Partie du corps et maladie
Température ayant le traitement
Immédiatement après le traitement
'/z heure plus tard
1 heure plus tard
1 ’/2 heure plus tard
Bassin et région lombaire (lumbago)
Deuxième mensuration . .
Genou (hydarthrose). . . .
Deuxième mensuration . .
Jambe (œdème)
Bassin et région lombaire (sciatique)
Deuxième mensuration . .
Troisième mensuration . .
Quatrième mensuration . .
Dans tous ces cas, on avait exposé la partie malade pendant une heure au maximum de température supportable. Voici les effets généraux observés : l’individu se met généralement à transpirer, plus ou moins abondamment, même si l'on ne traite qu'un avant-bras. Ce sont surtout les obèses et les personnes débiles qui suent abondamment dans ce cas particulier, pour les autres les manifestations générales sont relativement minimes, de l’avis de tous les observateurs. C’est ainsi que Krause a trouvé une élévation d’un demi-degré, au plus d'un degré; une accélération du
pouls de huit à quinze pulsations. Reitler indique trois à cinq inspirations. dix à vingt pulsations déplus. Mendelsohn, même après l’action sur l’avant-bras de l’air à 140° (?) prolongée pendant deux heures, ne trouve qu’une élévation de température de 0,4 à 0,6°, une accélération du pouls de quatre à huit battements tout au plus. Mes expériences commencées en 1891, sur des températures de 105°, m’ont donné des résultats analogues. J’ai'observé cependant une très forte accélération du pouls quand je chauffais des parties volumineuses (le bassin).
Nous allons voir pourtant que, chez certains individus, ce procédé n’est pas tout à fait inoffensif, et nous devons passer en revue les effets nuisibles ou désagréables qu’il peut avoir.
Il peut survenir des brûlures du premier et du second degré, sans que le patient s’en doute. Gela provient sans doute de ce que la sensibilité est émoussée par la forte hyperémie, à tel point que la douleur causée par la chaleur n’est pas perçue. Ces brûlures sont généralement sans importance et guérissent vite. Krause en a vu se produire par le contact du thermomètre sur la peau. J’ai constaté les inconvénients des bois résineux, qui peuvent provoquer des brûlures par la liquéfaction de la résine qui dégoutte sur la peau. Aussi les caisses doivent-elles être faites en bois non résineux : aune, peuplier, saule.
Les brûlures plus sérieuses, nécessitant un certain temps pour guérir, que j’ai observées exceptionnellement, sont survenues chez des individus qui mettaient leur point d’honneur à supporter les plus hautes températures possibles. C’est pourquoi je recommande toujours aux malades de ne pas arriver à une sensation de cuisson douloureuse ou désagréable; ils doivent pouvoir supporter la chaleur sans désagrément particulier.
Après l’usage prolongé de l’air chaud, on voit constamment se produire une coloration brun sale de la peau sous forme de taches ou de réseau. Cette pigmentation provient sans doute de brûlures sans importance qui s’accompagnent de destruction de globules rouges dont la substance colorante s’altère (von Lesser1).
On voit fréquemment cette coloration brunâtre suivre le trajet des petites veines cutanées dans lesquelles le sang est, plus que partout ailleurs, exposé à l’action de la chaleur, à cause de la lenteur du courant. Il y a, au point de vue de la résistance des
1 Von Lesser, Ueber die Todesursachen nach Verbrennungen. Virchow s Archiv, t. lxxix, p. 248.
GÉNÉRALITÉS
hématies, de grandes différences individuelles, car, tandis que certains individus n’ont pas les moindres taches, d’autres ont la peau complètement marbrée. Cette coloration très laide disparaît lentement et l'on peut donner cette consolation au malade, c’est qu’il s’en débarrassera sûrement spontanément avec le temps. Théoriquement, on pourrait craindre qu’une altération plus grave du sang ne put avoir des suites fâcheuses, mais je n’en ai jamais rencontré.
