‹ L'hymne sur Lépante;Chapitre 5 sur 10 · D'el (Ed. de · texte numérisé non relu

D'el (Ed. de

en castillan; je m'étonne que Quintana l'ait louée comme une trouvaille heureuse. D'autres phrases bibliques ont pu être trop détournées de leur sens, « tirées par les cheveux » ; mais, en somme, le procédé est excusable et l'effet cherché a été produit. A lire la première ode, l'on n'éprouve, à coup sûr, nulle difficulté à se figurer l'armée de la sainte Ligue, avec don Juan à sa tête, comme un autre Israël secouant le joug des Égyptiens et marchant à la suite de ses prophètes à la conquête de la terre promise.

Reste une question qu'il est très légitime de se poser à propos de notre hymne : Herrera, qui a tant imité les Italiens et dont une des canciones les plus célèbres, ce que paraissent ignorer les Espagnols, n'est que la paraphrase d'un sonnet de Navagiero', Herrera n'aurait-il pas, dans cette occasion aussi, puisé son inspiration et peut-être mieux encore chez quelque iiigenio de l'autre péninsule? Dieu sait si les Italiens ont chanté Lépante sur tous les tons, et cela très peu de temps après la bataille! Pourtant, parmi les quarante pièces italiennes environ consacrées à Lépante que j'ai pu parcourir à la Bibliothèque nationale, aucune ne me paraît avoir rien fourni au poète andalous ; je notelai seulement que l'une d'elles s'intitule : « Parafrasi poetica sopra alcuni salmi di David profeta, molto accommodate per render gratie à Dio délia vittoria donata al christianesmo contra Turchi ; » l'idée donc de mettre à profit les Livres saints pour célébrer la victoire chrétienne n'était pas propre au Sévillan.

Herrera n'a publié lui-même qu'un choix de ses œuvres poétiques qu'il dédia à D. Fernando Enriquez de Ribera, marquis de Tarifa : AlgiDias ohras \ de Fernando \ de Herrera, \ Al ihistriss. S. D. Fernando Enriquei de \ Ribera Marques de Tarifa. \ Con licencia de su Magestad. \ En Sevilla en casa de Andréa Pescioni, \ Afio de MDLXXXII. \ Pet. in-4° de 4 feuillets préliminaires et de 56 feuillets chiffrés. Au verso du feuillet préliminaire 4 se trouve cette approbation de D. Alonso de Ercilla : « Yo he visto este libro de sonetos y canciones en buen lenguage y verso justo. Tocanse en ellas cosas y fabulas de mucho gusto

I. Comparez la Cancion al sueno et le sonnet de Navagiero : Soiino, che all'affannate e stanche menti.

para los aficionados a la poesia en las quales muestra Hcrnando de Herrcra su bucn yngenio y gentil spiritu y no hallo en cllas cosa por dondc no se pucdan ympriniir. »

En 1619, le peintre Francisco Pacheco donna au public une édition plus complète et distribuée en trois livres : Versos de \ Fernando de Herrera j emendados i divididos por el j en Ires libros. \ A Don Gaspar de Guxjnan, \ Coude de Olivares, Gentilomhre de la Camara del Prin- \ cipe nuestro Senor, Alcaide de los Alcaçares Reaies \ de Sevilla, i Comendador de Bliwas en la \ Orden de Calatrava. \ A no (écu aux armes d'Olivares) 161^. \ Con privilégia. \ Impresso en Sevilla, por Gabriel Ramos Vejarano. \ Pet. in-4° de 14 feuillets préliminaires, 447 pages chiffrées et 10 feuillets de table. Cette édition ne reproduit pas exactement le manuscrit qu' Herrera lui-même avait préparé avec le soin méticuleux qu'il apportait à ses ouvrages ; ce manuscrit périt peu de jours après sa mort dans un « naufragio » dont on ignore les circonstances (peut-être un incendie), et Pacheco dut, à l'aide de brouillons et de copies qu'il possédait ou emprunta à diverses personnes, reconstituer l'original perdu. Nous savons ces détails par un autre ami d'Herrera, le licencié Enrique Duarte, qui les raconte dans un écrit inséré parmi les pièces préliminaires de l'édition de 1619. Voici le passage très important de cet écrit qui concerne la perte du manuscrit d'Herrera et le travail de reconstitution de Pacheco : « I es cierto que su memoria uviera qucdado sepultada en perpetuo olvido, si Francisco Pacheco, célèbre pintor de nucstra ciudad i afectuoso imitador de sus escritos, no uviera recogido con particulardiligencia i cuidado algunos cuadernos i borradores que escaparon d'el naufragio en que pocos dias despues de su muerte perecieron todas sus obras poeticas que el ténia corregidas de ultima mano i encuadernadas para darlas a la emprenta. Dexo en silencio la culpa d'esta perdida porque soi enemigo de sacar en publico agenas culpas, i juzgo por merecedor de gran premio al que con tantas veras â procurado restaurarla, hurtando muchas oras de su mas forçosa i précisa ocupacion, porque no solo copiô una i dos vezes de su mano lo que aora nos ofrece, pero cumpliô lo que faltava de otros papeles sueltos que avian venido a manos de diferentes personas de quien los uvo; i aunque todo ello sea d'el mesmo autor, es cosa cierta que lo que el ténia escogido i perficionado para sacar a luz séria de mayor i de mas acabada perfecion. » Toutes les pièces que contient l'édition de Pacheco ont été très vraisemblablement écrites par Herrera, mais il n'est pas sûr du tout que le poète les eût toutes

