CHAPITRE II s
SYMPTOMATOLOGIE
La symplomatologie de lhygroma à grains rizilormes est bien connue. Nous avons trouvé dans les observations que nous avons réunies les signes classiques de celte affection. Nous avons pu constater que le début est toujours lent, insidieux et ne s'accompagne généralement pas de douleurs. Tout au plus, le malade éprouve-t-il un peu de gène de la marche, ce qui attire en général son attention sur la petite tumeur qui est apparue insidieusement à la face antérieure du genou. Souvent, c'est par hasard que le malade s'aperçoit qu'il a une grosseur dans la région pré-rotulienne (Obs. E, VE, V, VIet VID.
C'est à la région pré-rotulienne que la bursite à grains s’observe le plus fréquemment. Sur 19 observations réunies par Morisson, nous relevons 7 cas d'hygroma pré-rotulien.
Gautrand en a réuni 14 cas.
L'impotence fonctionnelle est en général peu accusée et souvent le malade attend plusieurs mois avant de venir consulter le chirurgien, voyant que sa Cgrosseur » ne disparait pas.
A l'inspection on constate au devant de la rotule la présence d'une tumeur dont le volume varie de la grosseur d'une noix à celle d'une mandarine où d’une orange. En général, cette tumeur lait sous la peau un relief assez régulier et on ne note pas de dépression nettement accusée, ce qui prouverait- qu'on à affaire à une poche bilobée, comme le montre l'observation si intéressante de M. Duvernay. La peau ne présente d'ordinaire rien de particulier à signaler. La rougeur et la dilatation des veines
sous-cutanées indiquées dans quelques cas fait habituellement défaut. ; Con
La rotule est à sa place normale et les méplats rotuliens sont conservés. La palpation permet de constater que la tumeur n'est pas adhérente à la peau et est mobile sur les plans sousjacents. |
La palpation est généralement indolore, mais peut s'accompagner d’un peu de sensibilité à la pression. Lorsqu'on constate un point douloureux très localisé cela permet de penser à l’existence d'un foyer d'ostéite sous-jacent (Obs. de M. Deherripon, déjà citée).
La tumeur parait avoir une consistance pâteuse, mollasse, plus ou moins fluctuante. La fluctuation peut faire défaut, ce qui s'explique par un amas considérable de grains bourrant complètement la poche. Elle ne doit pas être confondue avec celte sensation spéeiale que perçoivent les mains qui palpent et que Dupüytren a nommé «bruit de chainon ». Ce froissement tout spécial que sent la main qui palpe a été comparé par certains auteurs au bruit de crépitation neigeuse ou amidonée des synovites.
Cette « sensation » (le mot est plus exact que bruit) est ainsi définie par M. Duvernay : c’est, dit-il, « quelque chose d’analogue à la sensation ressentie par le cycliste qui nettoie et frotte la chaîne de sa bicyclette avec un linge épais. On peut encore avoir cette même sensation en promenant la paume de sa main gantée de laine sur une chaine de montre » (Lyon médical, janvier 1902).
Ce « bruit de chainon » qui a longtemps été considéré comme un signe certain, pathognomonique des hygromas à grains riziformes est loin d'être constant. Sur 19 cas, Morisson
n'a trouvé le bruit de chainon enregistré que 9 fois.
Dans nos observations, nous ne trouvons le bruit de chainon nettement signalé que deux fois (Obs. ITet V), encore s'agit-il d’un hygroma bilobé. En effet, le « bruit » de Dupuytren estun excellent signe permettant d'affirmer l’existence d’une poche bi ou multilobée.
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Il a d’ailleurs été démontré d’une façon définitive que cette sensation se produit chaque fois qu’il y a un rétrécissement, c’est pourquoi elle à son maximum de fréquence dans les synovites tendineuses du poignet.
Nous tenons à rappeler à ce sujet les vieilles expériences de Michon qui sont tout à fait caractéristiques (1). Nous résumons ainsi sa technique : « Une vessie est remplie d'eau, tenant en suspension des grains de riz. L'exploration de celte vessie suivant tous les modes possibles, sa palpation, sa percussion ne: permeltent d'obtenir aucun bruit de’chainon. Un lien circulaire comprime une partie de la vessie qui, de tumeur sphérique, devient une tumeur en bissac. La recherche de la fluctuation dans cette condition révèle avec une netteté parfaite la production du bruit de grains. Le bruit est produit par le frottement des grains contre l’anneau et par la. vibration du liquide au travers du détroit. » ES
Ombrédanne dit que Ruotte, dans un cas d'hygroma à grains bilobés, a pu constater que la fluctuation cherchée parallèlement à la bride donnait seulement la sensation de liquide, tandis que cherchée perpendiculairement à sa direction, elle donnait le bruit de chainon.
Enfin cette sensation peut exister également dans le cas d’une poche bilobée, présentant un rétrécissement et ne. contenant pas de grains, mais un épanchement purement séreux (Observation de Lejars dans la Revue de la tuberculose, 1893).
En nous basant sur nos observations et sur les faits rapportés par beaucoup d'auteurs, nous avons tenu à signaler encore une fois l'inconstance du bruit de chaînon, qui est remplacé bien souvent dans les hygromas à grains de la région pré-rotulienne par la sensation d’un empâtement un peu spécial.
Disons enfin que la lésion peut être bilatérale. Reinhardt a rapporté Lout récemment {Deutsche Zeitschrif für Chirurgie, 1919) trois observations personnelles de bursile chronique symétrique. D'après lui, cette symétrie des lésions tient simplement
(1) Thèse du concours de clinique chirurgicale, 1851,
nd APT PE à l'action des frottements répétés qui sont la cause détermi- | nante de l'affection et qui dans certains cas s'exercent égale- - ment sur les parties correspondantes des deux moitiés du
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tes, En résumé, on peut dite que chaque fois que l’on constale
une tumeur arrondie, faisant saillie au-devant de la rotule, ayant un volume variant de la grosseur d'une noix à celle d’une
L— * orange, pâteuse, molle, « douce », mobile et fluctuante, don-
nant à la main une sensation neigeuse, on peut penser que l’on
a alfaire à un hygroma pré-rotulien à grains riziformes.
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