‹ L'hygiène sexuelle et ses conséquences morales [microform]Chapitre 37 sur 65 · ALADIES DES ORGANES GÉNITAUX · texte numérisé non relu

ALADIES DES ORGANES GÉNITAUX

o .,.p Onanisme - Son inOuence néfaste. — Pédérastie, mswû^e des Empereurs romains. - opinions des auteurs moderner- Mariages médicaux. - Prostitution. - Maladies modernes. , „,„r,,.„|,i,viaxie — La Fédération. — Critique

dtf Ss deleux qiKdlnt à s-o à la réglementation

jfla pro tUutir- Comment les médecins se comportent en face des maladies ; leurs rapports avec les crimes contre la moralUé. - Réformes sociales nécessaires. - Conclusion.

Dans ce qui précède, je vous ai exposé les lois anatomiques et physiologiques fondamentales de la vie sexuelle, ainsi que les conditions de leur application normale dans le mariage. Je dois aujourd'hui vous mettre au courant des perturbations de la vie sexuelle, des maladies des organes génitaux. Ces maladies sont connues des médecins depuis des milliers d'années, elles ont été décrites aussi bien par les satyriques que par les moralistes.

Aujourd'hui on s-inquiètc des dangers de l'inactivité des organes génitaux ; autrefois on s'occupait davantage des conséquences funestes de leur surmenage. On trouve déjà dans Ilippocrate une description de ces troubles ; une suite ininterrompue

l'uygiène sexuelle

de travaux ultérieurs sont venus contribuer à lé tude de cette question. Les symptômes de cette

maladie sont assurément très variables avec chaque

individu; il s en dégage cependant- quelques traits constants. On peut ranger parmi ces derniers une faiblesse générale, la pâleur du visage, un abattement de Tesprit qui n'est jamais en repos, un tremblement généralisé, une paresse et des sensations douJoureuses dans les membres inférieurs, une certaine faiblesse des organes excréteurs de l'urine, des transpirations peu abondantes et survenant quelquefois subitement, enfin de la faiblesse génitale, ou de l'impuissance. Ces symptômes résultent des abus dont les organes génitaux ont été Tobjet, soit par les voies naturelles soit autrement. Tous ces abus peuvent provoquer une disposition morbide dont on s'est beaucoup occupé dans ces derniers

temps : la neurasthénie sexuelle. Elle est le tourment du médecin consciencieux, mais le charlatan la regarde au contraire comme une bonne aubaine,

parce quïl sait qu'elle lui permettra d'exploiter sérieusemeut son client.

L'Onanisme. — Son influence néfaste.

Un livre comme celui-ci doit insister avant tout sur les causes des maladies, moins sur les symptômes particuliers et leur traitement ; je corn-

l'oNATNISME. — SON INFLUENCE NÉFASTE 157

mence donc tout de suite par vous parler d'une des causes des troubles génitaux, d'autant plus qu'au

point de vue hygiénique cette cause a un intérêt général qui n'intéresse pas le médecin seul : je veux parler de K onanisme.

On a dit et écrit tant de choses sur ce sujet, qu'il ne manque pas de sources bibliographiques auxquelles on puisse largement puiser tous les renseionements nécessaires. Mais tous ces ouvrages sont

si incomplets, à tel ou tel point de vue, qu'ils ont plutôt pour résultat d'égarer le lecteur que de léclairer. Par onanisme, on entend un acte par lequel un individu arrive, au moyen de manipulations spéciales, de procédés mécaniques ou simplement

de son imagination, à exciter suffisamment ses organes génitaux pour provoquer le spasme nerveux lié normalement aux rapprochements sexuels.

Cette définition convient aux deux sexes, à tous les âges de leur vie. Chez les jeunes gens pubères et chez les hommes, ce spasme s'accompagne naturellement d'éjaculation de sperme. On a beaucoup parlé et écrit sur la fréquence de cette dangereuse habitude. Je ne tiens pas pour le moment à en donner une preuve statistique, mais je reconnais

que, dans les pays civilisés, elle est très commune bien qu'elle ne soit pas aussi répandue que certains auteurs lascifs aiment à le dire.

Quand ce vice ou cette déplorable habitude débute chez un jeune homme, ce dernier y a été conduit le plus souvent par de mauvais exemples, corrompu par des camarades, par des serviteurs sans conscience ou par d'autres personnes âgées. Mais les

instincts peuvent être éveillés aussi par hasard, sous rinfluence d'idées particulières ou d'une combinaison de sensations. Ce vice est quelquefois provoqué par certains exercices corporels, le grimpage, l'équitalion, le fait de voyager dans des véhicules qui cahotent, etc.. Chez les enfants qui ne connaissent pas les dangers de la chose, et chez ceux qui sont trop

faibles de caractère pour résister au plaisir que ce vice leur procure, les occasions fortuites et souvent excusables au point de vue moral donnent naissance à des habitudes coupables.

