PARTIE SPÉCIALE
manifestations tuberculeuses. Je les considérai plutôt comme des arthrites consécutives à l’ostéomyélite, à la blennorrhagie ou à une autre affection, se manifestant parfois sous une forme chronique et prises pour une tuberculose, par suite d’une erreur de diagnostic. J’ai cependant observé en tout, jusqu’à présent, quatre à cinq de ces cas pour lesquels il ne peut y avoir aucun doute sur la justesse du diagnostic.
Toutes ces tuberculoses, dont l'aspect, se modifie rapidement saus l'influence de l’hyperémie par stase, se distinguent sans exception par l’énorme réaction produite par la bande élastique, même appliquée très modérément. La région articulaire malade prend une coloration rouge vif pendant que sa température s’élève, comme on peut le contrôler par la palpation, Des phlyctènes et des eczémas aigus se produisent parfois, si bien que l’on pourrait croire à une inflammation très aiguë en examinant le membre traité sans savoir que la bande élastique a été appliquée auparavant. On peut renoncer à tout autre traitement au bout de quelques semaines ; la tuberculose guérit d’elle-même avec formation de tissu conjonctif très dense dans l’articulation malade. Malheureusement ces cas sont extraordinairement rares.
Je devrais encore citer les observations que d’autres ont faites sur la stase hyperémique provoquée par la bande élastique. Mais, bien qu’il se soit écoulé quatorze ans depuis ma première communication, la littérature sur ce sujet est si pauvre qu’il n'est pas nécessaire de l’étudier d’une façon détaillée. Henle 1 a communiqué des résultats relativement satisfaisants, obtenus à la Clinique de Mikulicz; Habs2 a eu aussi quelques succès. Mais, bien que l’on trouve fort peu de chose sur ce sujet dans la littérature, je sais cependant qu’on' a fait des expériences malheureuses en employant l’hyperémie par stase dans la tuberculose. On a donc abandonné le procédé presque partout en le considérant comme dangereux, incertain ou inefficace.
Cela ne me décourage absolument pas. Je me rends parfaitement compte qu’il serait déloyal et en même temps stupide de s’acharner à soutenir une opinion reconnue fausse. Cependant je ne reviens pas sur ce que j’ai dit, je l’affirme encore plus au
1 Henle, Die Behandlung der tuberkulösen Gelenkerkrankungen und der kalten Abscesse an der chirurgischen Klinik in Breslau in den Jahren 1890-96. Beiträge zur klinischen Chirurgie, t. xx, 36 fase.
2 Habs, Ueber die Bier’sche Stauung. Münchner med. Wochenschrift, 1903, n° 23.
TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE
contraire, et je prétends que la plupart des insuccès ne sont pas imputables au procédé, mais à la manière dont il est employé j’en parlerai prochainement. Et, tandis que j’annonçais, au début, que l’hyperémie par stase était un bon procédé de traitement pour la tuberculose articulaire, qui pourrait bien conserver une place prépondérante à côté des autres méthodes, je déclare maintenant que c’est de beaucoup le meilleur traitement conservateur que nous possédions. Il nous permet d’obtenir un excellent résultat avec des risques minimes, et de la manière la plus simple et la plus logique ; aucune autre méthode de traitement ne peut lui être comparée, même de loin, surtout au point de vue du fonctionnement de l'articulation malade. Il faut ajouter que c’est un des traitements les plus agréables, puisqu’il apaise les douleurs du patient sans en provoquer de nouvelles, et lui permet, aussi complètement que possible, l’usage du membre malade.
Je ne prétends pas du tout que l’emploi de ce procédé permette d’abandonner complètement les opérations avec les mutilations qui en résultent, car il peut parfois ne pas réussir et ce n'est pas un moyen infaillible, d’autant plus que ses effets varient avec chaque individu ; le résultat dépendra toujours de la qualité du sang que le malade met à notre disposition pour lutter contre la maladie. Mais je suis fermement persuadé que les résultats seront encore plus satisfaisants et les interventions de plus en plus abandonnées, à mesure que nous aurons acquis plus d’expérience dans ce domaine et que la technique se perfectionnera pour chaque cas particulier.
Il est nécessaire d’expliquer les causes de la différence singulière que l’on constate entre mes résultats et ceux des autres médecins. Tout d’abord la plupart de ceux-ci ont employé une technique défectueuse. J’ai appris, en effet, soit par des récits, soit par de brèves communications écrites sur l’hyperémie par stase, que beaucoup de médecins avaient suspendu le traitement par ce procédé, parce qu’il causait de trop fortes douleurs. Ils Vont sûrement très mal employé et sans rien comprendre à son principe. J’estime superflu d’en donner encore une fois la preuve. Il faut rechercher la deuxième cause dans les aggravations des lésions tuberculeuses, qui se produisaient effectivement au début sous l’influence de l’hyperémie par stase, à la suite d’une technique imparfaite, dont le perfectionnement a exigé beaucoup de temps et de peine. L’aggravation la plus fréquente et la plus désa-