‹ L'hygiène sexuelle et ses conséquences morales [microform]Chapitre 46 sur 65 · MARIAGES MÉDICAUX · texte numérisé non relu

MARIAGES MÉDICAUX

sauver, c'est avec raison à la dépravation de leur vie génitale qu'il s'en prend : « car les femmes, parmi eux, ont changé Tusage naturel en un autre qui est contre nature. De même aussi les hommes,

délaissant l'usage naturel de la femme, ont été embrasés dans leurs convoitises les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes et recevant en eux-mêmes la récompense qui était due à leur égarement ^ ».

Mariages médicaux.

Dans ce qui précède, je suis revenu à plusieurs

reprises sur le nervosisme sexuel. Avant de terminer ce sujet, je tiens à rappeler que le public, comme d'ailleurs certains médecins, croit devoir combattre cet état en conseillant le mariage. C'est une faute, et une dangereuse faute. Je sais parfaitement que différentes personnes ont pu, par des rapports sexuels réguliers, recouvrer leur santé un

moment ébranlée; mais je sais aussi qu'un nombre beaucoup plus considérable d'individus ont vu leur état s'aggraver par ce fait.

En dehors du côté physique et hygiénique, on doit pourtant se préoccuper aussi du côté psychique. Or, sous ce dernier rapport, il est indispensable

(1) Epttre aux Romains, I, 26-27

qu'un mariage ne se fasse que lorsqu'il y a sympathie absolue et homogénéité des caractères entre les deux contractants ; leur bonheur futur en dépend. Quand un névropathe a reçu de son médecin le conseil de se marier, il le prend généralement très à cœur, et s'empresse d'ordinaire d'exécuter Tordonnance. Pour ne pas s'exposer à un refus ou attendre trop longtemps, il descend fréquemment assez bas dans l'échelle sociale, pour qu'il n'ait même plus à redouter un refus. Je pourrais citer des exemples d'hommes qui, rentrés

droit chez eux, ont offert leur cœur et leur main

à leur femme de ménage, et se sont mariés avec elle. Pendant une année ou deux, leur nervosisme s'est amendé, mais tôt ou tard ils sont retombés dans leur ancien état, soit par défaut de sympathie de la part de leur épouse, soit par suite des désagréments et des soucis que leur avait occasionnés la rupture avec leur famille, soit enfin pour des

raisons pécuniaires ou autres.

Pour ma part, je ne recommande jamais le mariage ; j'essave de faire luire chez ces malades l'espoir qu'ils pourront un jour se réjouir du bonheur conjugal ; seulement je leur fais comprendre en même temps que ce bonheur dépend de conditions beaucoup plus difficiles à remplir

qu'on ne le croit communément.

:.lfe!l%dj<^:'-

Maladies vénériennes.

MALADIES VÉNÉRIENNES

J'arrive maintenant à un autre sujet, à celui des maladies vénériennes. Ce sujet me rappelle une promenade que je fis un jour avec deux de mes condisciples de l'université de Lundagard. Nous causions sur ce sujet. « Ne devrait-on pas, dit un

de mes compag-nons , faire des suites de ces maladies une description si effrayante que la jeunesse préfère ne plus s'y exposer ? — Ce serait

peut-être possible, répondis-je, mais il n'est pas sûr que ce soit opportun; car nous médecins, nous aurons aussi à lutter contre le désespoir des malheureux jeunes gens qui sont ou se croient

atteints de celte affection, et à ce point de vue il est préférable que ses suites n'aient pas été dépeintes avec des couleurs trop sombres. »

Je rappelle cette anecdote, en ajoutant que dans ce qui va suivre je me conformerai de tout point à cette dernière manière de penser.

Parmi les maladies vénériennes , je citerai

tout d'abord la chaudepisse (gonorrhée). C'est une inflammation de lurèthre (du vagin chez la femme) due à des microbes ; elle se caractérise par un écoulemement de pus, des douleurs, une sensation de déchirure pendant la miction, etc.. Bien que les véritables libertins la considèrent comme

une bagatelle, elle peut cependant entraîner des suites fort graves. Tout d'abord cette affection peut être très rebelle, et persister longtemps malgré le meilleur traitement. De plus, elle peut provoquer Tinflammation de l'épididyme, un rhumatisme blennorrhagique accompagné de vives douleurs qui peuvent tourmenter le malade pendant de longues années. Il en résulte quelquefois de dangereux rétrécissements de l'urèthre; le virus inoculé accidentellement à l'œil peut le détruire complètement. Dans le mariage, après que la chaudepisse paraissait éteinte chez l'homme depuis longtemps, elle peut devenir chez la femme l'ori- "•ine de graves affections abdominales qui durent

