‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 38 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

Le 23 juillet, une bande élastique fut placée autour du cou et portée pendant la journée*. Le 29 déjà, la tête était mobile et la région malade moins douloureuse. L’inflammation chaude était devenue complètement froide. Une nouvelle ponction exploratrice, pratiquée le 22 juillet, donna une sérosité claire. La stase fut continuée. Le 2 août, époque de la sortie du malade, l’affection et l’abcès avaient disparu sans laisser de traces.

28. Un journalier de 29 ans ressentit subitement, 8 jours avant son entrée, de vives douleurs à la partie interne de la jambe droite. Ces douleurs étaient accompagnées de frissons.

Le malade fut admis le 22 janvier 1904, avec une inflammation de la jambe droite très prononcée et très douloureuse ; les deux tiers supérieurs de la jambe étaient enflés, œdématiés et présentaient une coloration rouge vif.

La tuméfaction et la rougeur siégeaient surtout à la face interne' de la jambe, qui était très sensible à la pression. Le tibia semblait augmenté de volume ; cependant la radiographie ne révélait rien d’anormal dans cet os;

on ne pouvait pas trouver de fluctuation. L’hyperémie par stase fut employée 22 heures par jour. La fièvre, les douleurs et le gonflement diminuèrent en peu de jours, excepté à la partie interne de la jambe, où la fluctuation devint très distincte; le 28 janvier elle était à son maximum. L’abcès existait sans aucun doute, il avait déjà produit un amincissement de la peau et s’était transformé en abcès froid sous l’influence de l’hyperémie par stase. J’avais l’intention de le laisser s’ouvrir spontanément; mais il se résorba rapidement sous l’elfet de l’hyperémie, et disparut complètement au bout de quelques jours. Le 15 février, le malade sortait complètement guéri. Un léger épaississement de la partie supérieure de la jambe était le seul signe anormal qui persistait. La figure 20 donne la courbe de la température.

Je décrirai encore d’autres cas de résorption d’abcès chauds dans la suite de ce travail. Je pourrais citer d'autres observations où l’hyperémie par stase fit rétrocéder des phlegmons et des panaris au début, dans lesquels, d’après notre expérience, il devait exister du pus. Je ne puis cependant pas donner la preuve absolue que cette suppuration fût déjà déclarée.

Nous voyons donc que, sous l'influence de l’hyperémie par stase, les collections purulentes des extrémités évoluent dans des conditions analogues à celles que nous connaissons déjà pour d’autres organes. Nous savons que, dans un grand nombre de cas, les abcès appendiculaires qui se sont développés primitive-

Fig. 20

ment comme des abcès chauds, se refroidissent et disparaissent spontanément. On observe un phénomène presque analogue dans beaucoup de cas d’ostéomyélite. Il faut remarquer que ces abcès se transforment souvent en sérosité plus ou moins claire, avant leur disparition, exactement comme ceux qui disparaissent sous l’influence de l’hyperémie par stase.

Le péritoine et la moelle osseuse possèdent donc la propriété naturelle de supprimer l’infection par une violente « réaction inflammatoire » et de résorber le pus déjà formé. Nous pouvons donner artificiellement cette propriété à d’autres parties du corps qui ne la possèdent pas naturellement.

Bien qu’il soit parfaitement évident que la résorption des abcès déjà formés soit possible, sans intervention sanglante, uniquement par l’hyperémie par stase, ce phénomène ne se produit pas toujours et ne peut pas se produire régulièrement. Or, en définitive, l’incision d’un abcès n’est pas autre chose qu’une imitation et une amélioration du processus naturel de guérison. D’une manière générale, la suppuration a pour but de faire sortir de l’organisme des éléments étrangers et nuisibles. Et l’abcès chaud remplit cette tâche avec une énergie aveugle. Il finit par se frayer un chemin à l’extérieur, souvent par les voies les plus tortueuses, et il ne connaît pas d’obstacles, Mais nous savons que ce processus ne s’accomplit pas sans produire des destructions très étendues des tissus et sans causer de vives souffrances au malade. Ce résultat, que la nature n’obtient que lentement, avec des détours et des erreurs, avec des dangers considérables et des douleurs violentes, l’incision bienfaisante l’obtient rapidement, en pénétrant sans danger à travers les tissus, par le chemin le plus direct et avec le moins de dégâts possibles. Nous savons aussi, surtout par nos observations sur l’appendicite, qu’on obtient de meilleurs résultats consécutifs en donnant issue à l’extérieur au pus d’un abcès chaud, plutôt que de le laisser se résorber ou s’encapsuler.

Mais, du reste, en dehors de cette considération, quelquesunes de nos observations nous démontrent que le fait de négliger l’évacuation opportune du pus est préjudiciable au malade.

Je ne voudrais donc pas être mal interprêté : C’était dans un but purement expérimental que, parfois, nous n’avons pas incisé des abcès parfaitement évidents, lorsque les symptômes de l’affection nous le permettaient. C’était, pour démontrer clairement l’effet puissant

Page 1