‹ L'hygiène sexuelle et ses conséquences morales [microform]Chapitre 52 sur 65 · LA. PROSTITUTION · texte numérisé non relu

LA. PROSTITUTION

tient le passage suivant sur la prostitution : « Elle

doit être considérée provisoirement comme une heureuse compensation jusqu'à ce que l'état des choses devienne plus favorable. Elle doit être préférée à l'abstention complète des rapports

sexuels, cai' sans elle, les hommes et les femmes devraient mener une existence des moins naturelles *. »

Si je voulais trouver une conception encore plus indulgente, je la trouverais dans l'historien anglais Lecky, en ces termes : <i Le plus haut degré du vice, la prostitution, est en même temps le bouclier

le plus positif de la vertu. Sans elle, bien des familles dont la pureté est épargnée de toute tentation seraient tarées... Cette institution avilie et dépravée satisfait les passions qui, sans elle, couvriraient la société de honte et d(î nii.sèro.

a Pendant que les croyances et Uîh idées naissent, se nourrissent puis disparaissent, cette pnMrosso

éternelle reste debout, se chargeanl du poche des

peuples ^ »

Un écrivain de notre époque, une femme, s'exprime de la façon suivante : « Co système mixte actuel, du mariage et de la prostitution, «loit être combattu à différents points de vue; les assaillants

(1) Lac. cit., p. 236.

(2) Cité par le Sedlighelivdnnen,

lA FEDERATION

devraient se succéder sans relâche et frapper dur. La prostitution est aussi inséparable des formes actuelles du mariage que Fombreest inséparable du corps. Ce sont les deux faces d'une même enseigne. Le précipice le plus profond qui ait jamais séparé deux êtres humains ne Test pas encore assez pour empêcher les fumées brûlantes de l'enfer féminin

qui gronde sous nos pieds, d'atteindre les sphères supérieures où demeure rhonnêteté et de venir empoisonner l'atmosphère tout entière. Des gens pratiques soutiennent que ce gouffre infernal est nécessaire, et disent que les unions plus pures et plus heureuses ne sont que des rêves toujours irréalisés.

(( Ils croient qu'il doit subsister à tout jamais,

ce système gémellaire, cette division des femmes en deux grandes classes toutes deux soi-disant indispensables à la société, bien que lune d'elles renonce de parti pris à toute espérance et à toute aide, autant, du moins, que la société a le droit d'en décider dans cette question'. »

La Fédération.

Les différentes opinions que nous venons de reproduire sont, on le voit, très divergentes; avant

(1) Mona Caird, Weslminster Review. Nov. 1888.

d'en faire un examen critique, je tiens à vous rappeler que nous assistons de nos jours à une agitation particulièrement vive contre la prostitution et les insanités, les monstruosités qui s'y rattachent. Ces efforts ont trouvé leur expression dans la fondation de « la société anglaise et européenne pour la suppression de la prostitution légitime et tolérée » le 19 mars 1875 '. Cette société a développé, de différentes manières, une activité véritablentient remarquable ; elle a publié des brochures, tenu des assemblées, etc.. On rencontre au sein de cette association et collaborant à la même œuvre des hommes et des femmes aux opinions les plus divergentes; on y voit autant de gens imprégnés des idées chrétiennes que de libres penseurs. Wicksell prétend même que c'est précisément à l'élément chrétien qu'il faut attribuer la faiblesse et les insuccès de cette société ^ et que la seule victoire réellement remportée en Angleterre est due justement à l'appui des libres penseurs \

A mon avis, la majorité religieuse de cette assemblée doit se trouver jusqu'à un certain point

(1) Le nom primitif de cette société indiquait qu'elle avait pour

but de lutter contre la prostitution « envisagée principalement

comme légitime et tolérée». — La section suédoise a, dans la traduction de ce titre, accentué ses intentions qui étaient exprimées avec un peu trop de modération.

(2) Loc. cit., p. 6.

(3) Loc. cit., p. 7.

embarrassée du contact avec ces derniers ; car on a a montré assez clairement combien les idées de ce parti étaient peu naturelles et malsaines. Ce n'est

pas l'appui d'hommes comme Wicksell, Lundegard, Garborg, Krohg, Hans Jâger, etc., ou d'autres personnes arrivant avec les arrière-pensées de ces messieurs, qui peut avoir quelqu utilité.

La société a d'ailleurs commis une faute. Au lieu de lutter contre la prostitution d une façon générale, elle a attaché trop d'importance aux mots : « légitime ou tolérée »; il en résulte qu'elle a trouvé aide et assistance dans ses efforts, de la part de personnes qui jettent les hauts cris quand on leur parle de prostitution, alors que des corruptions, des assassinats d'enfants, des concubinages, des divorces, des vices contre nature et autres choses semblables ne les émeuvent nullement.

Fixons d'abord notre attention sur les mots « légitime ou toléré », et voyons ce qu'ils peuvent signifier. Pour ne pas être trop long, je m'en tiendrai, pour les grandes lignes, à la législation suédoise.

Deux paragraphes de notre code concernent seuls

le genre de mœurs dans lequel rentre la prostitution : ce sont les paragraphes 11 et 13 du chapitre XVIII.

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