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jugées dignes de voir le jour, et, en outre, personne ne peut savoir si le texte, tel qu'il a été établi par Pacheco, est bien celui qu'Herrera aurait estimé définitif. Pour avoir de l'Hcrrera parfaitement authentique, il faut donc toujours recourir à l'édition de 1582 et à d'autres écrits du poète publiés de son vivant, le Commentaire sur Garcilaso, par exemple, où figurent quelques poésies. Néanmoins, l'édition de Pacheco est fort précieuse parce qu'elle reproduit (moins deux) toutes les pièces de celle de 1582, avec des variantes nombreuses, toujours intéressantes alors même qu'on ne saurait décider si elles représentent la leçon préférée du poète. Puis la compilation du peintre sévillan est enrichie de quelques documents de valeur : l'écrit dont il a été parlé d'Enrique Duarte, une épître de Francisco de Rioja au comte d'OIivares pleine d'observations littéraires et grammaticales qui ont leur prix, et enfin une réduction du portrait d'Herrera par Pacheco tel qu'on le voit dans le Lihrode retratos, réduction assez réussie et qu'il ne faudrait pas juger par la copie détestable du Catalogo de la bihlioteca de Salvà (n° 668). Quoiqu'il ait évidemment prétendu suivre exactement le système orthographique d'Herrera, Pacheco ou celui qui a corrigé les épreuves du livre n'est pas sans avoir omis parfois tel ou tel de ces signes auxquels le soigneux poète attachait tant d'importance : en cela aussi, l'édition de 1582, pour les pièces qu'elle contient, a une autorité que n'a pas l'autre.

La deuxième édition des œuvres poétiques complètes, ou estimées complètes, est celle de Pedro Estala dans sa Coleccion de poêlas espafwles publiée sous le pseudonyme de Don Ramon Fernandez. Les tomes IV et V de cette Coleccion, publiés en 1786 et réimprimés en 1808, répètent le Pacheco augmenté de pièces extraites du Commentaire sur Garcilaso, et le tome XVIII, publié en 1797, reproduit VEgloga venatoria qui manquait à l'édition de Pacheco et ne se trouve que dans celle de 1582. Intéressante par sa préfaee où Estala a longuement, et non sans compétence, disserté sur le style d'Herrera, cette nouvelle édition sans éclaircissement d'aucun genre a d'autant moins de valeur qu'elle n'a pas conservé l'orthographe herrerienne : « Se ha seguido en esta impresion la ortogralia corriente, por respeto de algunas conciencias poéticas en extremo escrupulosas, que se escandalizan miserablemente de los apôstrofos y otras figuras de la ortografia de Herrera. »

Depuis Estala, personne ne s'est appliqué à réunir de nouveau toutes les poésies d'Herrera. On a seulement publié, soit des extraits de l'œuvre dans diverses anthologies, soit des pièces inédites d'authenti-

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cité douteuse dans divers recueils périodiques et dans un volume de la « Société des bibliophiles andalous », intitulé Fernando de Mènera . Controi'crsia sobre .uis anolacioncs à las obras de Garcilaso de la Vega. Poesiasitiédilas (Séville, 1870, in-4"). Ces poesias inéditas, insérées ici à la suite d'une mauvaise édition du pamphlet du connétable de Castille contre Herrera et de la réponse de ce dernier, consistent en quelques redondillas bien médiocres et bien indignes du Divine.

