au lieu de naissance ; les mariages se font entre voisins qui sont connus pour avoir une bonne position de fortune, etc.. Mais la fécondité de ces peuples est inférieure à celle des autres. C'est après des émigrations en masse, des mélanges de races, des émigrations de peuplades, etc., que Ton observe les

accroissements les plus notables des populations.

Ainsi, la Canadienne française est très fertile, et même beaucoup plus que sa compatriote de souche

' irlandaise ou anglaise.

En ce qui concerne la fécondité dans le mariage, les auteurs mêmes qui ont écrit des livres de sociologie, paraissent avoir des connaissances bien incomplètes à cet égard. Par exemple, le livre que

nous citions plus haut sous le titre de « Grimdziïge der Gesellschaflslehre, évalue le nombre d'enfants

L'flYGlÈNE SEXUELLE

engendrés par un couple à 10 ou 12, y compris les avortements et les mort-nés*. C'est là une grosse erreur. C'est tout au plus si on peut évaluer ce chiffre à 10 en moyenne, le maximum (le fécondité pour un couple d'époux, et encore faut-il que la femme se soit mariée à vingt ans et

que la vie commune ait duré vingt-cinq ans^. Autant qu'il est possible de se renseigner à cet égard, il n'est aucun pays qui atteigne une moyenne

aussi élevée. Sur 100 mariages, ily ena de 18 à 20 dont les uns restent sans descendants, dont les autres sont troublés par la maladie ou brisés par la mort, si bien que la moyenne des enfants légitimes, dans les différents pays, paraît répondre aux chiffres suivants :

En Hollande pour chaque couple 4,88

En Norvège En Prusse En Bavière En Suède En Saxe En Angleterre En Belgique

En Danemark En France

Toutes ces données sont empruntées au même

(1) Loc, cit., p. 433.

(2) Real-Encyclop, der med. Wissensch., IV, p. 329.

(3) Hellstenius. Lot: cit., p. 98.

l'accroissement de la population 149

ouvrage ; ces chiffres ont été sans aucun doute, calculés de la même façon et à la même époque. Si

l'on s^appuie sur d'autres statistiques plus récentes et ayant porté sur des périodes plus courtes, on obtient des chiffres différents et la plupart inférieurs aux précédents. Ainsi, en Prusse, les derniers calculs annoncent une moyenne de 4,114 enfants par couple marié, dont 3, 9o7 vivants et 0,lo7 niortnés^ ; en Angleterre, cette moyenne s'élève, dans ces vingt-cinq dernières années, à 4,10, à 4,12 ^ pour la Belgique, à 2,9 pour la France, enfin elle varie de 2,;i à 3, dans la plupart des provinces orientales de l'Amérique du Nord^ .

On a entendu dire de différents côtés* que, grâce

à l'emploi des moyens préventifs, la fécondité des familles riches était moindre. Le mode de recherches que j'avais proposées dans ce sens aurait pu donner une réponse plus exacte que celles auxquelles je me suis livré moi-même. Je me décide cependant à publier mes résultats ; j'évalue le nombre moven des enfants nés dans le domaine de

Lund, à 4,17 par couple appartenant au clergé ;

(1) RealEncyclopœdie d. med. Wissenschriften, t. V, p. 553 et suivantes.

(2) Mulhall. Fifly years of nal progress. Lond., 1887, p. 113.

(3) .1. V. Tallqvist. Rech. slat. sur la tendance à une moindre fécondilé. Helsin^-sfors, 1866, p. 12-13.

(4) brystlale. Westni. Rcoue, mai 1889.

cette moyenne descend à 3,5 pour les familles de

médecins suédois*. Ajoutons que ces chiffres n'ont

été cralculés que d'après les enfants nés vivants ; si Ton y ajoutait les enfants mort-nés, il est évident que ces moyennes seraient plus élevées.

Par ses statistiques portant sur les familles des pairs d'Angleterre, Sadler a démontré que, lorsque les mariages étaient conclus à un âge convenable, Içur fécondité n'était généralement pas inférieure à

celle des mariages du peuple. Quand la mère était âgée de moins de vingt-six ans, la moyenne des enfants était de 5,13 ; de vingt-six à trente-six

ans, cette moyenne tombe à 3,50 ; au delà, elle descend à 2,89. Les hommes mariés avant leur vingtsixième année, engendrent en moyenne 5,11 enfants ; de vingt-six à trente-six ans, 4,43; au delà de

trente-six ans, cette moyenne n'atteint plus que 2,84".

Dans Touvrage cité plus haut, Drysdale prétend que les riches réduisent volontairement le nombre de leurs enfants, tandis qu'ils voient avec plaisir de nombreuses familles chez les pauvres, parce qu'ils obtiennent ainsi des ouvriers à bon

(1) Cette diminution pour les familles de médecins tient sans doute à la durée moins longue de la vie commune, cette dernière

circonstance étant due elle-même à ce que les médecins meurent

plus tôt.

