DE LA PRODUCTION ARTIFICIELLE DE L’HYPERÉMIE
Il y a plus de quinze ans que j'ai commencé à hyperémier, de parti pris, certains foyers morbides, dans un but curatif. Mes premiers essais se limitèrent à la tuberculose; bientôt je les étendis de plus en plus, de sorte que dans le cours du temps j’ai acquis une très riche expérience sur faction de fhyperémie dans des processus physiologiques ou pathologiques. Ce sont ces résultats que je me propose d’exposer dans les pages qui suivent.
Dans toutes nos descriptions, il ne s'agit que d’hyperémies locales. Pour éviter des malentendus, je rappelle que pour me «onformer à l’usage, je nomme hyperémie active, l’état d’un -organe qui reçoit un courant sanguin plus abondant dans son
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réseau vasculaire ; il est irrigué par une masse de saug plus grande. Daus l’hyperémie passive (par stase) c’est la diminution de l’écoulement du sang veineux qui fait que le réseau vasculaire est rempli plus abondamment. Somme toute, on peut dire que les termes d’hyperémie active et artérielle sont équivalents, de même que ceux d’hyperémie passive et veineuse. Il y a cependant des exceptions: dans les insuffisances valvulaires du cœur il y a hyperémie passive des poumons et pourtant celle-ci est artérielle (eu égard à l’espèce de sang : artériel = oxygéné et pauvre en acide carbonique). Car. dans les capillaires du poumon, ce sang stagnant reçoit de l'oxygène, tandis que la respiration en extrait de l'acide carbonique. Pour qu’il y ait hyperémie veineuse, il faut en arriver à des troubles de compensation si considérables, que la vie court les plus grands dangers. Köster a confirmé ma manière de comprendre l’hyperémie artérielle dans la stase pulmonaire1, mais elle est contestée de divers côtés. Je regrette de ne pouvoir reconnaître la justesse des objections qui ont été présentées. À mon avis ce n’est que grâce à un manque de réflexion que l’on peut accepter la conception généralement répandue d’une hypérémie veineuse dans la stase pulmonaire. En tout cas. même dans les troubles de compensation très accentués, le sangest plus artériel dans les capillaires du poumon que dans les capillaires de n’importe quelle région de la grande circulation.
D’ailleurs ce sont là des considérations qui n’auront d’intérêt que là où nous aurons à parler de l’action de l’une ou de l'autre espèce de sang. Pour la pratique courante nous pouvons admettre <pie le terme d’hyperémie active = artérielle, passive = veineuse: les explications que nous avons données nous dispenseront de nous excuser de la liberté que nous prendrons plusieurs fois à ce sujet.
DES MOYENS DE PROVOQUER L’HYPERÉMIE ACTIVE
Il y a des procédés très variés pour produire l’hyperémie active. Celui «pie les physiologistes emploient sur une grande échelle, consiste à sectionner les nerfs vaso-moteurs (surtout la section du sympathique). À vrai dire, on ne peut pas obtenir de cette façon des résultats expérimentaux purs. En effet, la section des
1 Vortrag in der Niederrheinischen Gesellschaft für Natur und Heilkunde, 1904.
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nerfs produit une quantité d’altérations à côté de l'hyperémie ; et, vraisemblablement, les modifications produites sont encore bien plus nombreuses que nous ne pouvons le constater. Mais ce n’est d’ailleurs pas un procédé qui puisse servir à provoquer l’hyperémie dans un but thérapeutique.
Après l’application de l’ischémie artificielle par la méthode de von Esmarch, il se produit une très forte hyperémie, dite hyperémie réactionnelle : c’est d’ailleurs ce qui arrive toutes les fois que l’on supprime, pour un certain temps, le courant sanguin, ou même qu’on le ralentit considérablement1. Nous ne pouvons pas non plus nous servir de ce moyen car, d’une part, il est trop douloureux et. d’autre part, l’hyperémie ainsi produite dure un temps trop court pour pouvoir avoir une action quelconque sur la plupart des maladies justiciables de l’hyperémie.
On voit l’hyperémie se manifester à l’occasion de l’hyperactivité des organes, surtout des muscles: elle se montre avec toute espèce de frictions, avec les applications du massage et de l’électricité. Il est probable que c’est à l’hyperémie qu’ils produisent que ces procédés thérapeutiques très actifs doivent une bonne partie de leur efficacité.
Nous avons aussi à notre disposition un grand nombre de substances chimiques, tous les rubéfiants. À première vue, il ne paraît pas douteux que ces rougeurs ne doivent être attribuées à une hyperémie artérielle : c’est ce qu’exprime l’ancien adage :
« Ubi stimulus, ibi afflux us » ; et cependant je dois dire que cela ne me parait nullement prouvé. En effet, toutes ces substances provoquent des inflammations intenses, et nous savons que, dans ce cas, il y a un ralentissement du courant sanguin, succédant à une accélération de courte durée. Je reviendrai plus loin sur ce point avec plus de détails.
L’agent le plus pratique et le plus utilisable pour provoquer une hyperémie locale est la chaleur. Il y a des milliers d’années qu'il est employé en thérapeutique, sans que l’on se soit rendu compte que c’était l’hyperémie active ainsi provoquée qui représentait l’élément curatif le plus important de ce procédé et, dans bien des cas, le seul que l’on puisse invoquer. L’organisme se défend par deux moyens contre l’élévation exagérée de température : par une rapide évaporation de la sueur, et par une irrigation intense de la partie surchauffée au moyen d’un cou-
1 Bier, Entstehung des Collaleralkreislaufes. Virchow’ s Archiv , t. cxlvii, p. 256.
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rant rapide de sang artériel. Ce dernier agit donc comme uncourant réfrigérant. C’est ce courant rapide que nous recherchons en première ligne, car, à mon avis, dans la plupart des maladies où la chaleur exerce une action favorable, c’est lui qui est l'agent curatif proprement dit. Loin de moi la pensée de vouloir déprécier l’importance de la sudation comme agent thérapeutique: mais j’estime qu’elle n’entre guère en ligne de compte pour les maladies qui feront le sujet de ce livre.
On peut s’adresser aux procédés les plus variés pour appliquer la chaleur sur une partie malade ; par exemple, aux cataplasmes, enveloppement de limon ou de boue, à la chaleur rayonnante, au sable chaud, aux thermophores d’une construction appropriée, ou enfin à l’air chaud. C’est ce dernier moyen qui permet d'atteindre les degrés de chaleur les plus élevés 1. pour la raison simple et naturelle que l’air étant mauvais conducteur de la chaleur, possède une faible capacité calorifique, et quel'évaporation active de la sueur protège les parties exposées à la brûlure. Il n’y a donc nullement lieu de s’étonner que l’on puisse atteindre, sans nuire à l’organisme, à des degrés de température aussi élevés, quand il s'agit d’air chaud. Par contre, il est surprenant que ce procédé provoque, à n’en pas douter, une hypérémie artérielle plus forte que les autres moyens ; c’est cependant un fait que l’on peut reconnaître à l’examen du membre qui présente une teinte rouge vif uniforme, et à l’action curative plus énergique. En effet, si l'hyperémie artérielle est bien, comme je l’admets, le processus de défense et de réaction contre faction nocive des hautes températures, on devrait la voir se produire aussi forte avec tous les procédés d'échauffe-
1 On trouve dans la littérature des données très différentes sur le degré de la température de l’air chaud qui peut être supporté par l’organisme. Au début, j’utilisai des températures ne dépassant pas 100° au maximum et je constatai que certaines personnes peuvent à peine les supporter. Je me servais alors de grandes caisses, d’un cube d’air considérable, le thermomètre étant placé dans un angle. Plus tard, quand j’employai des caisses plus petites, ayant un thermomètre en haut, dans le couvercle, droit au-dessus de la source de chaleur, on pouvait faire supporter des températures en apparence bien plus élevées. Ces différences proviennent évidemment du fait que le thermomètre n’indique pas exactement la température qui agit sur la peau. Dans les différentes parties de l’appareil, l’air a des températures différentes ; c'est ce que Schreiber, surtout, a bien démontré.
Ce ne sont pas seulement certaines personnes, mais aussi certaines parties du corps qui sont plus sensibles que d’autres au degré thermique ; les parties les plus sensibles sont les doigts et les orteils. Aussi, quand ils ne sont pas malades euxmêmes, faut-il les protéger contre la brûlure par une couche d’ouate lorsqu’on veut agir sur la main ou sur le pied.
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ment, étant donné qu’on l'augmente jusqu'aux limites de ce qui est supportable.
Nous ne devons pas oublier qu’en ce qui concerne les processus dits de réaction, l’organisme est accomodé et exercé en première ligne à réagir vis-à-vis des conditions ambiantes naturelles. Or c’est à chaque instant que le corps doit s'accommoder aux variations les plus étendues de la température de l'air, tandis qu'il est très rarement exposé à subir les variations de température d’autres objets qui arrivent à son contact. Dans tous les enveloppements avec des masses chaudes plus ou moins consistantes (boues, bouillie, thermophores) il faut tenir compte de la pression qu’elles exercent sur les petits vaisseaux en s’opposant ainsi à la rapidité du courant sanguin.