quelquefois toute la vie (inflammation des trompes,

salpingite). Elle peut réapparaître à un âge avancé sous forme de lésions des voies urinaires, et par son incessjmt processus inflammatoire affaiblir assez les organes génitaux de l'homme pour les prédisposer à l'infection tuberculeuse, etc.. Bien des jeunes gens" sont voués de cette façon, dès leur jeunesse, à une tuberculose génitale qui ne

se serait pas manifestée si l'uréthrite et une épididymite n'avaient ouvert la porte à cette infection.

Notre attention doit se fixer ensuite sur le chancre simple (ulcus venereum simplex). Ce dernier n'est

^88 l'uygiène sexuelle

pas difficile à guérir par lui-même; mais il n'est pas rare qu'il s'accompagne de complications très sérieuses qui consistent en adénites persistantes

(bubons suppures et strumeux), de même qu'en ulcères parfois très difficiles à guérir (ulcérations phagédéniques); ces derniers constituent une affection de très longue durée et dont le traitement peut parfois nécessiter des interventions très douloureuses.

On peut opposer la syphilis à toutes ces variétés de maladies vénériennes. Elle n'est jamais uniquement locale, mais toujours constitutionnelle; bien que ses symptômes ne se montrent que dans tel ou tel organe, on peut dire qu'elle a toujours pénétré l'organisme dans tous ses tissus et ses liquides. On croit que la syphilis est due à un bacille, à un microbe, mais on n'en est pas encore bien sûr. Dans ce cas, ce serait un bacille d'une extrême vitalité, un microorganisme dont on pourrait affaiblir Taclion, que Ton pourrait en quelque sorte paralyser, mais jamais complètement anéantir avec les moyens thérapeutiques mis en usage jusqu'à ce jour. Bien qu'il y ait sans aucun doute de nombreux cas de syphilis légère, le mot d'un

médecin anglais n'en demeure pas moins exact :

« Syphilis once, syphilis ever j>. Les individus qui auront cru leur maladie guérie et qui n'auront pas

MALADIES VÉNÉRIENNES

eu d'accidents pendant plusieurs dizaines d'années, peuvent acquérir à un âge plus avancé, par telle

ou telle forme de syphilis, la triste conviction que

le virus n'est pas encore complètement éteint en eux.

Si vous me demandez comment la syphilis se

manifeste, je ne pourrai vous donner ici qu'une bien rapide esquisse, car une description, si incomplète qu'elle fût, nous demanderait beaucoup trop de temps. Elle se présente d'abord sous forme

d'une érosion dont le fond est induré (sclérose primitive) qui est la porte d'entrée de la maladie; plus lard, on voit survenir des éruptions de formes variables sur la peau et les muqueuses; les cheveux tombent, le système osseux devient le siège d'ulcérations des plus variées. Des tumeurs ou autres modifications se produisent dans le foie, dans le

cerveau et dans la moelle , le testicule se gonfle, etc.. Dans ce court aperçu, je n'indique que les manifestations les plus fréquentes de la maladie; on peut .dire que tous les organes du corps peuvent prendre part, à un moment donné, à l'infection syphilitique. Mais ce ne sont là encore que des symptômes particuliers, les suites immédiates de la syphilis. Or la syphilis entraine avec elle toute une série de conséquences médiales^ c'est-à-dire qu'elle peut prédisposer l'organisme à

SS^'s^^T^Î^Ç^

d'autres affections, et parmi ces dernières, il faut mentionner en première ligne les troubles de la moelle (labes dorsalis) et la paralysie générale progressive.

En ce qui concerne les maladies qui sont occasionnées plus ou moins direclement par la syphilis, leur bilan n'a pas encore été établi. Plus la médecine avance, plus il se complète. Vous voyez déjà, diaprés ce qui précède, que la syphilis peut être grave ; je pense que pour vous rendre mieux compte de ses dangers, vous préféreriez les voir exprimés par des chiffres; je ne puis malheureusement pas

VOUS donner une statistique de ce genre. La mortalité accusée par les hôpitaux est toujours en dessous de la vérité, parce que les malades y sont généralement soulagés et qu'ils quittent ensuite rétablissement, emportant avec eux leur affection à Tétat latent pour ainsi dire. La statistique portant sur la mortahté de la totalité d'une population n'a pas de valeur non plus à cet égard, parce que

la mort peut survenir à la suite d'une affection secondaire qui peut être duc elle-même à des causes diverses. Je me contenterai donc de vous fournir des renseignements tirés de quelques compagnies suédoises d'assurances sur la vie.