Un autre inconvénient du traitement par l’air chaud, c’est qu’il exerce une action déprimante sur l’état général des malades, surtout quand on traite des surfaces étendues. C’est surtout chez des anémiques que surviennent, à la suite, des maux de tète, de la fatigue, de la dépression ; les palpitations de cœur ne sont pas rares ; on a signalé de divers côtés des évanouissements. J’ai dû suspendre, pour cette raison, le traitement chez une femme qui était traitée par la douche d’air chaud pour une névralgie du trijumeau : il était, survenu plusieurs fois des états de faiblesse d’une certaine durée. Ces inconvénients ne sont pas fréquents ; on peut les atténuer ou les éviter en employant les mêmes procédés que dans les bains de vapeur ou de sable. On place une compresse froide sur le devant de la tête ; on évite de chauffer des surfaces par trop vastes ; on gradue la durée des séances, et on fait reposer le malade avant et après le traitement. Il importe également de choisir le moment de la journée le plus favorable, ce que l’on doit expérimenter pour chaque individu.
Si ces conséquences malencontreuses persistent malgré toutes les précautions, il faut se résoudre à renoncer au traitement par l’air chaud et traiter ces malades par un des procédés que nous verrons plus tard et qui provoquent l’hyperémie sans exercer une influence générale aussi profonde sur l’organisme.
Ces expériences fâcheuses prouvent que l’on doit localiser le plus possible l’effet, de la chaleur, pour éviter les manifestations générales pénibles, et elles condamnent, une fois de plus, l’emploi des appareils universels, qui exposent, souvent inutilement, à la chaleur des parties étendues du corps.
Dernièrement Lamberger a signalé qu'une partie des malaises accusés par les malades sont dus soit à l’élévation de la température de la chambre, soit surtout à la respiration de l’acide carbonique et de gaz toxiques provenant de la combustion de
l’alcool dénaturé (bases pyridiques) et des gaz d’éclairage. Il faudra donc avoir soin de s’installer dans un local vaste et de faire une aération active.
Il faut aussi faire attention aux refroidissements chez les individus qui transpirent fortement de tout le corps. On les fera frictionner jusqu’à ce qu’ils soient secs et pendant la saison froide on les gardera pendant une demi -heure ou une heure dans une chambre bien chauffée où ils feront bien de se reposer. S’ils sont obligés de sortir plus vite à l’air, il faut au moins leur faire exécuter auparavant des mouvements très actifs. Il faut leur recommander avant tout d’être très peu vêtus pendant le traitement par l’air chaud et de s'habiller chaudement après.
Il faut éviter de faire durer la séance quotidienne trop longtemps; dans la grande majorité des cas nous nous limitons à la durée d’une heure, d’autres médecins même d’une demi-heure par jour. Ce n’est que dans des cas exceptionnels, dans des épanchements invétérés, que nous appliquons le procédé deux fois par jour, pendant nne heure chaque fois ; dans les premiers temps j’ai employé l’air chaud d’une façon excessive, pendant plusieurs heures par jour pour des affections tuberculeuses des membres. Cette méthode finit par produire une hyperémie, qui ne disparait pas pendant les intervalles de repos, et même des œdèmes. Les granulations se dessèchent à la surface, mais, sous la croûte desséchée il y a une hyperémie si forte qu’il peut survenir de fortes hémorragies difficiles à arrêter, comme je l’ai vu en 1891 dans un grand ulcère tuberculeux que je traitais pendant huit à dix heures par jour par l’air à 100°.
Il faut savoir aussi que ce procédé, même par l’usage local, agit puissamment sur la circulation générale. En voici quelques exemples ; plusieurs femmes m’ont rapporté qu’elles avaient des pertes menstruelles extraordinairement fortes après le traitement, d’autres que leurs règles survenaient trop tôt ou trop souvent. Une fillette de onze ans fut très effrayée de les voir survenir pour la première fois pendant un traitement du genou ; elles ne se reproduisirent plus lorsqu’on cessa le traitement.
Deux autres femmes eurent des saignements de nez après chaque séance.
C’est pourquoi j’interromps le traitement pendant les règles.
Quant à l’influence sur l’appétit et la quantité d’aliments ingérés, elle est nulle chez beaucoup ; d’autres se plaignent de
GÉNÉRALITÉS
manque d’appétit et chez eux. il faut éviter d’appliquer le traitement immédiatement avant ou après un repas. D’autres, au contraire, éprouvent le besoin de manger beaucoup : on en voit qui s’étonnent de l'appétit qui les prend. Par contre le besoin de liquide est moindre qu’on ne pourrait s’y attendre ; c’est d’ailleurs ce qu’on observe avec d’autres méthodes de sudation.