Faut-il ranger l’eau chaude parmi les agents qui exercent uniquement une action hyperémiante active? Je la soupçonne d’appartenir aux substances qui exercent une très légère irritation inflammatoire. Dans ces cas-là, il y a une modification, encore inconnue, de l’état des petits vaisseaux et de leur contenu, qui fait que, malgré l'augmentation du calibre de ces vaisseaux, il ne se produit pas d’accélération du courant sanguin, ou que cette accélération n’est pas aussi forte qu’on serait en droit de s’y attendre d’après les lois physiques connues. Aussi ne puis-je admettre qu'on appelle indifférents les bains chauds ordinaires. Une simple expérience prouve qu’il y a une grande différence entre la forte hyperémie provoquée tant par l’eau chaude que par l'air chaud. Je place mon avant-bras droit dans de l'air aussi chaud que possible (105°) : la gauche dans de l'eau aussi chaude que possible (44,75°), je les y laisse aussi longtemps l’un que l’autre, puis, quand je les retire, je les tiens l’un à côté de l’autre. L’avant-bras gauche est rouge, mais avec une teinte bleuâtre très nette ; le droit est d"un rouge plus vif, avec une teinte jaunâtre. Ces caractères sont si nets qu’ils sautent aux yeux de tout observateur. Du reste l’hyperémie provoquée par l'eau chaude parait plutôt plus forte que celle qui est due à l’air chaud ; dans ce dernier cas il y a évidemment une beaucoup plus grande accélération du courant sanguin: l’air chaud provoque une rougeur artérielle plus vive. Vraisemblablement l'eau exerce une certaine action chimique sur la peau : c’est un degré faible d'inflammation. En employant la solution physiologique de chlorure de sodium à la place d'eau chaude, on ne change rien au résultat.
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Mais voici assez de considérations théoriques, Aussi bien, ne sommes-nous pas obligés, ici. comme presque partout, d'en revenir aux résultats de l’expérience? Or la pratique me semble prouver que de tous les agents thermiques l’air chaud est de beaucoup le plus maniable et qu’en particulier c'est lui qui produit l’hyperémie artérielle, la plus intense et la plus efficace. Immédiatement après lui on peut ranger le bain de sable chaud. C’est l'application de l’air chaud que j’ai le plus étudiée et qui m'a donné les meilleurs résultats : je me bornerai donc presque uniquement à l’étudier.
Dans ces derniers temps, on a beaucoup étendu les indications thérapeutiques de l'air chaud. Mais on s’est bien gardé de reconnaître que son action essentielle consiste dans la production de l’hyperémie. C'est le contraire qu'on a généralement soutenu.
C'est ainsi qu'au 15me Congrès allemand de médecine interne, en 1897, dans la discussion sur le traitement du rhumatisme articulaire chronique, on a recommandé le traitement par la chaleur, sans dire un mot de son effet hyperémiant sur lequel j'avais pourtant attiré l’attention depuis longtemps déjà. L’année suivante, Mendelsohn démontre l’appareil à air chaud de Tallermann, mentionne l’explication que je donne de l’action thérapeutique de l’air chaud, mais il l’appelle au contraire « décongestionnante ». Et cependant, l’année précédente encore, j’avais fait une publication sur ce sujet ! 1 Seul, Bäumler, au cours de la discussion, a brièvement cité mon explication.
De tout temps, on a compté l’application externe de la chaleur au nombre des moyens thérapeutiques, qui attirent le sang de la profondeur à la surface. On observa la rougeur vive de la peau qui succède à ces applications et on en tira la conclusion que cette dilatation des vaisseaux superficiels « décongestionnait », comme on disait, les parties profondes gorgées de sang. François Franck2 dans un travail souvent cité, sur la «révulsion» a essayé de donner une base scientifique à cette opinion, et l’hydrothérapie, prise au sens le plus large du mot, s’est approprié cette conception sans réserves. Or, tandis que Franck ne parle que de « frictions stimulantes, de sinapismes, ventouses, ignipuncture et de vésicatoires », l’hydrothérapie, qui effective-
1 Bier, Heilwirkung der Hyperämie. Münchner med. Wochenschrift, 1897, n° 32.
2 François Franck, Gazette hebdomadaire, 1892, p. 485. Etude des principaux effets circulatoires locaux et généraux dus à la révulsion cutanée.
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ment, consiste avant tout, dans l'emploi des excitations par le froid et le chaud, a adapté les idées de Franck aux excitants thermiques.
Franck a démontré qu'après les irritations de la peau, il se produit, par voie réflexe, une constriction des vaisseaux des viscères et une dilatation des vaisseaux des parties superficielles. L’irritation cutanée doit provoquer une excitation des nerfs vasoconstricteurs des uns et des vaso-dilatateurs des autres. C'est de cette manière que s'expliquent, d'après Franck, les effets de la révulsion : ils ont une influence décongestive, et attirent à la surface le sang stagnant dans les viscères malades. Cette explication. en apparence indiscutable s’appliquait aussi bien à Faction des nombreux irritants cutanés chimiques, en usage depuis un temps immémorial qu’aux multiples formes des influences thermiques qui s’exercent sur la peau et qui doivent agir dans les parties profondes.
Elle ne nous importe pas particulièrement à cette place, car nous aurons peu à nous occuper de telles actions à grandes distances, de la peau aux viscères. Au premier abord elle parait très lumineuse, car, comme nous le savons depuis longtemps par la physiologie, il faut, pour qu’il y ait une hyperémie étendue des parties externes, que les viscères leur cèdent le sang nécessaire, et réciproquement : mais les expériences de Franck ne sont nullement convaincantes. Pour mesurer les variations de la masse sanguine, il a placé les reins dans un appareil volumétrique. Or on sait que, lorsque l’on met à nu des viscères abdominaux, leurs vaisseaux se comportent tout autrement que dans des circonstances normales et que l’on peut tirer de là des conclusions tout à fait erronées ; c’est ce dont j’ai pu me convaincre par mon expérience personnelle, qui se trouve confirmée par les recherches d’autres auteurs h A combien plus forte raison serace le cas si l’on introduit dans un appareil un rein tout entier en continuité avec ses vaisseaux? Il me parait donc très risqué de tirer des conclusions aussi hardies d’expériences qui ne tiennent nullement compte des conditions normales.
Mais considérons provisoirement comme prouvée l’exactitude de ces échanges réciproques entre la peau et les viscères, opinion qui se trouve déjà affirmée dans les ouvrages de physiologie anciens. Il est certainement absolument faux d’appliquer ces
1 Voir Braam Houckgeest. Pflüger' s Archiv, t. vi.
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mêmes conclusions à des organes placés dans le voisinage les uns des autres. Or on a prétendu s’appuyer sur les travaux de Franck pour confirmer l’ancienne opinion qu’une rubéfaction de la peau d’un membre débarrasse les parties profondes, les muscles et les articulations, par exemple, d une hyperémie nuisible. C’est là une erreur fondamentale, qui mène aux déductions les plus fausses. La vérité est que les agents rubéfiants exercent jusqu'à une grande profondeur une action hyperémiante ; nous reviendrons sur ce sujet dans un autre chapitre avec plus de détails. Pour ma part, j'ai toujours admis que l'hyperémie provoquée par l’action de la chaleur, ne se limite pas à la peau, en décongestionnant les parties profondes ; mais au contraire que, pourvu qu’on arrive à un degré de chaleur suffisant, on provoque une hyperémie de tous les tissus, dans toute l'épaisseur du membre exposé à cette action. Mon assistant, le D1 Klapp 1, a même prouvé que cette action se transmet aussi de la surface aux viscères. Il expose le ventre d'un lapin dans un appareil à air chaud, pendant longtemps, à une température élevée, puis il retire l’animal de la caisse, lui ouvre rapidement le ventre. Dans ces conditions. Klapp a régulièrement trouvé une hyperémie de toute la paroi abdominale, du péritoine intestinal et du centre aponévrotique du diaphragme.
Les expériences pléthysmographiques nous apprennent que la chaleur augmente le volume du bras inclus dans l'appareil, tandis que le froid le diminue 2. Ces variations de volume sont certainement dues aux variations de l’irrigation sanguine. Malheureusement nous ne savons pas si cette hyperémie, qui provoque le gonflement du membre, n’existe qu’à la surface ou s’étend aussi dans la profondeur. Sarah Àmitin estime que, malgré l’augmentation de volume du membre, il peut y avoir cependant une action décongestionnante de la chaleur sur les vaisseaux profonds.
.fai d’ailleurs découvert un fait qui donne la preuve décisive et la plus éclatante de l’effet, non pas décongestif, mais hyperémiant de la chaleur sur les parties profondes et de son action curative. C’est que, bien loin d’être nuisible dans tous les cas et de
1 Klapp, Ueber die Behandlung von Gelenkergüssen mit heisser Luft. Münchner med. Wochenschrift, 1900, n° 23.
2 Sarah Amitin, Ueber den Tonus der Blutgefässe bei Einwirkung der Wärme und Kälte. Zeitschrift für Biologie, t. xxxv.
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mériter d’être supprimée absolument, une hyperémie par stase peut, dans bien des cas, avoir les mêmes effets que la chaleur considérée comme agent révulsif ou dérivatif. On s'est donc fait à ce sujet des opinions foncièrement erronées.