Toutes avaient subi des pertes dues à l'abréviation de la vie provoquée par la syphilis; aussi ont-elles

MALADIES VÉNÉRIENNES ' 191

décidé d'augmenter de trois ans l'âge de tout individu qui se déclare syphilitique, et encore ne consentent-elles à assurer leur client que s'il est prouvé que la syphilis, acquise depuis au moins dix ans, s'est montrée de forme bénigne pendant cette

période, qu'elle a été traitée convenablement, quMI ne s'est pas déclaré d'accidents depuis quelques années, et enfin que celui qui en est atteint mène une vie réglée. Les individus atteints de formes graves, récidivantes et ceux qui ne remplissent pas les conditions exigées ci-dessus sont, ou bien catégoriquement refusés, ou bien acccplés scuh.'iiitînt

avec une surcharge considcruble du nombre de leurs années. Ainsi les compagnie?» d^a^uranc^'», qui n'envisagent la question qu'à un point de vue purement commercial, estiment que b.s ftyphili.% légères abrègent la vie de troiâ annécîJ, et que le.s formes graves l'abrègent de bien plus encoTXî.

La syphilis présente une aulrc |>arlicularité : elle ne se contente pas de demeurer chex celui qui en

est atteint, mais dans certaine* ciixîonhUncc», «Uo devient héréditaire et vient entacher lt>8 Uc^clmidants de celui qui en était affecté. 11 rxi*lô donc une syphilis héréditaire qui peut auv^i bien provenir du père que de la mère. Les inanifeslatinns do la syphilis héréditaire ne se différoncieni i>a» beaucoup de celles de la syphilis acquise. Pourtant,

-l^g^îî^a^v^'^rî^S^J^W'

sans compter la syphilis même qui a été transmise

par les parents, les enfants sont encore affligés d'autres lésions, par exemple de scrofule, de rachitisme, de maladies des yeux ou des oreilles, etc.. La faiblesse et la débilitation importées dans une famille par la syphilis ne disparaissent quelquefois qu'à la troisième ou à la quatrième génération.

Il me paraît intéressant de comparer la fréquence de la syphilis dans notre pays avec celle des pays étrangers*. Dans cette statistique, on ne peut naturellement reproduire que les chiffres officiels, c'està-dire ceux qui répondent aux malades traités dans les hôpitaux. Ce calcul montre que dans ces dernières années, on a soigné pour la syphilis :

En Suède

En Norvège.

En Finlande ....

En Danemark 1880-87

0,7B 0/00 des habitants

Celte proportion minime pour la Suède a fait supposer (jue beaucoup de malades se faisaient soigner chez eux 2. Je ne crois pas que ce soit le

(1) D'après les données du D' J. Carlsen. Traduction danoise de ce traiail.

(2) D'après d'autres statistiques, H. Wicksell conclut dans son ouvraue nititulé Om prostitutionen, que sur les personnes qui désiraient s'assurer sur la vie, 9/10 d'entre elles avaient été

M.\LADIES VÉÎsÉRIENNES ^^^

cas. Les hôpitaux ont tellement augmenté dans

ces vingt dernières années, et leur clientèle s'est tellement accrue, que je crois au contraire que chez nous les malades qui se font soigner dans des établissements publics sont comparativement beaucoup plus nombreux que dans d'autres pays. Il est encore une autre statistique qui prouve les

avantages de la Suède sous ce rapport.

11 a été traité annuellement pour la syphilis :

Dans Varmée suédoise. .

— finlandaise.

— anglaise*. .

danoise-. .

13,8 0/00 des troupes 31,4 0/00 —

Comme il n'est peut-être pas sans intérêt de

connaître les variations de la syphilis selon les âges et surtout de connaître les différentes causes de sa propagation, je me permets de vous soumettre le tableau suivant :

atteintes de syphUis. ^^^^

^':Se^ ^"^r X:!t^~ avait dit 1/10 au Ueu de

9 sur 10, il eût été plus près de la vente.

(1) Eira, 1888 N. 2. , ^ i,

2 Le chiffre notablement inférieur donné P-"^ J^,.f "7;;f.^^

et non comme pour les autres pays sur ceux en activité ae vice.

Page 1