PARTIE SPÉCIALE
iniques et, dans quelques cas, des subluxations et des raideurs complètes des doigts. Deux cas furent améliorés, dont une tuberculose fistuleuse et une tuberculose carpo-métacarpienne grave, avec abcès froids, qui nécessitèrent plusieurs incisions. La durée moyenne du traitement a été de douze mois.
2. Tuberculose du coude. — Onze cas ont été traités, dont cinq fistuleux dès le début. Dans huit cas des abcès ont été incisés ; huit cas ont guéri, parmi lesquels deux avec fistules. Dans aucun cas on n’obtint une mobilité tout à fait normale, mais toujours une mobilité satisfaisante. L'amplitude du mouvement pour le plus mauvais cas était encore de 50° à 115°. La mobilité augmentera encore vraisemblablement avec le temps. Trois cas ont été améliorés, tous avec fistules. La durée moyenne du traitement a été de neuf mois.
3. Tuberculose du pied. — (Tuberculose des articulations tibiotarsiennes, de Chopart, de Lisfranc ou de plusieurs de ces jointures simultanément.) Treize cas traités, dont huit fistuleux dès le début ; dans six cas des abcès ont été incisés dans le cours du traitement. Huit cas guérirent, dont quatre fistuleux; trois s’améliorèrent ; un cas resta stationnaire ; un autre fut amputé plus tard, hors de la clinique. La durée moyenne du traitement a été de dix mois. La mobilité complète a été obtenue pour trois des cas guéris : pour les autres la mobilité était satisfaisante.
4. Tuberculose de l’articulation du genou. — Cinq cas traités, dont deux au début et un fistuleux. Trois cas ont été guéris, dont deux avec mobilité complète et un avec ankylosé en bonne position ; deux cas ont été améliorés, tous les deux avec raideur accentuée. Dans huit autres cas la résection fut pratiquée après un court essai d’hyperémie par stase.
5. Tuberculose de l’épaule. — Un cas, guéri avec mobilité complète.
Ce qui frappe surtout dans cette petite révision, c’est le grand nombre de résections du genou. Alors que nous n’avons pas exécuté une seule résection pour aucune autre articulation tuberculeuse, nous en avons pratiqué huit sur treize tuberculoses du genou. En voici le motif: depuis que je traite la tuberculose par l’hyperémie par stase, c’est dans l’arthrite du genou que j'ai obtenu les plus mauvais résultats, pour des raisons encore inconnues et surtout quand il existait déjà des fongosités de
TRAITEMENT DE LA TUBERUULOSE
la capsule articulaire. C’était principalement le fonctionnement qui laissait souvent beaucoup à désirer, aussi dans les tuberculoses guéries, et il y avait souvent une ankylosé en mauvaise position. Or, un bon fonctionnement est pour moi le but principal du traitement conservateur. Si je vois que la fonction peut être améliorée par une opération qui produira plus rapidement le but désiré, je ne m’opiniâtre pas longtemps à faire un traitement conservateur.
Nous avons obtenu dans presque tous les cas de tuberculose articulaire susceptibles du traitement par la stase hyperémique, un fonctionnement, après guérison, aussi complet que celui qu’on peut obtenir avec l’opération la mieux exécutée. Je dispose d’un grand nombre de cas où l’observateur le plus habile et le plus minutieux ne serait pas capable d’indiquer, en comparant les articulations symétriques, celle qui était atteinte de tuberculose. Les trois cas suivants, des années 1891 et 1892, prouvent qu’on peut obtenir des résultats vraiment durables avec l’hyperémie par stase.
4. Un enfant de 8 ans soutirait, depuis deux ans avant son entrée à la clinique chirurgicale de Kiel, d’une tuberculose du genou ; les bains de mer et les appareils de soutien en cuir n’avaient pas donné de résultats satisfaisants. A son entrée on constatait une tumeur blanche du genou gauche, avec subluxation en arrière et contracture en flexion peu accentuée. La douleur était légère, cependant le malade ne pouvait marcher. Je traitai tout d’abord le genou malade avec des injections iodoformées, sans aucun succès; puis du 29 novembre 1891 au 25 janvier 1892 avec l’air chaud, également sans résultats.
Du 14 mai au 27 juin 1892 l’hyperémie par stase permanente fut pratiquée, ensuite seulement la nuit, et finalement pendant 1 heure L’affection s’améliora à la suite du traitement. Dix ans après,- le jeune homme, qui était apprenti de commerce, me fit savoir que la mobilité, la dimension et la force des deux genoux étaient égales ; il pouvait se tenir debout et marcher toute la journée ; il bbitait un peu de la jambe gauche, mais seulement après de très fortes courses.
5. J’ai traité à Kiel, en 1892, un apprenti tailleur, âgé de dix-sept ans, qui souffrait depuis deux ans d’une tuberculose du poignet droit. Il existait une tuméfaction fusiforme du poignet. La rotation et l’extension étaient complètement abolies, la flexion possible, mais très limitée ; chaque essai de mouvements causait de vives douleurs. La main était inutilisable.
L’hyperémie par stase permanente fut appliquée du 25 juin au 25 août 1892, et, pendant la nuit du 25 août au 24 octobre. La stase fut ensuite employée pendant une heure, mais je ne puis plus dire exactement pendant combien de temps.