D’après les médecins hydrothérapeutes, les excitants thermiques agissant par voie réflexe, seraient un puissant agent modificateur de la réplétion sanguine. J’ai déjà mentionné l'usage qu’ils font des expériences de François Franck. Ils se basent en outre sur des observations certainement fort intéressantes de Brown-Séquard, Schüller, Samuel, Winternitz et d'autres. Ils ont même prétendu pouvoir exercer une action sur certaines parties déterminées de l’intérieur du corps en agissant sur certains territoires cutanés. Leichtenstern, dans sa balnéothérapie etMâtthes, dans son traité d’hydrothérapie, ont contesté sur quelques points l’exactitude de ces expériences, sur d’autres, le droit d'en tirer certaines conclusions pratiques. Et il est de fait que quiconque a institué des expériences physiologiques du genre de celles qui nous occupent donnera raison à Matthes quand il refuse une valeur démonstrative à la plupart d’entre elles. Il règne dans ce domaine le plus complet arbitraire soit pour fixer les conditions des expériences, soit pour interpréter leurs résultats. Nous ne voulons d’ailleurs nous mêler à cette discussion qu'autant que cela nous intéresse pour la question de l’effet local de l'air chaud. On ignore complètement s'il y a vraiment des effets réflexes causés par l’hyperémie locale. Ce qui est certain par contre, c’est que l’on peut provoquer une hyperémie parfaitement caractérisée sans l’intervention du système nerveux. Voici une expérience qui le prouve : je prends un cochon de lait l, profondément anesthésié à l’éther, et, sur un de ses membres postérieurs, je prépare soigneusement l’artère et la veine fémorale séparées de leurs gaines. Je sépare ensuite complètement toutes les parties molles en incisant jusqu’à l’os, tout en faisant la ligature de tous les vaisseaux qui saignent. Le membre n'est, plus relié au reste du corps que par l'os et les deux troncs vasculaires principaux; tous les nerfs sont coupés. J’introduis le membre dans une caisse à air chaud et je vois que l’hyperémie y survient exactement de la même manière que dans le membre
1 Le porc est l’animal de choix pour toutes les expériences sur la réplétion sanguine. La peau très blanche du cochon de lait trahit les moindres variations de l’irrigation sanguine et permet de reconnaître l’espèce de sang.
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qui n’a pas été sectionné. De même cette hyperémie disparait tout aussi vite, pourvu qu'on ait évité une brûlure.
On peut provoquer également dans ce membre les trois degrés de brûlure.
Lewaschew 1 pratique la circulation artificielle avec du sang défibriné dans des membres séparés du corps et établit le fait que la chaleur provoque un élargissement, le froid un rétrécissement des vaisseaux, et que, par cela même, la rapidité d’écoulement est modifiée. Je ne puis malheureusement pas me laisser convaincre par ces expériences. Dans un travail antérieur j’ai déjà établi2 que l’irrigation de parties séparés du corps, avec du sang défibriné et sous une pression constante, conduit à des résultats tout à fait faux, et que ces expériences ne méritent pas créance.
Pietrowski3, dans des expériences pléthysmographiques, trouva que l’excitabilité des vaisseaux était conservée même dans des membres privés de leurs nerfs. Le fait a été constaté de divers côtés.
J’ai moi-même démontré que l’hyperémie dite réactive, qui survient après l’ischémie artificielle, est tout à fait indépendante du système nerveux central4.
C'est à Goltz et Ewald5 que nous devons la démonstration la plus frappante de l’indépendance de l’innervation vasculaire visà-vis du système nerveux central. Les vaisseaux d’un chien auquel on a enlevé la plus grande partie de la moelle épinière par morcellement, conservent la faculté de se rétrécir ou de se dilater suivant la nature des irritations extérieures.
Il est donc établi qu’une hyperémie peut être provoquée par la chaleur, uniquement par une action locale sur les vaisseaux, sans aucune intervention du système nerveux central et des troncs nerveux. Nous ne trancherons pas la question de savoir s’il s’agit là d’une irritation immédiate de la paroi vasculaire, ou
1 Lewaschew, Lieber das Verhalten der peripherischen vasomotorischen Centren zur Temperatur. Pflüger' s Archiv, t. xxvi, p. 60.
2 Bier, Virchoio’s Archiv , t. cxlvii, p. 270.
2 Pietrowsky, Studien über den peripheren Gefässmeclianismus. Pflüger' s Archiv, t. lv, p. 240.
4 Bier, Ueber die während und nach der künstlichen Blutleere auftretenden Gefässveränderungen und ihre physiologische Erklärung. Deutsche med. Wochenschrift, 1899, n° 31.
5 Goltz et Ewald, Der Hund mit verkürztem Rückenmark. Pflüger’s Archiv, t. lxiii, p. 362.
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bien, s’il faut admettre avec Goltz l'existence de ganglions vasculaires (qui n’ont pas encore été découverts).
Enfin, il n’est pas même établi sans conteste que la chaleur provoque une hyperémie active ; Winternitz 1 et ses élèves la considèrent comme une hyperémie passive ! Il me semble pourtant qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur la peau d'un membre de n’importe quel être à peau blanche (homme ou cochon ), après l’avoir exposé quelque temps à l’air chaud, pour qu’il ne subsiste aucun doute dans l’esprit. Il ne peut s’agir là que d'une hyperémie artérielle au suprême degré, car la rougeur qui survient est, si possible, encore plus intense et plus vive que celle qui survient après la production de l'ischémie artificielle ; or, dans ce dernier cas, nous savons qu'il s'agit d’une hyperémie artérielle avec accélération extraordinaire de la circulation. Quoi qu'il en soit, j’ai cherché à appuyer cette conception par quelques expériences encore.
J’introduis la patte d’un chien, qui se trouve dans la narcose profonde par l'éther, pendant une demi-heure dans une étuve à air chaud et j hyperémie très fortement le membre. Quand j’incise la veine fémorale, préparée préalablement, le sang en jaillit avec des pulsations très marquées. C’est la répétition d’une expérience de physiologie bien connue pour démontrer la forte accélération du courant artériel. A vrai dire il faudrait encore que le sang de cette veine fût d’un rouge vif bien différent de celui de l'autre membre ; dans deux expériences, je n’ai pas pu constater cette différence. Malgré la narcose par l’éther, le sang était rouge vif dans les deux veines. Mais dans la patte non hyperémiée, on ne constatait pas la pulsation du jet de sang.
Les expériences suivantes démontreront très clairement qu’en réalité il est indispensable d’avoir un courant sanguin très rapide pour permettre de supporter un degré de chaleur élevé : il remplit le rôle d'un courant réfrigérant circulant dans le membre chauffé.
1 Consulter sur cette question les travaux de Matthes : Lehrbuch der klinischen Hydrotherapie, et : Ueber den heutigen Stand der Lehre von der Reaktion im hydriatischen Sinne. Zentralblatt für physikalische Therapie und Unfallheilkunde, 1904.
Pick : Ueber den Einfluss mechanischer u. thermischer Einwirkungen auf Blutstrom und Gefässtonus. Zeitschrift für Heilkunde, 1903.
Lommel, Ueber den Tonus der grossen Gefässe. Deutsches Archiv f. klinische Medizin, t. lxxviii, et : Ueber die Viscosität des menschlichen Blutes bei Schwitzprozeduren. Ibid., t. lxxx.
Martin : Beiträge zur Lehre über den Einfluss thermischer Anwendungen auf das Blutgefässsystem. Zeitschrift für diätetische u. physik. Therapie, t. vii.
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Je place mon bras dans une étuve et je la chauffe lentement. Lorsque le thermomètre placé au couvercle marque 114° G., la chaleur est encore bien supportée; à 115° survient une désagréable sensation de cuisson sous les ongles. La température de 114°-115° est par contre supportée assez longtemps sans désagrément ; le membre transpire modérément.
Alors on place sur le bras une bande élastique qui provoque une légère hyperémie par stase et on remet le membre dans la même étuve, dans la même position, et l’on chauffe de nouveau lentement. A 98° survient une vive cuisson sous les ongles. Un peu au-dessous de 98° la chaleur peut encore être supportée longtemps; dans ce cas aussi le bras est moite de sueur.
Si maintenant je produis une forte hyperémie par stase, tout en pouvant sentir encore nettement le pouls radial, et si je remets mon bras dans les mêmes conditions dans l'étuve, c’est déjà à 78° que survient la limite de la température supportable.
Ainsi, puisque dans un membre hyperémié par stase, il y a plutôt exagération que diminution de la sécrétion sudorale, c’est seulement dans la diminution de la rapidité du courant sanguin qu’il faut rechercher la cause de cette plus grande sensibilité à la chaleur. Dans ce cas nous avons ralenti le courant réfrigérant qui, avec la transpiration, protège le membre contre la brûlure.
Par précaution, j’ai fait aussi la contre-épreuve : j’anémie mon bras pendant seize minutes par la constriction circulaire. Quand j’enlève la ligature, il survient la puissante réaction hyperémique que nous autres chirurgiens avons eu le loisir d’apprendre à reconnaître suffisamment comme une forte accélération du courant sanguin. Je place alors le membre dans les mêmes conditions que précédemment, dans la même étuve qui a été au préalable chauffée à une température uniforme de 145°. Le membre supporte très bien cette température et transpire abondamment. Je retire le bras de l’étuve, j’attends qu’il ait tout à fait pâli et je l’introduis de nouveau pendant que le thermomètre marque toujours 145°. Cette fois, la chaleur n’est supportée que peu de secondes, puis le bras doit être retiré à cause d’une sensation de brûlure intolérable.
Je citerai encore quelques observations qui sont en rapport
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avec ce sujet. J’expose mon bassin, dans une étuve à air chaud, à une température qui atteint la limite de ce que je puis supporter. Alors, j’arrête la respiration et je fais un effort expiratoire énergique en fermant le nez et la bouche pour provoquer une stase du sang dans tout le corps ; dès lors la chaleur devient insupportable ; dès que je recommence à respirer, par contre, cette sensation de cuisson disparaît.
Si je fais la même expérience sur mon bras, voici ce que je ressens : au début de l’effort expiratoire, la sensation de chaleur est très nettement atténuée ; peu à peu cette diminution fait place à une sensation de brûlure plus forte. Une aggravation très nette de la sensation de brûlure succède immédiatement à la reprise des mouvements respiratoires, puis elle disparait.
