PARTIE spéciale
C’est pour cette raison que j’écrivais dans la première édition de ce livre : « Le traitement par les appareils d’aspiration nous a donné des résultats excellents et des insuccès ; nous avions observé autrefois ces insuccès après une stase très forte et prolongée avec la bande élastique ; nous en concluons que nous avons employé l’appareil d’aspiration trop fortement et trop longtemps. Après ces essais nous avons considérablement diminué la durée de son application et nous l’employons maintenant de manière qu’il ne détermine pas d’œdème chronique. Dans ce but, l’appareil ne sera jamais employé plus d’une fois par jour, et, suivant la réaction qu’il provoque, tous les deux, trois ou quatre jours, pendant vingt minutes. Il faut se garder d’en faire un nouvel usage avant que l’œdème, qui a pu apparaître, ait complètement disparu. Depuis ce moment nous n’avons plus constaté d’insuccès, mais nous n'avons pas encore une expérience suffisante pour porter un jugement sur la valeur du procédé dans le traitement de la tuberculose articulaire. En attendant, je recommande au médecin praticien de produire l’hyperémie par stase avec la bande simplement pendant une heure par jour, et je conseille à ceux qui n’ont pas l’habitude de se servir de l’appareil d’aspiration, d’attendre la publication de nouvelles expériences sur la manière de l’employer et sur ses effets ».
Malheureusement je n’ai pas encore colligé ces expériences, parce que je n’ai pas continué mes essais sur le traitement de la tuberculose articulaire avec les grands appareils d’aspiration. Les indications du traitement par l’hyperémie sont si nombreuses qu’il n’est pas possible, dans une seule clinique, de tout expérimenter à la fois d’une manière satisfaisante.
J’ai dit, dans la première édition, que nous ne produisions jamais une hyperémie durable avec l’appareil d’aspiration, mais que nous faisions une interruption de vingt secondes à une minute après avoir hyperémié pendant quelques minutes. C’est ainsi que nous procédons actuellement avec la ventouse. Il résultait de nos expériences les plus récentes avec les ventouses que ces interruptions devaient être encore plus prolongées. Sur ces entrefaites, Klapp a traité, dans notre policlinique, les spina ventosa par un appareil d’aspiration, avec des résultats très satisfaisants. Le traitement de cette affection était encore fort insuffisant. La bande élastique réussissait peu, tout au moins pour les cas avancés ; les injections iodoformées et d’autres moyens
TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE
conservateurs encore moins, et, les interventions chirurgicales donnaient parfois des résultats médiocres et conduisaient généralement à une mutilation du membre atteint. Klapp disposa l’appareil d’aspiration pour le traitement du spina ventosa d'une façon très simple. Il munit l’extrémité ouverte d’un irrigateur de verre d’Esmarch d’une large manchette de caoutchouc fixée avec du cuir. La largeur de la manchette doit être suffisante pour qu'une main d'enfant atteinte de spina ventosa ouverte puisse y être introduite sans que la plaie effleure le caoutchouc. La manchette souple est fixée au bras du petit malade par une bande élastique. L’air est raréfié de la manière habituelle avec une pompe d’aspiration.
Au début, l’appareil doit être appliqué environ 45 minutes chaque jour. A mesure que l’amélioration se manifeste on prolonge la durée des intervalles entre les séances, de telle sorte qu’on ne l’emploie plus finalement que trois-quarts d’heure tous les huit jours.
Les abcès froids sont ouverts par une petite incision. Les abcès qui se développent sous l’influence du traitement doivent être incisés de bonne heure. Les résultats de ce traitement du spina ventosa sont remarquables. Je citerai le cas suivant comme exemple :
13. Enfant de 8 ans, spina ventosa du premier métacarpien gauche, ayant débuté en février 1905. Le traitement commença le 15 mai à la policlinique de Bonn. Il existait un abcès froid du volume d’un œuf de pigeon sur le dos de la main gauche, au niveau du premier métacarpien. La ponction fit sortir une grande quantité de pus épais. Le traitement par aspiration fut institué aussitôt et continué pendant un mois quotidiennement. Le 22 juin des douleurs plus fortes que les précédentes se déclarèrent et furent calmées par la ponction d’un nouvel abcès. La ventouse fut appliquée pendant les trois jours suivants, puis le traitement par l’aspiration repris deux fois par semaine.
24 juillet. L’enfant a très bonne apparence et meilleur appétit qu’il n’a eu depuis longtemps. La tuméfaction fongueuse a complètement disparu. Le dos de la main est tout à fait désenilé et a une consistance égale et dure. La petite incision est fermée. La main a repris sa force habituelle.
Traitement des Affections tuberculeuses d’autres Organes
Outre la tuberculose articulaire, j’ai souvent traité la tuberculose du testicule par la stase hyperémique, qui doit être employée dans ce cas de la manière suivante :
Si les deux testicules sont malades, on les attire fortement en bas et l’on place à la racine du scrotum un tuyau élastique souple, rembourré d’ouate, qui est fixé de façon à produire une forte hyperémie ; les extrémités du tuyau élastique sont fixées avec une pince.
