‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 17 sur 111 · PARTI K SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTI K SPÉCIALE

Cependant, j’ai déjà dû signaler, an Congrès de Chirurgie de 1894, des accidents dangereux et des désagréments, causés par la stase hyperémique sur des membres tuberculeux. L’accident le plus fréquent était la production d'abcès froids dont le développement était évidemment favorisé par l’hyperémie par stase. Ces abcès apparaissaient rarement sans symptômes, dans la plupart des cas leur développement était très caractéristique : au début du traitement il se produisait une amélioration notable de l’articulation tuberculeuse, puis le malade accusait subitement des douleurs dans une région déterminée, très sensible à la pression du doigt. La bande élastique enlevée, lorsque le gonflement et l’œdème avaient disparu, une fluctuation évidente permettait de reconnaître l’abcès au début. En continuant la stase, les abcès se formaient si rapidement et en si grand nombre, qu'il n'était pas possible de douter de l’influence de l'hyperémie par stase sur leur développement.

J’ai bien admis que ce n’était pas un signe défavorable ; je croyais, et je crois encore, qu’on peut envisager l’apparition des abcès comme un effort de la nature pour dissoudre les tissus mortifiés, inutilisables et malades, et pour les expulser à l'extérieur. J’instituais le traitement des abcès froids et je recommandais la ponction suivie d’injections de glycérine iodoformée. Je pensais que les deux traitements, hyperémie par stase et iodoforme, se compléteraient heureusement. En effet, l’hyperémie favorisait d'une part la cicatrisation de certains foyers inaccessibles à l’injection iodoformée, en même temps qu’elle en transformait d’autres en abcès froids, contre lesquels nous pouvons nous défendre avec l’iodoformc avec plus de chance de succès que contre aucune autre manifestation tuberculeuse. Mais j'ai reconnu dans la suite, que la production d’abcès aussi volumineux que ceux que nous avons observés avec cette forme d’hyperémie par stase, devait être considérée, sans aucun doute, comme une aggravation de l'affection. Ces abcès se multiplient et augmentent si rapidement, qu’on ne peut presque plus s’en défendre. En outre j’ai acquis la conviction, et je reviendrai là-dessus, que l’emploi simultané du traitement par l’hyperémie par stase et du traitement iodoformé, ne donne pas des résultats avantageux et n’atteint pas le but cherché.

Nous avons observé encore d’autres résultats défavorables : il se produisait un développement considérable de fongosités,

TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE

principalement sur les ulcérations et dans les fistules des tuberculoses ouvertes ; mais elles se produisaient aussi dans des tuberculoses non ouvertes, apparaissant sous la peau qui finalement s’ulcérait. J’observais parfois, cependant, en continuant le traitement, la rétraction désirée et la cicatrisation des granulations exubérantes ; mais souvent elles se développaient irrésistiblement et l’on était forcé d’abandonner le traitement et de pratiquer des opérations sanglantes.

Mais ce qu’il y avait de plus grave, c’est qu’il se produisait dans des tuberculoses articulaires ouvertes, évidemment sous l’influence de ce traitement, des inflammations aiguës qui favorisent, comme nous le savons, le développement d'œdèmes chroniques. J’ai dû signaler à cette époque des abcès chauds, des lymphangites et des adénites, des érysipèles et des affections érysipélateuses de la peau, et même un cas, où la suppuration de l'articulation du pied amena la mort par septicémie.

Il est vrai, que dans ces cas malheureux, il s’agissait de tuberculoses graves : je ne les observai que lorsqu'il y avait des abcès tuberculeux volumineux et surtout des cavités articulaires profondes et anfractueuses, remplies de pus et communiquant avec l'extérieur par une fistule.

Il y avait aussi, ordinairement, des fautes de technique dans l’application des bandages, ou bien le malade avait abusé de la permission que nous lui donnions de mouvoir ses membres, pour autant que les douleurs le permettaient. Mais l’observation objective des cas nous donna la conviction que le procédé lui-même devait être aussi incriminé.

C’est pour cela que j'ai donné alors le conseil de panser soigneusement et aseptiquement les tuberculoses articulaires ouvertes, qu’on devait traiter par l’hyperémie par stase, et de ne pas du tout permettre l'usage des membres, ou tout au moins d'une manière très limitée.

J’ai annoncé ensuite, que même dans les cas favorables, l’hyperémie par stase seule ne permettait souvent pas d’atteindre le but proposé, et que nous devions nous servir aussi d'autres moyens conservateurs, appareils à extensions, appareils plâtrés, injections iodoformées : parfois même il fallait pratiquer des opérations plus ou moins graves.

Le fait qu’un procédé donne une fois des succès brillants et une autre fois des insuccès complets semble prouver qu'il a été

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