Un de mes assistants a répété toutes ces expériences sur luimême avec des résultats concordants.
L’expérience suivante démontre très élégamment que l’accélération du courant sanguin est un moyen de défense contre la brûlure : je produis, par une bande élastique, une légère stase sanguine dans mon bras et je le place pendant une heure dans l’air chautïé à une température qui est encore bien supportée. Après que la peau hyperémiée a pâli de nouveau, on voit qu’il persiste un fin réseau de traînées rouges : on reconnaît immédiatement qu’il correspond au système des petites veines cutanées superficielles ; on ne trouve pas l'indication du trajet des grosses veines. Ces traînées rouges disparaissent au bout de douze heures environ.
Ici nous avons donc affaire à une légère brûlure qui s’est produite exactement sur le trajet des petites veines cutanées, dans lesquelles le courant sanguin a été ralenti par une stase modérée. Je ne crois pas qu’on puisse réclamer une meilleure preuve de l’exactitude de ma conception de l’action réfrigérante du courant sanguin. Aussi me suis-je abstenu de recourir aux méthodes compliquées, employées par les physiologistes, mais qui ne donnent guère que des résultats incertains et discordants. Balli 1 a fait des recherches qui se rapportent à cette question au moyen du tachygramme à flammes de Kriess. Il a mesuré chez
1 Ettore Balli, Ueber den Einfluss lokaler und allgemeiner Erwärmung und Abkühlung der Haut auf das menschliche Flammentachygramm. lnaugural-Dissertation, Berne 1896.
GKNKRAL1TÉS
l'homme la rapidité du courant sanguin dans le bras, placé dans un pléthysmographe rempli d'eau à des températures plus ou moins élevées. Il a trouvé que la pulsation s'élève notablement par la chaleur, s’abaisse par le froid.
Je ferai encore remarquer qu'il y a des animaux, comme le chien, qui n’ont pas de transpiration sensible b mais qui ont seulement une perspiration faible à travers la peau : on les voit régler leur température interne en accélérant plus ou moins la respiration : eh bien ! ces animaux supportent des degrés de température au moins aussi élevés que l'homme : mes expériences ne me laissent aucun doute à cet égard.
J’ai introduit les membres de chiens dans l'appareil à air chaud : ils sont restés secs, mais étaient fortement hyperémiés. Dans des expériences anciennes j’ai remarqué que chez les chiens de couleur foncée, il n’est pas possible de constater la réaction hyperémique après l’anémie artificielle : mais si je les mettais dans l'étuve à air très chaud, il n’y avait pas moyen de douter de l’existence d’une hyperémie très forte. Il est probable qu elle est si intense chez ces animaux, parce que le courant réfrigérant sanguin doit remplacer la transpiration absente.
On a fait jouer un grand rôle thérapeutique à la transpiration profuse qui résulte même de l’application locale de la chaleur. Ou sait, il est vrai, que de tout temps on a institué des cures de transpiration générale dans des maladies variées, qui, d’après moi, sont modifiées puissamment par l’action hyperémiante de la chaleur: ainsi dans les raideurs articulaires du rhumatisme chronique et dans l’arthrite déformante, et, avant tout, dans les hydarthroses. L’idée directrice était de favoriser la résorption de l’épanchement en appauvrissant la quantité d’eau contenue dans tout l’organisme.
Loin de moi la prétention de vouloir nier que la sécrétion sudorale ne puisse jouer un grand rôle pour la résorption, ou de prétendre qu’elle ne puisse être utile dans les affections citées. Mais la perte de sueur ne joue qu’un rôle très effacé dans les maladies en question, quand nous les traitons par l’action purement locale de la chaleur. J’en ai donné la preuve en mon-
1 L’opinion généralement admise veut que les chiens ne transpirent pas dans lescirconstances normales. Et cependant, chose qui me surprend, Goltz et Ewald, seuls de cet avis, prétendent que les chiens à qui on a sectionné la moelle cervicale transpirent abondamment sur tout le corps à l’exception de la peau de la tète. En tout cas, les membres des chiens que l’on a exposés à l’air très chaud sont absolument secs.
DES moyens de provoquer l’hyperkmîe active l7
traut l’amélioration obtenue par l’action des appareils à air chaud sur des doigts raides, traités isolément ; dans ce cas il ne peut pas s’agir d’une perte de sueur appréciable due à la chaleur. En outre, il faudrait que l’on constatât une action bien plus efficace de la chaleur en application générale. Ainsi on a constaté des pertes de poids atteignant 3 kilogr. en employant les bains généraux de sable, tandis que Mendelsohn 1 n’a vu se produire qu’une diminution de 750 gr. en faisant agir pendant une heure et demie un bain d’air chaud à 120° sur son bras ; et que Krause 2 constate chez une malade des pertes de 270-500 gr. par jour en employant un appareil à air chaud chaque fois pendant une heure, sept jours durant. Et pourtant l'expérience montre que dans les maladies dont il est question c’est justement l’application locale de la chaleur qui est de beaucoup la plus efficace. Qui voudrait prétendre dans ce cas que ce sont ces transpirations locales justement qui provoquent l’élimination des substances nuisibles susceptibles d’être résorbées, en les extrayant directement des parties voisines ? Ce serait la conception des anciens médecins expliquant l’extraction de la matière peccante par l’action dérivative.
Je tiens à citer encore les conclusions suivantes de Schreiber 3. qui me paraissent importantes. La sécrétion sudoraleest excitée déjà par des degrés modérés de température (45°-50°) ; elle augmente à 60-70° ; à partir de là elle diminue souvent et disparaît parfois complètement à 80°-90° de telle façon que la peau est sèche. Schreiber est d'avis que cette sécheresse n'est pas seulement le résultat de l’évaporation abondante, mais qu’il y a véritablement une diminution de la sécrétion sudorale par l’excitation excessive et le surmenage des nerfs des glandes sudoripares. Par contre il ajoute que l’hyperémie s'accroît toujours proportionnellement à l’élévation thermique, pour atteindre son maximum quand le degré extrême de température est atteint. Schreiber est d’avis qu'il suffit de faibles degrés de chaleur pour obtenir une abondante transpiration et il doute qu’il soit nécessaire d’arriver au maximum d'hyperémie.
1 Mendelsohn. Ueber die therapeutische Verwendung sehr hoher Temperaturen. Verh. d. 16. Kongresses für innere Med., 1898.
2 Krause, Erfahrungen über therapeutische Verwendung überhitzter Luft. Verh. d. deutschen Gesellschaft für Chirurgie, 1899, 18. Kongress, II, p. 230.
3 Schreiber, Ueber Heissluftapparate und Heissluftbehandlung. Zeitschrift für diätetische und physikalische Therapie, t. v, 2® liv.
1$ ënNliRALlfÉsi
Deux élèves de Schreiber, Rautenberg 1 2 et Ftoffheinz - ont confirmé sa manière de voir par leurs expériences. Ils arrivent aux conclusions suivantes :
1° Lorsqu'on fait agir l’air chaud sur la peau, on observe une température optimum pour la sécrétion sudorale et pour l’hyperémie active.
2° Cet optimum se trouve entre 50°-60° pour la sécrétion sudorale. Avec des températures plus élevées (80° et au-dessus), la quantité de sueur est moindre et ne dépasse pas celle qui est obtenue à 40° par exemple. Quand on prolonge Faction de l’air chaud, la sécrétion de sueur diminue fortement; il y a surmenage.
3° L'hyperémie active survient à des températures de 80°-120°. Suivant les individus on observe une tolérance très variable pour ces températures ; on ne peut pas établir de limites fixes.
Mes propres expériences me permettent de confirmer cette observation, que ce n'est pas par les plus hautes températures que se produisent les plus fortes transpirations ; par contre je ne puis pas me souvenir d’avoir vu les membres secs et rouges décrits par Schreiber après Faction des hautes températures. D’autre part l'expérience prouve constamment que, pour obtenir certains effets, il faut précisément recourir à des températures élevées, qui permettent d'obtenir des résultats que des températures moins élevées n'avaient pas donnés, bien qu’elles eussent une action sudorifique tout aussi marquée ; mais elles n’étaient pas aussi hyperémiantes. Il est évident que, dans un cas semblable, c’est à l’augmentation de l’afflux sanguin, et non pas à la transpiration, qu’est due cette amélioration de l’effet curatif. Ainsi, je ne suis pas non plus d’accord avec Schreiber quand il affirme qu’il n'est pas nécessaire d’obtenir un haut degré d hyperémie. Assurément on ne doit pas arriver à la brûlure, qui ferait perdre le bénéfice de l’hyperémie, en produisant des états inflammatoires de la peau ; ceux-ci pourraient avoir comme conséquence un ralentissement du courant sanguin.
Il y a une objection que l’on pourrait faire à cette opinion qui place l’hyperémie bien au-dessus des autres effets de l'air chaud, du moins pour la plupart des affections où on l'emploie
1 Rautenberg, Experimentelle Untersuchungen über aktive Hyperämie und Schweisssekretion. Zeitschrift für diätetische und physikalische Therapie, 1905, t. vm, p. 333.
2 Hoffheinz, Ueber das Verhältnis von Hyperämie und Hyperhidrosis bei lokaler Applikation überhitzter trockner Luft. Inauguraldissertation, Königsberg, 1903.