Si un seul testicule est malade, on l’attire en bas et on repousse le testicule sain en haut, pendant que le tuyau est placé comme précédemment. Les testicules sont placés dans un vaste suspensoir. Le tuyau élastique est porté une à trois heures par jour.
On réussit de cette manière à produire une forte hyperémie par stase du testicule ; je l'ai employée avec avantage principalement dans les cas ulcérés et fistuleux, et nous avons obtenu par ce procédé la guérison d’ulcérations tuberculeuses étendues du testicule. Les résultats ont été moins favorables pour les indurations tuberculeuses de l’épididyme, telles qu’on les trouve au début de l’affection. On doit également ouvrir par une petite incision les abcès froids qui peuvent se produire.
J'ai encore traité par la stase hyperémique des tuberculoses des os, des gaines tendineuses, des ganglions et du tissu cellulaire sous-cutané, et même des lupus. Je n’ai communiqué autrefois que des expériences insuffisantes sur le traitement de la tuberculose des gaines tendineuses. J'avais observé que cette affection s’améliorait considérablement sous l’influence de l’hyperémie par stase, mais je ne l'avais jamais vue guérir complètement. C’est pour cela que j’avais donné le conseil de ne pas continuer longtemps le traitement conservateur dans cette maladie, mais d’extirper les végétations tuberculeuses pour arriver plus vite au but et pour avoir de meilleurs résultats fonctionnels. Mais j'ai complètement changé d’opinion depuis que j'ai guéri dernièrement, au sens idéal du mot, par la stase hyperémique, les tuberculoses les plus graves des gaines tendineuses. Je procède maintenant de la manière suivante : l'hygroma tuberculeux des tendons fléchisseurs est ouvert par une petite incision à une place déterminée, de préférence au-dessus de l’articulation carpienne, où se trouve dans la règle une partie de la dilatation en bissac de la gaine tendineuse tuberculeuse. On exerce ensuite une pression sur la gaine, de la périphérie vers l'ouverture, en faisant sortir soigneusement le liquide et les grains riziformes contenus dans la poche synoviale tuberculeuse.
TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE
On ne doit s'arrêter que lorsque les derniers grains rizi formes ont été exprimés, ce qui prend souvent un temps considérable. La petite plaie est pansée aseptiquement et l’hyperémie par stase pratiquée pendant une à deux heures par jour.
Je citerai l’observation d’un cas grave :
14. Tuberculose de la gaine des tendons fléchisseurs de la main droite, datant d’un peu plus de 1 an, chez un collégien âgé de 16 ans. Quelques jours avant le début de mon traitement, il s’était formé, au-dessus de l’articulation carpo-métacarpienne, une fistule avec écoulement d’une petite quantité de liquide séreux.
La paume de la main était entièrement remplie par une tumeur sphérique. Une deuxième tuméfaction analogue était située au-dessus du ligament transverse du carpe. Ces deux tuméfactions étaient fluctuantes et la fluctuation était perceptible de l’une à l’autre. On sentait des nodosités dures et volumineuses sur toute la longueur du tendon fléchisseur de l’auriculaire ; il existait des nodosités semblables à la périphérie des gaines tendineuses du médius et de l’annulaire et dans la paume de la main. Les trois derniers doigts étaient fortement enraidis. Le malade ne pouvait pas fléchir les doigts pour faire le poing. Au-dessus de l’articulation carpo-métacarpienne se trouvait une fistule, dont l’ouverture était fermée par une croûte. Une fois cette croûte enlevée, la pression sur les tumeurs faisait sortir du liquide séro-purulent et des graiffs riziformes.
Je libérai la fistule et fit sortir une grande quantité de liquide et de grains riziformes en les exprimant; plusieurs jours s’écoulèrent avant que les tumeurs fussent complètement vidées.
Le 20 février 1904 je commençai le traitement avec la bande élastique, qui fut appliquée une heure par jour pendant environ une année. Les douleurs se calmèrent très vite et cessèrent complètement pendant cette année. Ce furent les nodules de la gaine de l’auriculaire et de la périphérie des gaines du médius et de l’annulaire qui persistèrent le plus longtemps.
J’examinai le jeune homme pour la dernière fois le 6 août 1905. Un observateur impartial aurait à peine pu distinguer quelle main avait été malade. La palpation minutieuse des tendons de l’auriculaire et de l’annulaire faisait percevoir un très léger gonflement dans le voisinage de la deuxième phalange. Le fonctionnement de la main était complet. Le jeune homme, qui est un pianiste de talent, raconte qu’il peut parfaitement bien jouer avec les doigts de la main droite.
Les hygromas tuberculeux du dos de la main peuvent être traités de la même manière. Il n’est pas nécessaire de les inciser lorsqu’ils sont peu volumineux ; quand ils sont plus développés, on les ouvre par une petite incision ; leur contenu est ensuite exprimé. La bande élastique est alors appliquée.
Le traitement avec les ventouses peut aussi être employé pour ces hygromas peu volumineux ; on se sert alors de ventouses appropriées à la forme du dos de la main.