Les conséquences s'en font sentir tôt ou lard. Bien qu'il ne soit pas toujours possible à l'œil même le plus exercé d'affirmer à première vue qu'un individu

soit onaniste, on ne peut pas nier que celui qui est

affligé de ce vice Ta souvent marqué sur son visage et dans son aspect. Les yeux sont enfoncés, le regard fuyant, la figure d'une pâleur cadavérique, les mains froides et humides, la mémoire courte, le caractère irritable; enfin, à ce tableau symptomalique s'ajoute assez souvent une certaine paresse et des habitudes de rêverie en plein jour.

l'onanisme. — SON INFLUENCE NÉFASTE 159

Si des soins et un traitement convenable ne sont pas institués, on voit s'installer dans l'organisme des troubles plus graves, tels que la neurasthénie génitale, l'impuissance, un épuisement général, des affections du poumon et du cœur, etc.. En ce qui

concerne les troubles psychiques consécutifs à

l'onanisme, les auteurs compétents divergent assez entre eux ; les uns veulent que cette complication soit très fréquente, les autres la considèrent au contraire comme exceptionnelle.

Esquirol écrit à ce sujet : « La masturbation, ce fléau de l'espèce humaine, est, plus souvent qu'on ne pense, cause de la folie, surtout chez les riches ^ »

Un autre aliéniste, Guislain, s'exprime ainsi : « La question de Tonanisme dans ses rapports avec Taliénation mentale est difficile à résoudre... Nous

n'avons pu soupçonner cette cause que trois à quatre fois parmi nos malades entrés depuis un an... Et cependant ce vice est très fréquent chez les aliénés, mais il faut observer que plusieurs d'entre

eux ne le contractent que pendant qu'ils sont aliénés ^. »

Cette dernière remarque est véritablement pour nous un fil conducteur pour bien saisir cette question dans son ensemble. Dans une grande partie du

(1) Cité par Acton. Loc. cil., p. 74.

(2) Nouveau diction, de méd. el de chirurgie^ p. 494.

l'onanisme. — SON INFLUENCE NÉFASTE

public on entend dire que beaucoup de cas de maladies mentales et d'idiotie sont occasionnés par Tonanisme, alors que ces troubles psychiques ne sont que le résultat de malformations encéphaliques héréditaires ou acquises.

L'intention de ramener un onaniste à la santé et à la vie normale n'est assurément pas une mauvaise chose '. Seulement le pubhc et les malades ont été tellement effrayés par de mauvais livres ou du moins par des écrits émanant de personnes incompétentes quoique bien intentionnées, que souvent le point le plus difficile pour un médecin n'est pas de combattre la lésion elle-même, mais bien de réfuter tout ce que le patient a pu lire sur la question.

Il me paraît indiqué de citer, à l'appui de ce que je viens de dire, les paroles d'un juge compétent. Le professeur W. Erb de Heidelberg dit : « En général on considère Tonanisme comme beaucoup plus dangereux que le coït. Cela ne nous paraît guère croyable. L'effet produit sur le système nerveux doit pourtant être le môme pour un homme,

que la friction du gland ait été faite contre les parois vaginales ou par tout autre procédé. L'ébranlement nerveux qui accompagne l'éjaculation est

(1) Comparer Acton. Loc. cit.^ p. 70.

identique ; il est même plus facile d'admettre

que l'usage d'une femme produit une surexcitation nerveuse plus grande encore. — Néanmoins cette excitation artificielle fréquemment répétée dans le jeune âg'e entraîne de grands dangers. D'ailleurs l'onaniste est dominé par la pensée si justifiée qu'il commet une ignominie ; il se livre en lui une lutte constante entre ses instincts toutpuissants et le sentiment du devoir, et il n'est pas douteux que son système nerveux soit fortemçnt attaqué et s'épuise par ce combat continuel. Cette

circonstance augmente encore Tinfluence néfaste de l'onanisme... Nous n'avons naturellement pas à étudier ici les conséquences morales de ce vice*. » Peut-être quelqu'un pourra-t-il penser que j'excuse 1 onanisme, ou quelque critique me reprochera-t-il d'être trop doux, trop indulgent pour les aberrations sexuelles ; je tiens à rappeler ici avec insistance que je me suis toujours défendu de cette accusation. Si quelqu'un m'accuse maintenant de faiblesse, cela tient assurément à ce qu'il a lu des ouvrages qui . pour une raison ou

pour une autre, dépeignent les suites de Tonanisme sous les couleurs les plus sombres. Si

(i) Handbuch d, spcz. pathol. u. Ther. Edité par H. de Ziemssen II. Maladies de la moelle, par AV. Erb. 2'' édit. Leipzifç, 1878, p. 163 et suivantes.