ÔÉS MoVËNÔ DE PROVOQÜÈR l’hYPERÊMIE AGtlVÈ
comme agent thérapeutique ; c'est l'observation que* dans le traitement des raideurs articulaires, on voit des articulations qui n’ont pas du tout été exposées à la chaleur s’améliorer en même temps que celles qui sont traitées. Au premier abord, cela paraît s'expliquer par une action sur tout l'organisme de l’emploi local de la chaleur. Celui qui a soutenu avec le plus de vigueur cette conclusion est Walsh b II a vu un vieil eczéma chronique des deux mains, qui avait résisté à toutes les méthodes possibles de traitement, s’améliorer, bien que seule la main droite fût introduite dans l’appareil à. air chaud de Tallermann. Il croit même que l’on pourrait améliorer ou guérir une raideur du coude en traitant localement par l’air chaud la jambe. Il attribue cet effet, à l'action générale du bain d’air chaud local, qui se manifeste par la transpiration, l’accélération du pouls, et l'élévation de la température. Je ne crois pas du tout que cette explication soit exacte et si, comme tant d’autres, j'ai observé des faits semblables, je n'ai jamais vu que les articulations non traitées aient éprouvé une action aussi intense que les articulations soumises à l’action de l'air chaud ; souvent il n’y avait aucun effet quelconque. Toutefois, il y a là un fait constaté : je l’explique de la façon suivante : nous savons que dès que la chaleur agit énergiquement sur certaines parties externes, le sang afflue des viscères dans ces parties. Dans un cas pareil tous les membres et les parties superficielles du corps bénéficieront de l’augmentation de la circulation causée par une action intense de l'air chaud sur une partie du corps. D’autre part nous savons que lorsqu’il existe à la fois plusieurs foyers morbides, et que bon élimine l'un d’eux, les autres peuvent s’améliorer. Les chirurgiens ont observé cela dans la tuberculose; ils ont bien souvent vu une phtisie pulmonaire grave s'améliorer et le malade prospérer contre toute attente, après l’amputation d'une jambe, pratiquée pour tuberculose avancée du genou. De même j'ai fréquemment vu s’améliorer des raideurs articulaires, quand je traitais seulement les plus graves d'entre elles par la stase hyperémique. Cette expérience prouve bien que nous n’avons pas affaire à une des actions énigmatiques de l’application locale de la chaleur, mais que dans un cas comme dans l’autre il s’agit des effets de l’hyperémie.
1 Walsh, Hot-air treatment of eczematous, gouty, rheumatic and other affections. The Lancet, 1900, p. 481.
De même ou ne peut pas accepter l’explication que donne Walsh de l’observation suivante de Chrétien. Dans le cas de goutte, il fait agir localement sur le membre malade l'air chaud, et il constate une forte augmentation de l’élimination de l’acide urique par les reins. Walsh admet qu’il y a là une action à distance sur les reins, tandis qu’il s’agit principalement d’un effet hyperémiant. En effet, je montrerai bientôt que l’hyperémie active, produite par la chaleur, favorise à un haut degré la résorption. Elle peut entraîner les sels uriques déposés dans les articulations, aussi bien que tout autre produit pathologique, et provoquer leur élimination par les reins.
La preuve décisive de cette action prépondérante de l’hyperémie, vis-à-vis des actions accessoires de la chaleur, nous est donnée par le fait que tout autre moyen de produire l’hyperémie agit de même, sans avoir les effets généraux de la chaleur.
Je veux encore faire remarquer que l’on ne me paraît pas avoir assez distingué les effets de la chaleur sur le corps entier de son action localisée sur des parties isolées. Il est évident que c’est autre chose de plonger un homme jusqu’au cou dans un bain d’air chaud ou de sable, ou d’y mettre seulement son bras. Dans le premier cas on attire une masse énorme de sang dans la peau et ce sang doit naturellement être cédé par les parties sous-jacentes, dans le second cas il y a assez de sang en réserve pour hyperémier le membre dans toute son épaisseur.
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR L’AIR CHAUD
Il n’existait pas, à ma connaissance, d’appareils commodes pour le traitement local par l’air chaud, avant ceux que j’ai fait construire dans l’intention bien arrêtée de provoquer l’hyperémie artérielle1. J'ai utilisé ces appareils dès 1891. J'ai retrouvé depuis l’indication d’un appareil de Clado2, qui était si mal commode et d'un effet si peu sûr, qu’il n’a pas trouvé d’imitateurs. Il s’agissait d’un four de briques dans lequel on introduisait les membres tuberculeux, dans l’intention de tuer les bacilles par la
1 Bier, v. Esmarch’s Festschrift, p. 63, Kiel et Leipzig, 1893. — Münchner med. Wochenschrift, 1899, n°‘ 48 et 49. — Therapie der Gegenwart, février 1902.
2 Clado, Congrès français de chirurgie, 1891.
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR l’AIR CHAUD
chaleur. L'air atteignait une température de 130° dans le four, de 110° sous la couche d’ouate.
Mes appareils \ qui s’inspirent du principe de celui de Quincke pour la sudation de tout le corps, se distinguent par leur grande simplicité.
La source de chaleur est la cheminée de Quincke que j’ai modifiée. Elle est fixée sur une tige de fer plantée dans un pied solide, analogue à ceux qu'emploient les chimistes, et peut être placée à la hauteur voulue et arrêtée par une vis. Au-dessous de la cheminée se trouve un plateau également mobile sur lequel se place la lampe.
Ce qui vaut le mieux c’est de chauffer l’appareil au gaz, en employant un bec Bunsen muni d’un robinet. Il est facile de régler la chaleur suivant les besoins.
Il faut allumer le gaz avant d’introduire la cheminée dans la caisse, pour éviter des explosions possibles.
Si l’on n’a pas de gaz à sa disposition, on prendra une lampe à alcool. Dans ce cas, la lampe la plus simple est la meilleure, pourvu qu’elle ait une mèche très large et un grand réservoir. On monte plus ou moins la mèche avec une pince : en effet, j’ai renoncé aux crémaillères qui ne sont pas pratiques. Dernièrement nous avons pourtant pu obtenir une lampe à esprit de vin à flamme réglable et pratique.
Je décrirai d’abord la forme la plus simple des étuves à air chaud. On prend une caisse de bois qu’on imbibe de silicate de potasse pour éviter l’éclatement et le danger d'incendie : on la recouvre de toile d'emballage également imprégnée de silicate. Suivant le siège de l’affection, on y pratique une ou deux ouvertures pour y introduire le membre ; la seconde ouverture sert à faire sortir son extrémité quand on le juge convenable. Quand le membre est introduit, on ferme la ou les ouvertures avec de l’ouate incombustible. A la partie supérieure de la caisse ou a pratiqué un ou plusieurs trous de tirage, que l’on fait plus ou moins gros, suivant les besoins ; on y place un thermomètre.
Pour rendre le maniement de l’appareil plus facile, il est préférable qu'on puisse l’ouvrir ; les ouvertures sont munies de gouttières de bois garnies de feutre, sur lesquelles le membre peut reposer très commodément. C’est là une condition très importante, car une position gênante, pendant une heure, est
1 Ils sont fabriqués et fournis par la maison Eschbaum, à Bonn.
GÉNÉRALITÉS
Fig. 1
insupportable et nuisible pour un membre raide et douloureux. Je crois qu’à ce point de vue mes appareils l’emportent sur tous les autres. On peut aussi, pour économiser l'ouate, adapter aux
orifices une manchette de feutre fendue, assez longue pour pouvoir- l’attacher autour du membre. La figure 1 représente une de ces caisses destinée au genou :
on l’a sectionnée latéralement pour faire voir l’intérieur.
La figure 2 représente un appareil pour le pied.
Pour la clientèle aisée je fais adapter l’appareil à chaque cas particulier : je recommande au menuisier de faire en sorte que les ouvertures s'appliquent aussi exactement que possible au membre. L’occlusion doit être complète, car, sans cela, l'air chaud s’échappe avec une grande rapidité par l’interstice qui existe entre le membre et la paroi de la caisse et produit facilement des brûlures. Pour les hôpitaux on doit donner aux orifices la
Fig. 2
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR L’AIR CHAUD
plus grande largeur nécessaire et on les calfeutre suivant les besoins avec de l'ouate.
Pour pouvoir faire servir le même appareil à divers membres, on peut aussi se servir, pour la fermeture, d’une manchette d’étofle que l’on peut fermer en bourse au moyen d’un cordon, comme dans l’appareil de Tallermann. La batiste de Mosetig peut servir à cet usage, mais elle ne dure pas ; pour avoir des
Fig. 3
appareils qui se conservent vraiment longtemps, il vaut mieux s’en tenir à ceux que nous avons décrits plus haut.
Il y a cependant un cas où la manchette d’étoffe s’applique bien, c’est dans l’appareil pour l’épaule que nous reproduisons dans la figure 3. On place cet appareil contre une paroi ; le fond est percé d’un trou par où passe le bras malade ; on tire sur l’épaule la manchette insérée sur un anneau métallique flexible, bien rembourré. On applique cet anneau bien exactement à la surface du corps et on le fixe au moyen de bretelles qui se bouclent dans l'aisselle du côté sain.
On peut cependant se passer aussi dans ce cas de la manchette, en employant simplement une caisse pourvue d’une ouverture qui s’adapte bien à la forme de l’épaule.
Il y a une question qui se pose maintenant. Faut-il laisser nu le membre placé dans l’appareil, ou le revêtir d’ouate, ou mieux d’un tissu léger? Pour ma part, je m’abstiens de le couvrir : d'autres le font systématiquement. Il est certain que cette manière de faire diminue le danger de brûlure de la peau et peut-être permet-elle une répartition plus égale de la chaleur sur tous les segments du membre? Mais, d’autre part, l’étoffe s’imbibe rapidement de sueur, de sorte que, par ce procédé, on fait agir une chaleur plus humide sur le membre et l’on ne peut pas atteindre un degré aussi complet d’hyperémie artérielle.
