‹ L'hygiène socialeChapitre 14 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'histoire de la tuberculose semble calquée sur celle de rankylostomiase ou anémie des mineurs, et en la passant en revue, nous allons y retrouver les mêmes phases : la période dans laquelle on ferme les yeux et on se bouche les oreilles vis-à-vis d'une maladie qui emploie ce temps à progresser et à devenir menaçante; la période dans laquelle elle s'impose à l'attention et où Ton s'effraie de la voir si grave ; la période où l'on organise la lutte contre elle, d'abord fiévreusement, puis avec plus de science et de méthode. Plus heureux que tout à Theure, nous pourrons apprécier les résultats de cet effort, et voir la maladie céder sur les points où elle est combattue tandis qu'elle continue à progresser sur les autres.

Si on est plus avancé à son sujet qu'on ne Test à propos de l'ankylostomiase, c'est que la tuberculose ^est une maladie bien plus grave et plus universelle. <3n ne sait pas bien le chiffre des victimes qu'elle fait tous les ans. Cela tient à diverses causes. Les familles ne tiennent pas à l'avouer, et naturellement les

médecins la cachent. Beaucoup de morts inscrites, au compte de la bronchite, de la pneumonie, de la pleurésie, sont dues à la tuberculose. En ne comptant que celles qui sont attribuées, sur les registres de Tétat civil, à la tuberculose des poumons, des ménin* ges, du péritoine, et autres organes, et à la tuberculose généralisée, on n^a donc que des chiffres inférieurs à la réalité, et qui, simplifiés pour pouvoir rester facilement dans la mémoire, oscillent autour du chiffre de 333 morts tuberculeuses pour loo.ooa habitants. Une ville de cette importance enterre tous les jours un tuberculeux. Ce chiffre correspond à i.ooo victimes pour Soo.ooo habitants et à 100. ooo pour un pays de 3o millions d'âmes. En France, où la mortalité est un peu supérieure à ce chiffre moyen, il y a de i4o.ooo à i5o.ooo morts par tuberculose tous les ans, c'est-à-dire que si cette mortalité se concentrait sur une seule ville, ce seraient des villes comme Toulouse, des départements comme le Gard, le Morbihan, la Saône-et-Loire qui, en un an, seraient vidés de toute leur population.

Ces chiffres-là ne sont encore que des moyennes, entre ceux que fournit la campagne, où la tuberculose est relativement rare, et ceux des villes. A Paris, par exemple, la proportion des morts tuberculeuses, limitées comme je l'ai dit plus haut, dépasse le chiffre de 5o pour 10.000 habitants*, et si on les répartit par quartiers, la carte de cette répartition est on ne peut plus suggestive. Dans les quartiers de la ville lesi mieux traités par la maladie, le centre et tout le bord

^ Voici quelle est pour l'anDée 1898 et pour Paris la répartition

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ouest, les Invalides, St-Thomas d'Aquin, les Champs-» Elysées, le faubourg- Sl-Honoré, la Muette, la porte Dauphine, la Madeleine et la plaine Monceau, <; est-à-dire dans la partie de la ville la plus riche et la mieux aérée, la mortalité est inférieure à la mortalité moyenne, et tombe par exemple à ii pour lo.ooo dans les Champs-Elysées et à 20 dans le quartier de la Madeleine. Mais cette espèce de golfe privilégié, ouvert du côté de Touest, est entouré d'une tSorte de bordure qui en fait le tour, commençant au nord par les Epinettes pour finir sur la rive gauche de la Seine par Grenelle et Javel, où la mortalité dépasse partout la moyenne, et s'élève jusqu'à ro4 p. ro.ooo dans le quartier de Plaisance, traduisant ainsi les effets superposés, mais connexes, de la pauvreté et de l'encombrement de la population. Comme toutes les maladies, la tuberculose tient compte de

des cas de tubercuiosey et ia proportion de morts poar 10.000 habitants :

Tuberculose des poumons..., » des méninges... ,

» du péritoine. . ..

» d'autres org^anes

> généralisée...,.

Total des morts

à Paris,

en 1898

Proportion

pour

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