L'hymne sur Lépante constitue un cas à part dans l'œuvre d'Herrera; il a été publié isolément dix ans avant le choix des Obras, dans l'opuscule intitulé Rclacion de la guerra de Cipre y sucesso de la batalla naval de Lepanio, escrito por Fernando de Herrerç (^hv'iWc, îSyi, 8°), où il relève et complète, en un beau et large finale, le récit en prose un peu sec de la grande journée. C'était un premier jet. Depuis, Herrera le remit sur le métier, il en reprit un à un tous les vers, changeant ici un mot, là une rime, substituant une épithéte à une autre, opérant enfin un remaniement à peu prés complet de cette pièce à laquelle il attachait certainement un prix tout particulier. Quand commença-t-il ce travail et quand l'acheva-t-il ? Le fait que l'hymne ne fut pas inséré par le poète dans l'édition de 1582 semble indiquer qu'à cette époque il n'était pas encore content de son travail de révision et qu'il ne voulut pas le réimprimer tel qu'on le connaissait déjà, avant d'y avoir apporté toutes les améliorations dont, dans son désir de mieux faire, il se sentait capable. Le texte remanié est dans Pacheco. Est-ce le vrai, le définitif? Impossible de répondre oui avec une entière certitude, mais en tout cas ce dernier texte est meilleur que le premier et c'est ce texte qu'on doit réimprimer, quitte à donner en note les variantes de l'autre. C'est ce que j'ai fait, sans toutefois m'astreindre à marquer celles de ces variantes qui n'offrent pas d'intérêt, d'autant plus que n'ayant pu me procurer la Relacion de 1572, j'ai dû me servir delà réimpression qui en a été faite dans la Coleccion de documentes inédilos para la historia de Espaila, tome XXI, p. 375, et cette réimpression n'a naturellement pas respecté l'orthographe de l'original.

Classé « morceau célèbre », l'hymne sur Lépante a été recueilli par tous les éditeurs de pâmasses ou d'anthologies, depuis Conti, Maury, BohI de Faber, etc., jusqu'aux fabricants actuels de Tro:^os escogidos à destination de l'Amérique du Sud; il n'y a aucune utilité à énumérer ici ces réimpressions qui procèdent directement ou indirectement de la Coleccion de Fernande^.

Le commentaire de la pièce comporte surtout l'indication précise des passages bibliques traduits ou imités par Herrera; ce travail a été fait déjà d'une façon assez satisfaisante par le comte J.-B. Conti dans le tome III de sa Coleccion de poesias castellanas traducidas en verso toscano é ilustradas (Madrid, 1783) : il a suffi de le contrôler et de le compléter çà et là. Divers littérateurs espagnols ont traité de notre hymne, entre autres Lista % qui, en réimprimant la pièce, a noté en caractères italiques tout ce qu'il y jugeait être d'inspiration biblique, puis Quintana dont les notes sont toujours à lire. La traduction italienne de Conti serre d'assez près l'original et semble réussie; cet exact traducteur a ajouté du prix à son travail en l'accompagnant d'observations judicieuses sur la substitution, chez Herrera, du style périodique {stile continuaîd) au style coupé des livres bibliques. Quant à la traduction en vers français de J.-M. Maury, elle n'a, jusqu'ici, trouvé d'admirateurs qu'en Espagne.

Un mot encore sur la versification de l'hymne qui est, pour parler à l'italienne, une can\one di stanip, divisa, composée de vingt-et-une stances de dix vers hendécasyllabes, sauf le quatrième vers qui estheptasyllabe. Chaque stance a l'arrangement de rimes suivant : ABC — cAB=DD — EE, ce qui pourrait faire croire à la division en deux parties {piedi et volle^ si fréquente dans la can\one toscane; mais, à y regarder de plus prés, l'on constate que la stance est ici une et indivisible : il n'y a en effet souvent aucune pause de sens après les six premiers vers, et la pause est nécessaire dans le système de la bipartition. Primitivement, l'hymne était terminé par un commiato (en espagnol rematé) de trois vers; cette fin a disparu dans la version publiée par Pacheco.

I. Ensayos literarios y criticos, Séville, 1844, t. II, p. 29.

CANCION VI

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