Fig. 4
La figure 4 représente l’appareil pour les hanches et le bassin. Il est ouvert en bas, il a des échancrures pour le tronc et les cuisses: on l’applique comme un couvercle sur le malade étendu, de préférence sur le ventre. On le fait reposer commodément sur des coussins.
Je recommande cet appareil même dans le cas d’affection unilatérale de la hanche, . car j’ai reconnu qu’il agit beaucoup plus énergiquement et d’une façon plus régulière (pie les appareils qu’on a construits pour une seule hanche.
Je n'ai pas besoin de dire qu’on pourra faire fabriquer sur mesure, par un menuisier, des appareils adaptés à n’importe
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR L’AIR CHAUD
quelle partie du corps. Ainsi, j’ai fait construire à diverses reprises des appareils pour toute la colonne vertébrale atteinte de rhumatisme. C. Eschbaum m'a construit dernièrement un appareil à air chaud beaucoup plus commode pour le bassin et le dos (affections de la hanche, sciatique, lumbago). L’appareil a la forme d'une chaise, dont le dossier est formé par la caisse chauffante à laquelle on peut donner les formes les plus variées suivant la partie à traiter. Cette caisse a une ouverture garnie d’un coussinet de feutre permettant d'y appuyer commodément le dos. A la partie supérieure se trouve un appuie-tête à position variable. Grâce à une articulation à charnière du siège de la chaise, on peut obtenir n'importe quelle position du dos jusqu’à l’horizontale. Une tige de fer dentée sert à fixer le siège dans la situation voulue vis-à-vis du dossier. Une large ceinture transversale, bien rembourrée, empêche que le patient ne glisse trop profondément dans la caisse. L’appareil de chauffage suit tous les mouvements et les inclinaisons de la caisse. Cet appareil a un grand avantage sur mes' anciennes étuves pour le bassin et le dos, c’est que des clients obèses ou des malades sans assistance peuvent s’y installer très confortablement et qu’il est plus facile à chauffer.
On peut employer un seul et même appareil pour plusieurs personnes, en y ménageant plusieurs ouvertures. Nous avons eu de ces appareils en usage à la Policlinique et nous pouvions y traiter en même temps trois à quatre personnes (scolioses).
Toutes ces caisses sont munies d’un court tuyau de fer qui reçoit l’air chauffé de la cheminée. Il faut qu’il pénètre dans un point déclive de l’étuve, car sans cela, la partie inférieure n’est pas assez chauffée. On peut régler la température en enfonçant plus ou moins la cheminée dans le raccord en fer de la caisse, en élevant ou en abaissant la flamme chauffante ; on peut même éloigner plus ou moins la cheminée du tuyau d'entrée de la caisse, de sorte qu’il y pénètre un courant mitigé. Pour éviter que l’air chaud n’arrive directement sur la partie malade et ne la brûle, on place à l’intérieur de la caisse, à une petite distance de l’orifice d’entrée, une planchette verticale, également imprégnée de silicate, qui sert d’écran et oblige le courant d’air chaud à le contourner d’abord. (Voir fig. l.)
Pendant un certain temps, nous avions fait arriver l’air chaud par en bas, ce qui nécessitait un dispositif spécial, mais actuellement je suis revenu à l’ancienne disposition.
Il est nécessaire d’avoir un aide qui fasse le service des étuves. J'ai essayé, dans le temps, d’adapter des appareils de réglage pour la chaleur que le malade surveillait lui-même; mais j’y ai renoncé, les trouvant trop compliqués et pas assez sûrs.
Mes étuves à air chaud ont été imitées de divers côtés et ont subi des modifications qui ne sont pas toujours, à mon avis, des améliorations. Les plus connus sont les appareils de Krause h Ils consistent en un treillis de fil de fer recouvert de feutre d’amiante. Du plafond de l’appareil descend une sangle dans laquelle on place le membre. Pour obtenir la fermeture du cylindre d’amiante, on emploie une manchette de batiste Mosetig, que l'on attache autour du membre malade. A part cela ces appareils de Krause ne diffèrent pas essentiellement des miens. Ils sont plus légers et plus élégants ; aussi les ai-je employés pendant quelque temps sur une grande échelle ; mais j’en suis tout à fait revenu, d’abord, parce qu’ils ne se conservent pas longtemps, ensuite, parce qu’ils ne sont pas aussi pratiques. Leur principal inconvénient, c’est d’avoir un cube d’air trop restreint, ce qui fait que la chaleur agit trop directement sur la partie du membre située près de l’orifice d’entrée du tuyau de chauffe ; de telle façon qu’une partie supporte une chaleur excessive, tandis qu’une autre n’en reçoit pas assez. On le reconnaît fréquemment à la rubéfaction tout à fait unilatérale d’un membre. Les mensurations de température de Schreiber, que j’ai déjà mentionnées, ont montré la très inégale répartition de la chaleur dans ces appareils de Krause. Il est vrai que cet inconvénient pourrait probablement disparaître en agrandissant ces appareils d’amiante. Cependant il me semble qu’un des grands avantages du bois, c’est qu’on peut le travailler avec facilité; on peut avoir ainsi, sans de grands frais, toutes les formes possibles d’appareils et les adapter à toutes les parties du corps. Pour éviter une déperdition inutile de chaleur, il faut que les parois des caisses de bois soient très épaisses.
Wilson1 2 a imaginé de garnir la paroi de son appareil, qui ressemble tout à fait au mien et à celui de Krause et qu’il
1 Krause, Die örtliche Anwendung überhitzter Luft. Münchner med. Wochenschrift, 1898, n° 18, et : Erfahrungen über die therapeutische Verwendung überhitzter Luft. Verh. der deutschen Gesellschaft für Chirurgie, 1899, 18. Kongress, t. ir, p. 225.
2 Wilson, Hot air in joint-diseases. Annals of surgery, 1899, p. 155.
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR l’AIR CHAUD
appelle un « four », d’une masse saline qui absorbe avidement la transpiration et maintient ainsi la sécheresse du milieu.
Reitler 1 a eu la même idée ; il place dans son appareil, semblable à celui de Krause, un récipient garni de chlorure de calcium anhydre pulvérisé.
Roth2 a décrit un appareil dans lequel il prétend remédier à plusieurs des inconvénients des appareils cités. Il introduit dans un appareil de Krause un second cylindre d’amiante ; de telle sorte qu’il existe entre ces deux cylindres un canal dans lequel pénètre l’air chaud. Le membre malade est placé dans le cylindre intérieur et ne reçoit donc pas le courant d’air chauffé. Il y a une bascule qui permet de régler le courant dans le canal de chauffe et, par là, la température dans le cylindre intérieur. Ce dernier possède également un tuyau avec bascule, qui sert à faire échapper à l’extérieur la sueur évaporée, et un thermomètre.
Roth recommande surtout l’appareil qu’il appelle « Polytherme » destiné aux segments des membres les plus differents et qui ressemble beaucoup à l’appareil universel que Klapp avait construit et que j’ai décrit autrefois3.
Dans ces derniers temps il y a une éclosion de nouveaux appareils qui ne se basent sur aucun principe nouveau et qui, à tout prendre ne sont que des modifications de mes modèles. L'appareil américain de Mme Kiefer-Kornfeld a, semble-t-il, une grande vogue ; je l’ai employé longtemps et je l’ai essayé attentivement, mais je ne saurais le recommander. Il n’était pas solidement construit et n’inspirait pas confiance ; la répartition de la température à l’intérieur était inégale. Il devait pouvoir servir à toutes les parties possibles du corps. Or, d’après mon expérience ces appareils universels ne peuvent jamais satisfaire à toutes les indications.
M. Klapp, mon assistant, en avait construit un pareil autrefois, mais j’en suis revenu. Il faut se résigner à avoir des appareils réservés à chacune des parties du corps et bien adaptés, ce qui permet de localiser le traitement et d’individualiser les cas.
On a fait des essais multiples pour chercher à remédier à
1 Reitleb, Die Trocken-Heissluftbehandlung. Baden bei Wien, 1900. Verlag von A. Dittrich.
2 Roth, Eine neue Heissluftapparat-Konstruktion. Zeitschrift für diätetische und physikalische Therapie, 1902, t. vi, 3e liv.
3 Bier, Ueber praktische Anwendung künstlich erzeugter Hyperämie. Therapie der Gegenwart, février 1902.
GÉNÉRALITÉS
I inconvénient que Schreiber a signalé, de la répartition inégale de la chaleur dans les appareils à air chaud les plus usités.
La disposition très simple que Schreiber1 lui-même a imaginée est la suivante : il perce une ouverture sur la face inférieure du conduit horizontal de la cheminée, de telle sorte que le courant d’air chaud prend d’abord une direction descendante, puis remonte en arc vers le haut. Il semble en effet que cette disposition devrait permettre une égale distribution de la chaleur. Les appareils employés par Schreiber sont de simples arceaux de carton fort, dont on ferme les ouvertures avec des couvertures de laine ; l’air chaud peut s'échapper par des plis qu'on y ménage à volonté. L'appareil qu'il obtient de cette façon ressemble à celui que j’ai employé pendant un temps2 mais auquel j'ai renoncé depuis. Je plaçais sur la partie intéressée un rang de cerceaux et je recouvrais le tout de couvertures de laine.