PARTI K SPÈCIALE
Dix ans après, le père »lu jeune homme me raconta que la main droite était restée plus petite que la gauche, et le bras droit un peu plus grêle que le gauche, mais que la maladie était si bien guérie que son fils avait abandonné le métier de tailleur pour devenir palefrenier; il faisait, sans aucune peine, un travail très pénible avec la main qui avait été malade. Le fonctionnement de la main était complet.
6. Jeune tille de onze ans, atteinte de tuberculose du coude droit ; celui-ci présentait une tuméfaction fusiforme, avec flexion à angle droit. Les mouvements étaient presque complètement impossibles. L’articulation était sensible à la pression.
L’ hyperémie par stase permanente fut pratiquée du 15 mars au 25 avril 1892 et seulement pendant la. nuit du 27 avril au 26 juin. Pendant les deux derniers mois, l’articulation fut massée 1 avec précaution et mobilisée passivement pendant la journée. Le 27 juin l’enfant put rentrer chez elle, L’hyperémie par stase fut alors continuée a la maison pendant la nuit et plus tard pendant une heure par jour.
L’enfant est maintenant une jeune tille. L’articulation est mobile dans toute son étendue; elle peut servir pour n’importe quel travail. C’est seulement après de très grands efforts qu’elle 'ressent dans le bras droit une sensation de lassitude, qui disparaît rapidement lorsqu’elle emploie l’hyperémie par stase pendant peu de temps.
Les deux observations suivantes prouvent qu’une guérison idéale de la tuberculose ne se produit pas seulement dans les cas bénins :
7. J’ai traité pendant l’année 1893 et 1894 un garçon, âgé alors de dix ans, pour une tuberculose ouverte, grave, du genou, qui durait déjà depuis trois ans et demi. En 1903, le jeune homme fut examiné pour le service militaire. La guérison était si complète que, malgré les cicatrices provenant des fistules, on ne voulut pas le croire, lorsqu’il affirma qu’il avait eu une tuberculose du genou. C’est seulement à la suite de ma déclaration, disant qu’il avait eu une tuberculose fistuleuse grave du genou, qu’il fut libéré du service militaire.
8. Un jeune homme de vingt et un ans fut traité dans notre clinique en 1904, par la stase hyperémiq'ue, pour une tuberculose articulaire du pied. L’articulation du pied gauche présentait une tuméfaction fusiforme ; elle était presque complètement immobile. Elle mesurait à differents endroits 1 ’/a à 5 '/a cm. de plus qu’à droite. Un abcès froid fut incisé. Le malade sortit guéri le 1er août 1904. La mensuration donnait les mêmes mesures pour la circonférence des deux articulations. L’abcès froid et la fistule étaient guéris. L’articulation du pied gauche était mobile dans toutes les
' J’ai aussi employé le massage avec des résultats satisfaisants dans des cas d’arthriles tuberculeuses traitées par l’hyperémie par stase. Je l’ai ensuite complètement abandonné dans ces affections, mais conservé pour d’autres lésions articulaires, comme je l’ai du reste déjà mentionné plusieurs fois.
TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE
directions. Au printemps 1905, le jeune homme était déclaré apte au service militaire, et c’est seulement sur un certilicat de la clinique qu’il en fut libéré.
C’est dans la tuberculose articulaire du poignet, du coude et du pied que Phyperémie par stase a donné les meilleurs résultats. Parmi les cas que nous venons de citer, et qui ont été traités pendant neuf mois au minimum, nous avons guéri: articulations de la main. . . 88 °/0.
articulations du coude. . . . 72,7 %, articulations du pied .... 61,5 % des cas.
11 faut bien remarquer que ces cas n’ont pas été choisis, comme le prouve le grand nombre des tuberculoses ouvertes, et que nous n’avons pas pratiqué pendant toute cette période une seule résection de ces articulations malades.
Cette petite statistique est naturellement insuffisante sur quelques points, comme toutes les autres, d’autant plus qu’il est difficile à préciser exactement ce qu’il faut entendre par guérison de la tuberculose, et que nous ne pouvons pas savoir s’il n’y a pas eu de récidive dans l'un ou l’autre des cas. Aucune méthode de traitement ne peut nous mettre à l’abri des récidives et, comme j’ai observé des guérisons qui se sont maintenues pendant dix ans, je conclus que Phyperémie par stase produit des résultats durables. Les récidives devront aussi être traitées par la stase hyperémique.
Les changements objectifs de l’articulation ne correspondent pas toujours à l’amélioration de la fonction et à la diminution des douleurs. En particulier, il peut persister une tuméfaction très prononcée, alors que les membres sont déjà utilisés sans douleurs ; dans la règle cette tuméfaction ne se différencie de la tuméfaction primitive que par sa consistance plus dure. Le retour de l’articulation à la forme normale se produit ordinairement peu à peu.
L’induration des végétations tuberculeuses ramollies est donc le meilleur signe de guérison.
La guérison s’est produite très lentement dans les cas précédents : mais j’ai vu des tuberculoses s’améliorer avec une rapidité incroyable sous l’influence de Phyperémie par stase, de sorte qu’elles perdaient bientôt tout à fait les caractères d’une affection tuberculeuse. Ces cas sont si frappants que j’ai toujours en les plus grands scrupules à les considérer comme de véritables