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IQ2 L'nYGIÈNE SEXUELLE

des écrivains distingués ont été amenés à se former un jugement plus sévère sur cet objet, je ne conteste nullement leur manière de penser; je me

contente simplement de mettre en regard Je la leur mon expérience personnelle assez étendue sur ce point, et je constate que la plupart des ona-

nisles, obéissant à des principes hygiéniques, moraux ou religieux, parviennent à triompher de leur triste maladie, sans chercher leur guérison dans une vie déréglée ou dans le mariage. Pour prouver, de plus, que Tonanlsme entraîne rarement les maladies mentales si souvent dépeintes dans les livres populaires, je me permets de citer quelques chiffres tirés des statistiques suédoises et anglaises. Les hôpitaux suédois ont recueilli :

En 1883. .

En 188G. .

Eli 1881. .

Soit. . . .3 623 136

Ce qui fait une proportion de 3,7 p. 100. Dans ces 436 aliénés on a fait entrer ceux chez qui Tonanisme n a été qu'une cause concomitante et non la cause unique de l'aliénation.

Les statistiques des trois dernières années dont

les résultats ont été publiés en Angleterre, sont les

suivantes :

6i3 aliénés dont 25

devaient leur affection

à l'onanisme.

l'onanisme. — SON INFLUENCE NÉFASTE 163

Ont été recueîUîs dans les hôpitaux :

En 1885. . 13 158 aliénés dont 160 devaient leur En 1886. . 13 624 — — 163 affection

En 1887. . 14 336 — — 203 à Tonanisme.

Dans ce pays, la moyenne des aliénés pour onanisme a été, en 1885, de i, 2p. 100(2,2 p. 100 pour les hommes, 0,3 p. 100 pour les femmes) ; en 1886, de 1,1 p. 100 (2 p. 100 pour les hommes, 0,3 p. 100 pour les femmes); en 1887, de 1,4 p. 100 (2,6 p. 100

ourles hommes, 0,2 p. 100 pour les femmes).

Gomme je sais qu'il existe* un grand nombre d'auteurs, la plupart sans instruction médicale, qui se sont élevés de toutes leurs forces contre l'ignominie, la monstruosité et les dangers de Tonanisme et ont voulu le remplacer par des rapports sexuels illégitimes, je tiens, dans l'intérêt de la vérité, à réfuter leurs descriptions erronées.

Dans ses polémiques contre P. -M. Personne, G. de Geijerstam émet des vues analogues. Ce dernier déclare que pour tout individu soumis aux habitudes onanistiques, « il devient nécessaire

d'aller au-devant de la réalité afin de se sous-

(1) Par une coïncidence assez curieuse, un médecin, P. Mantegazza {la Physiologie de ^amowr, 1888), s'est mis dans leurs rangs et déclare que « la pureté absolue avec ses sublimes tourments,

voire même la prostitution avec ses... ordures sont cent fols préférables à l'onanisme «.(Celte association de la chasteté et de la prostitution me paraît au moins étrange !)

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traire aux hallucinations de son imagination » *. Il se retourne ensuite avec fureur contre Personne et écrit : « II me semble que cette souillure personnelle soit la plus abominable de toutes les bassesses, et quand on connaît son influence sur le caractère et sur les facultés de Tâme, on ne peut

cependant songer à admettre sur ce sujet des différences de degrés, comme le voudrait le grand moraliste Personne. Les pédagogues et les psychologues doivent au contraire diriger toute leur attention et tous leurs efforts, dans le but de faire disparaître définitivement l'onanisme. Ce n'est que quand ce vice aura cessé de se manifester, comme

c'est maintenant la règle au lieu d'être l'exception,

que Ton pourra espérer que la nature humaine puisse trouver assez de force pour dominer ses instincts désordonnés.

a Si Ton veut chercher une -ï tendance » dans mon ouvrage, alors qu'il a simplement pour but de reproduire fidèlement la vie normale, que Ton

considère comme telle le souhait que je viens de

faire. Mon livre ne contient pas d'autres tendances ^ »

Des phrases comme celles que nous venons de lire font tous les ans beaucoup de mal aux jeunes

(1) Loc. cit., p. 24.

(2) Loc. cit., p. 24.

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