(*2) Svensen. Loc. cit., p. 56.

l'accroissement de la population 151

marché. Or, la première de ces affirmations est en opposition formelle avec les statistiques de la

plupart des peuples -, quant à la seconde, elle est inexacte pour beaucoup de pays, entre autres pour le nôtre. Ici, les riches ont plutôt une tendance à s'opposer aux mariages précoces dans les classes ouvrières, parce que, la misère devenant plus o-rande, cette circonstance les force à donner davantage aux pauvres.

Le même auteur espère que, dans des temps plus éclairés, toute famille dont le nombre d'enfants aura dépassé un certain chiffre (4, par exemple),

sera réprimandée par ses concitoyens, et même que l'on établira une pénalité juridique à cet effet. L'auteur ne dit pas comment on devra juger quand une femme accouchera, à la fin de sa quatrième

grossesse, de deux jumeaux, OU même de tfOlS enfants. Mais, sans revenir sur cette dernière objection, je me permets de faire remarquer tout ce qu'aurait d'absurde rétablissement d'une sorte de taxe invariable. D'après cette proposition, une famille riche qui doterait la société de nombreux descendants forts, honnêtes, bien élevés, travailleurs, cette famille devrait s'exposer à des reproches que n'encourrait pas un couple qui aurait donné le jour à un plus petit nombre d'enfants malingres, faibles de corps et d'esprit! Ce sera toujours une

rfllE'

mauvaise chose de vouloir faire intervenir des opinions préconçues et même la loi dans des intérets privés aussi délicats ; il est fort douteux que de telles propositions puissent avoir un avantage quelconque.

Un simple coup d'œil jeté sur le tableau que nous avons donné plus haut, pourrait nous amener à différentes considérations. Nous constatons un écart aussi grand entre les Pays-Bas et le Danemark, qu'entre le Danemark et la France, et

pourtant, je n^ai jamais entendu accuser les Danoises de se servir de moyens préventifs. Il doit donc exister encore d'autres facteurs qui influent sur la fécondité des mariages.

Dans la question de laccroîssement d'un peuple, il faut faire intervenir certains facteurs, tels que le nombre de mariages, leur fécondité, la mortalité plus ou moins élevée chez les enfants, la durée de

la vie en général, les immigrations et leS émigrations.

La population de la France \ par suite de sa faible fécondité et de la grande mortalité des enfants, ne peut se maintenir sans immigration ; cette circons-

J.Vn^'r'i^r^.''^"^^*'^"^'^^ ^^ ^^^"^^ " Y a 1,525,000 habitants qui fP t. fnl J-[r^''Xf nt^-'^''^ ^ ^'^^^ ^« '^ population totale.

l'accroissement de la population 153

tance, soit dit en passant, n'a pas été sans inquiéter sérieusement les moralistes, les politiciens et les médecins français, et cela pour de toutes autres raisons que la satisfaction de la revanche.

Je vous ai exposé, messieurs, quelques-uns des faits que nous enseigne la nature au sujet du mariage. Permettez-moi d'ajouter encore un mot. Comment pourrait-on concevoir, dans quelque monde que ce soit, que la vie qui trf nape si souvent nos espérances, épargnât nos plaisirs sexuels? Si, ou plus exactement, puisque le mariage doit

être notre soutien, après nos espérances déçues et dans les efl'orts malheureux que nécessite la lutte pour la vie, il n'accomplit sa mission que parce

qu'il offre quelque chose de meilleur et de plus

élevé (lue ce qu'un simple esclave de ses sens peut

attendre d'eux. — Une anecdote encore pour finir.

Il y a environ vingt-cinq ans, une bande de

jeunes étudiants s'entretenaient joyeusemeilt — CG qui arrlvesouvent,— des choses du mariage. « NoUS avons beaucoup à dire sur ce sujet, » déclara un théologien (aujourd'hui titulaire d'une cure). Personne ne le contredit. — « Pourtant, il y a au moins un côté qui nous regarde, » s'écria un juriste (aujourd'hui membre d'un tribunal royal de Suède):

même approbation générale. - «Nous aussi, avons

fv

i'hygiêne sexuelle

If

à ce sujet, un devoir à remplir, » ajoutai-je, en ma qualité d'étudiant en médecine, le seul qui fut présent. — « Oui, crièrent-ils en chœur, mais c'est assurément le moins important de tous! » Je ne répondis pas plus à ce moment-là que je ne le fais aujourd'hui (les discussions de rang n'ont jamais été mon affaire); pourtant, je prétends que si le bonheur d'un ménage avait été bouLlé par k

violation desloisphysiologiques et psychologiques— qui ressortent Lien de notre domaine, — ce ne serait ni par l'intervention de l'Église, ni parles droits de famille ou la communauté des biens, que le bonheur renaîtrait au sein du foyer conjugal.

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