Schreiber a imaginé un moyen simple et pratique de diriger l’air chaud sur certaines parties du tronc, en entourant la cheminée d'une sorte de manteau d’étoffe qui sert à conduire le courant d’air chaud sur la place voulue.
Marcuse3 vante l'appareil d'IIilzinger qui peut servir à donner des bains d’air chaud pour tout le corps aussi bien que pour des parties isolées ; il fournirait une température très égale.
A mon instigation, et sous l’influence de la lecture des recherches de Schreiber, Eschbaum chercha à modifier mes appareils dans le but d’obtenir une répartition égale de la température. Il se donna beaucoup de peine pour faire circuler l’air chaud dans des circuits sinueux et obtint ce résultat, c’est que le thermomètre placé dans les diverses parties de la caisse, en particulier dans le fond marquait à peu près le même degré de température que l’instrument qui était placé dans le couvercle.
II y avait tout au plus une différence de quelques degrés ; mais nous finies une curieuse expérience avec ces appareils. Plusieurs clients intelligents nous déclarèrent qu’ils étaient bien loin
1 Rautenberg, Beiträge zur Kenntnis der Heissluftbebandlung. Zeitschrift für diätetische und physikalische Therapie, t. vr, 9* et 10' liv.
2 Bier, Die Behandlung des chronischen Gelenkrheumatismus etc. Münchner med. Wochenschrift, 1808, n° 31.
3 Marcuse, Beiträge zur Heisslufitherapie. Zeitschrift für diätetische und physikalische Therapie, t. vii, p. 323, et : Heissluftapparate und Heisslufthehandlung. Urban und Schwarzenberg. Berlin u. Wien, 1905.
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR l’AIR CHAUD 29
d’agir d’une façon aussi efficace que les anciens appareils. Je crois que les nouveaux appareils ne possédaient pas un appel d’air aussi énergique et un courant aussi rapide que ceux qui caractérisent les anciens appareils: il y a. probablement entre eux la même différence qu’entre un bain d'eau courante et un bain d'eau immobile. Dernièrement Eschbaum a ajouté un tirage rapide, par des cheminées, à ces appareils à température égale. Je ne les ai pas encore assez expérimentés pour pouvoir les recommander. 11 me semble d'ailleurs qu’il ne faut pas exagérer l'importance de ces appareils à température égale. Il suffit de prendre des précautions pour que les parties sensibles, comme les doigts et les orteils, soient protégés contre des excès de température. Pour cela, si nous supposons que nous voulions agir sur l’articulation du pied d’une façon très énergique, il nous faudra toujours entourer les orteils et l’extrémité du pied avec de l’ouate et recouvrir le tout d’une bande imbibée de silicate de potasse (pour prévenir le danger d’incendie). Le silicate sèche et l’on obtient la moitié d’un soulier solide que l’on fait chausser au sujet à chaque séance. On peut aussi se servir d’un revêtement de feutre mou et épais. Avec ces précautions on peut faire agir les plus hautes températures possibles sur l’articulation du pied, sans avoir à craindre la brûlure des orteils situés dans les parties supérieures plus chaudes de la caisse. On agira de même pour les doigts, s’ils ne participent pas eux-mêmes à l’affection. On explique au malade qu’il doit chercher à atteindre la plus haute température possible, mais sans qu’elle soit jamais désagréable, et l’on se dirige d’après ses indications.
Un des grands désavantages de beaucoup d’appareils qui se trouvent dans le commerce, c’est que leur capacité est trop petite et que la chaleur atteint le membre d’un seul côté et trop directement. J’ai vu des insuccès dus à cette unique cause.
On emploie beaucoup à ma clinique un appareil construit par Klapp pour les traitements des scolioses immobiles. Il consiste dans une vaste caisse chauffée par le bas au moyen d’une grande couronne de becs de gaz. Cette étuve a la forme d’un pentagone et possède sur chacune des cinq faces une ouverture pour le dos des cinq individus scoliotiques. Ces ouvertures ont des grandeurs différentes pour les adapter aux divers individus. Le bord en est garni de coussinets d’un tissu feutré, qui permettent une occlusion exacte. Il y a des portes à glissoires qu’on
GÉNÉRALITÉS
âo
peut fermer lorsqu’une ouverture n'est pas occupée. Le malade,, le haut du corps dévêtu, s’assied sur un petit siège rembourré placé devant chaque ouverture. Il applique son dos contre l’ouverture capitonnée et l’expose à l’action de l'air chaud.
De tous les appareils à air chaud, celui qui a le plus attiré l’attention est celui de Tallermann. Ce sont certainement les résultats favorables, acquis par ce moyen, qui ont commencé à éveiller l’attention d’un public plus nombreux sur ce genre de traitement b C’est pour cette raison que mes appareils et leurs imitations ont été considérés comme des reproductions de celui de Tallermann simplifiées. J’ai dù me défendre de cette insinuation à mainte reprise et, en réalité, mes appareils sont beaucoup plus anciens. Je les ai employés dès l’année 1891 et je les ai décrits pour la première fois dans le Festschrift für Fr. v. Esmarch. paru le 9 janvier 1893, donc à un moment où l’appareil de Tallermann n’existait pas encore; je suis revenu sur ce sujet à plusieurs reprises1 2.
L’appareil de Tallermann consiste dans deux récipients de cuivre dont l’un est destiné aux membres, l’autre au tronc et au bassin. Ils ont à peu près la forme de chaudières à vapeur et reposent sur une charpente de fer, sur laquelle on peut les faire glisser. L’étuve pour les membres est fermée à l’une des extrémités ; l’autre est garnie d’une étoffe imperméable .à l’air et à l’eau, laissant une ouverture dans son milieu: elle peut être serrée par un cordon autour du membre que l’on a introduit dans l'appareil. Pour prévenir les brûlures, on a garni les parois métalliques de feutre d'amiante sur les côtés ; au fond il y a une plaque d'amiante. On peut encore introduire de petits sacs ou des coussinets d'amiante pour éviter le contact du membre avec les parois.
L’échaufifement de l’air est produit par un rang de becs de gaz placés sous l’étuve. Le système de chauffage est donc absolument différent ; les gaz de combustion n’arrivent pas dans l’étuve, comme cela a lieu dans les miens et les appareils analogues. Pour renouveler l’air dans l’étuve de Tallermann et remé-
1 Les premiers succès ont été publiés par Sarjeant, The Lancet, 1895, et Knoxi.ey Sibley, The Lancet, 1896. Consulter en outre : Verhandlungen der deutschen Kongresse für innere Medizin, années 1897 et 1898.
2 Bier, Ueber verschiedene Methoden, künstliche Hyperämie zu Heilzwecken hervorzurufen. Münchner med. Wochenschrift, 1899, nos 48 et 49, et Therapie der Gegenwart, février 1902.
ÀPêARÉlfs PotÎR LE fRArtEMENt PAR l/âIR ÖHAÜD Ü1
clier à l’énorme évaporation de sueur, on a ménagé plusieurs ouvertures, une à la partie inférieure, qui donne entrée à l’air, et plusieurs à la partie supérieure, par où il s’échappe. On règle la température en ouvrant ou fermant les robinets de ces orifices de sortie.
Tallermann a particulièrement insisté sur le fait que dans son appareil on emploie de fair sec, ce qui est très important pour faire supporter des températures élevées. Mais on obtient le même résultat dans mes appareils et les appareils semblables, où un courant très intense circule constamment, entretenant l’évaporation et entraînant la vapeur d’eau. Il faut avouer que jamais on n’obtient un air absolument sec et l’on voit souvent au fond d'un appareil h air chaud, de l'humidité provenant de la sueur qui a dégoutté. Je reconnais que mon système a l’inconvénient d’introduire dans l'appareil, avec l'air chauffe, la vapeur d’eau qui se forme par la combustion du gaz. Cela contribue à humidifier l'air. Lamberger 1 a calculé que la quantité d'eau qui prend naissance dans la combustion est très considérable. D’après lui, 200 gr. d’esprit-de-vin donneraient naissance à 211 gr. d'eau, qui pénètre dans l’appareil sous forme gazeuse. Mais pour ma part je considère comme douteux qu’il soit nécessaire d'obtenir un très haut degré de sécheresse de l’air. Ce qui importe et suffit amplement, c’est d’obtenir la réaction : or elle se produit tout aussi bien dans les appareils qui n'ont pas d'aménagement spécial pour maintenir la sécheresse de l’air.
Ce qui assurera toujours à mes appareils leur place dans la thérapeutique par l'air chaud, c’est leur simplicité. Et cela n'est pas indifférent dans une maladie chronique qui oblige le malade a avoir un appareil pour son propre usage. En outre, le bois est si facile à travailler que l'on peut s'ingénier à donner aux appareils n'importe quelle forme, pour les adapter commodément à des membres déformés et douloureux. Il est en effet de la plus haute importance, pour le bon résultat du traitement, que l'on puisse leur procurer une position parfaitement commode.
Il ne faudra jamais commencer la séance avant que le malade soit bien assis et bien installé. Si les gouttières dont nous avons parlé et sur lesquelles le membre est installé ne suffisent pas, on peut soutenir encore davantage le membre au moyen de
1 Lamberger, Ueber lokale Heissluftbehandlung, Wiener med. Presse, 1905, nos 1 et 2.
GÉNÉRALITÉS
brides qui passent à travers les trous du couvercle de la caisse.
Je n'admets donc pas que l’appareil de Tallermann surpasse en efficacité mes simples caisses, ni que celles-ci aient été véritablement améliorées par quelqu'une des modifications proposées.
On a beaucoup espéré des appareils électriques à air chaud qui ont été recommandés de divers côtés et qui ont paru très commodes et très bien compris. Mais ils ont le grand inconvénient d'être très chers, peu transportables et de ne pas être utilisables partout.
