LA PROSTITUTION
La prostitution intéresse le médecin, au premier chef, parce qu^aujourd'hui comme autrefois les
maladies vénériennes en sont 1 éternelle conséquence. Cela ne veut naturellement pas dire que tout rapport illégitime doive nécessairement entraîner une maladie quelconque, mais il faut savoir que la vie légère et insouciante liée aux relations illégitimes est cause que ces affections s'enracinent plus facilement et plus profondément. Si, par une parole magique, le monde tout entier pouvait se
grouper en familles, il ne serait pas impossible de proscrire complètement la syphilis, au bout de quatre ou cinq générations; mais, dans les circonstances actuelles, cette maladie trouve un refuge, pour ne pas dire une serre, dans la prostitution.
On donne le nom de prostitution féminine à un état en vertu duquel une femme fait commerce de
son corps, prodiguant ses caroBôes à tous ceux qui les lui demandent, contre de l'argent ou dos objets de valeur et sans rester fidèle pendant quelque temps à un môme homme. Lagrisette et les femmes de même genre ne sont donc pas à proprement parler des prostituées. 11 n'est pas besoin de plu» longues explications pour vous prouver que la prostitution a existé depuis les temps les plus reculés de rhistoire de Thumanité; mais cela ne veut pas dire qu'elle ait fait son apparition chez tous les
s. BIBBING.
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peuples et dans toutes les tribus. 11 existait au
contraire jadis, et on trouve môme encore aujourd'hui des contrées aux mœurs patriarcales où cette i"^noble plaie est restée complètement inconnue.
Comment et comme quoi doit-on considérer la prostitution? C'est là une autre question. La prostitution est un péché, un grand péché, disent les ministres de TÉglise. Elle est le cancer de la société humaine, disent les moralistes et les sociologues. Dans le fond, Wicksell est d'accord avec ces derniers, ainsi qu'un jeune auteur, A. Lundegdrd, qui s'exprime de la façon suivante : « On ne peut pas
nier que notre société navigue avec un cadavre dans sa cale, — et ce cadavre c'est la prostitution. Dans les circonstances actuelles ce cadavre ne peut pas être jeté par-dessus bord*. » Cela prouve suffisamment que ces circonstances ne sont pas naturelles. Une opinion qui se rapproche beaucoup de la précédente a été émise par V. Augagneur :
« Elle (c'est-à-dire la prostitution) est la preuve constante que nos lois et les exigences de la nature ne sont point adéquates*. »
L'ouvrage ialitulé Samhalldmm grunddrar/, qui est passé au rang de document pour nos libertins ou nos réformateurs encore inexpérimentés, con-
(!) 1886, /?(?vy, elcp. 96.
(2) Archives de V Anthropologie criminelle, III, n» 15.