Lindemann 1 a imaginé un appareil électrique qu'il appelle « Electrotherme ». Il consiste en une caisse massive, au fond de laquelle se trouve un chauffoir électrique. Un rhéostat permet de régler, de la façon la plus exacte, la température à l’intérieur de la caisse. On peut observer le membre par une fenêtre ménagée dans le couvercle de la caisse, dont l’intérieur est éclairé par une lampe électrique.
L’inconvénient de cet appareil, c’est qu’il n’est, fait que pour les membres et qu’on ne peut l’employer pour la hanche ou l’épaule. Sans doute on pourrait aisément l’adapter à cette dernière articulation en utilisant la disposition que j’ai adoptée pour mes caisses de l’épaule ; pour la hanche cela serait plus difficile.
Kellog2, d’après les indications de divers auteurs, aurait aménagé son bain de lumière électrique bien connu, pour le traitement, local des diverses parties du corps, de façon qu'il puisse servir d’appareil à air chaud. Je n'ai que peu d’expériences de ce genre d’appareils, qui ont eu un grand succès, mais j’ai eu des renseignements par des clients intelligents qui en avaient fait usage et qui m’ont déclaré que les appareils de ce genre étaient beaucoup moins efficaces que mes simples caisses. Gela est aisé à comprendre, car, dans ces appareils aussi il manque le courant d’air et il se forme autour du membre une couche d’air stagnante ; il est possible aussi que la chaleur rayonnante en question agisse d’une manière peu favorable.
Toutefois, je tombe d’accord avec Lamberger, quand il déclare
1 Démonstration à la 70® réunion des naturalistes et médecins allemands à Dusseldorf, 1898, et Münchner med. Wochenschrift, 1898, n° 46.
2 D’après Pribram, Chronischer Gelenkrheumatismus u. s. w. in Nothnagels spezieller Pathologie u Therapie. Wien 1902.
APPAREILS POUR LE TRAITEMENT PAR L’AIR CHAUD
que tous nos appareils, y compris les appareils électriques, sont encore imparfaits, et que l’avenir appartient au chauffage électrique. Il croit avoir vaincu les difficultés qui s’opposaient jusqu’ici à leur construction et promet de s’expliquer plus tard à ce sujet. En tout cas, pour des motifs faciles à saisir, ils ne remplaceront jamais complètement les anciens appareils.
L’appareil à douche d'air de Frey 1 est bien compris. Un moteur électrique fait marcher une soufflerie à turbine et envoie un courant d’air intense dans deux tuyaux. L’un d’eux traverse un corps de chauffe électrique, dans lequel l’air s’échauffe jusqu’à 200°C. : l’autre traverse un appareil réfrigérant rempli d’un mélange de glace et sel, dans lequel l’air peut être refroidi à — 10°. Un mécanisme très simple permet de régler les températures des deux courants et de les maintenir constantes. Frey emploie le courant d’air chaud principalement dans les névralgies, les états spasmodiques et les affections chroniques des articulations, c’est-à-dire dans les affections où l’on emploie depuis longtemps l’air chaud. L’on voit par là que cet appareil n’applique aucun principe nouveau ; mais un avantage qu’il présente sur les appareils similaires, c’est que l’on peut facilement et très commodément appliquer l’air chaud sur n’importe quelle partie du corps au moyen des tuyaux mobiles, et que l’on peut se tirer d’affaire dans tous les cas avec un seul instrument.
La véritable innovation, c’est la douche d’air froid qui peut s’employer isolément, ou alternativement avec le courant chaud ; c’est un système analogue à la douche écossaise. Il est fort possible qu’il puisse rendre service dans diverses affections.
Frey a joint à la douche d’air chaud le massage, qu’il pratique simultanément, comme on fait, à Aix-les-Bains, la douchemassage avec l’eau thermale. Je puis affirmer que la combinaison de ces deux moyens est très indiquée dans beaucoup de cas.
Comme simple appareil à douche d’air chaud, notablement plus commode et bien moins cher, ou peut conseiller le moteur
1 Divers articles sur le même sujet : Frey, Vortrag auf der 21. Versammlung der Balneol. Ges. zu Frankfurt. Mars 1900. — Deutsche Medizinal Zeitung, 1900, n° 35. — Heber Behandlung mit der Luftdusche. Therapeutische Monatshefte, juin 1900. — Ueber die Behandlung von Neuralgien mit der Heissluftdusclie. Archiv für Psychiatrie, t. xxxin, 2* liv. — Die Massage unter der heissen Luftdusche. Deutsche med. Wochenschrift, 1900, n° 5. — Archiv für physikalisch diätetische Therapie in der ärztlichen Praxis, 1904, 10e liv.
GÉNÉRALITÉS
Fig. 5
de l’ingénieur Conrad Hahn, à Braunschweig 1 ; je m’en sers depuis une année et demie. Il a l’avantage d'être petit et facile à manier ; il fournit de l’air suffisamment chaud déjà au bout de deux à trois minutes. Malgré quelques légers défauts, je puis le recommander pour les hôpitaux, comme pratique et efficace.
Très semblable à la douche de Frey, mais très compliqué, l’appareil imaginé par Taylor2 et nommé « Electrothermogène » ; il est destiné au traitement des névralgies. Un éventail actionné par un mouvement d’horlogerie chasse l’air dans un tuyau de verre, dans lequel se trouve un fil enroulé en spirale. Ce fil est échauffé par un courant électrique dont il est facile de régler l’intensité; l’air se chauffe à son contact et s’échappe par une ouverture qu’on peut diaphragmer et on le dirige sur la partie voulue. Pour ma part j’emploie depuis longtemps, comme douche d'air chaud, simplement la cheminée de mes appareils munie
d’un entonnoir. Mon appareil, un peu bien primitif, a été modifié et amélioré de la façon suivante par Eschbaum : la cheminée se termine par une boule vide dans laquelle peut s’articuler un tuyau de métal terminé à son extrémité par une pièce de bois qui permet de la saisir avec la main (la figure 5 représente l’ancien modèle de l’appareil, la figure 6 le nouveau).
On promène le tuyau mobile de-ci, de-là, devant la partie malade, et l’on peut aussi associer le massage à la douche, suivant le procédé de Frey. Avec une lampe à gaz ou à alcool, on
1 Bering, Ein neuer Heissluftmotor. Medizinische Klinik, 1905. n° 18.
2 Taylor, On tlie treatment of neuralgia and rheumatism by currenls of hot air, with some accounl of the apparatus employed. The Lancel, nov. 1898.
peut facilement et rapidement élever la température du courant d’air à 200°. Ce simple appareil rend les mêmes services que les appareils électriques ; il a un inconvénient quand on l'applique au visage, c’est que le malade respire les gaz de combustion.
Je ne parlerai pas ici des effets thérapeutiques proprement dits du bain d’air chaud, car je les décrirai plus tard en relation avec d’autres méthodes hyperémiantes, dont les unes sont absolument équivalentes, les autres, représentant d’autres formes d’hyperémies, peuvent avoir une action exactement opposée dans tel ou tel cas. Dans ce chapitre, je chercherai à exposer seulement les modifications subies par la partie du corps traitée et par l’organisme tout entier pendant l’application d’air chaud.
Le membre 1 introduit dans un des appareils décrits plus haut commence, dans la règle, à donner une sensation de moiteur à 50° environ ; à 60-70° il se met à transpirer plus activement. Si on l’expose un certain temps à une température de 100°, il en résulte une sécrétion très abondante de telle sorte que la sueur perle à la surface du membre. Quand on continue à élever la température, jusqu’à la limite de ce qui peut être supporté (114°), il semble que la sécrétion sudorale diminue un peu ; cette observation concorde avec celle de Schreiber que nous avons citée.
Quant à la rougeur du bras, elle est très modérée avec l’action prolongée de l’air à 70° ; déjà très notable à 80-100° et, quand j’élève la température à la limite de ce que je peux supporter, elle est très intense et partout égale. On peut admettre comme démontré que l’hyperémie augmente constamment avec
1 Les phénomènes que je décris ont été observés sur mon propre avant-bras. Ces données ne sont donc valables que pour mci, puisque les divers individus réagissent naturellement de façon un peu différente.
Quant aux températures indiquées, il ne faut pas les considérer comme absolues. Dans l’appareil que j’employais, la chaleur n’était pas répartie d’une façon tout à fait égale dans les parties profondes et les régions supérieures de la caisse. En outre, le thermomètre était placé dans le couvercle près de l’ouverture du tuyau d’amenée; aussi les températures agissant sur le membre étaient-elles en réalité un peu inférieures aux chiffres indiqués.
GÉNÉRALITÉS
l'élévation de la température et la durée de l’application, pourvu qu’elle ne dépasse pas une heure.
En ayant soin d’éviter les brûlures, le processus entier n'a rien de désagréable; au contraire, la chaleur exerce une action bienfaisante sur le membre.
Quand on retire le membre suant et fortement rubéfié, qu’on le sèche et le rhabille, il persiste une sensation euphorique pendant quelque temps encore. Parfois on ressent, encore pendant des heures, une certaine chaleur dans le membre traité. D’autre part, les mensurations thermométriques cutanées indiquent également un effet consécutif très notable.
On peut démontrer régulièrement que la partie qui a été exposée à l’air chaud, présente encore pendant une heure et plus une température supérieure à ce qu'elle était auparavant.
Il va sans dire que l’on doit effectuer ces mensurations exactement aux mêmes places et dans les mêmes conditions. En voici quelques exemples :