PARTIE SPÉCIALE
de l’hyperémie dans des cas pareils. Je conseille à chacun d’inciser, quelles que soient les circonstances.
On arrive cependant, avec ce mode de traitement, à ne faire que des incisions beaucoup plus petites et qui mutilent beaucoup moins. Par contre, il faut inciser les abcès très soigneusement et largement, lorsqu’il existe des troubles graves de la circulation. Pour les phlegmons des gaines, je préfère plusieurs petites incisions, afin que le tendon ne soit pas dénudé sur une trop grande étendue et ne puisse pas sortir de sa loge. Dans les ténovaginites suppurées, il serait peut-être aussi utile de pratiquer de petites incisions sur les faces latérales des doigts, telles qu’on les a déjà recommandées de divers côtés.
On devrait aussi toujours examiner si de nouveaux abcès se développent sous l'influence de l’hyperémie par stase et les inciser aussitôt qu’ils sont reconnus. La prolongation des phénomènes inflammatoires et de la fièvre doit les faire soupçonner. Du reste, la question de l'incision elle-même des abcès n'a rien à faire avec l’hyperémie par stase. Celui qui croit devoir inciser d’un bout à l’autre peut le faire, mais, en même temps, il peut appliquer l’hyperémie par stase. J’ai cependant essayé de me tirer d’affaire avec des incisions plus petites, qui mutilent moins et qui guérissent avec des cicatrices moins visibles. En général, cet essai a été couronné de succès.
Ma discrétion opératoire provient avant tout de ma répugnance, croissant d’année en année, pour les opérations, que nous sommes forcés de pratiquer dans les affections phlegmoneuses graves, interventions qui produisent des ravages, des difformités et même des mutilations. J’espère avoir contribué à les restreindre et pouvoir, avec le temps, les limiter de plus en plus.
Des Effets produits par l’Hyperémie sur les Suppurations aiguës
L’hyperémie par stase produit des effets très divers sur les suppurations ouvertes, de sorte qu'il n’est pas possible d’établir une règle uniforme. Les plaies purulentes sèchent parfois très vite. Mais, dans la règle, l’hyperémie par stase produit une augmentation de la suppuration. Elle produit du liquide séreux en quantité énorme, ou bien du pus épais et crémeux ; mais ce dernier change bientôt et se transforme en une sécrétion tout à
fait séreuse ou légèrement séro-sanguinolente, qui traverse, en peu de temps, même des bandages absorbants épais.
Dans cinq cas, nous avons observé que, sous l’influence de l’hyperémie par stase, le pus commençait à répandre une mauvaise odeur et, parfois, à dégager des bulles gazeuses. Le processus présentait une telle analogie dans tous les cas que cela né pouvait pas être un effet du hasard. Il s’agissait toujours d’infections graves qui, cependant ne furent pas aggravées par cette transformation du pus. J’ai observé ces cas au commencement de mes expériences et je n’en ai plus constaté dans la suite.
Généralement, l’hyperémie par stase fait disparaître très rapidement la suppuration. Elle produit une élimination rapide des tissus gangreneux et, ce qui est beaucoup plus important, elle conserve des parties du corps dont la destruction était inévitable par le traitement habituel. Ce procédé localise la suppuration et permet ainsi d’éviter les grandes incisions et les mutilations ; il rétablit le fonctionnement des organes malades d’une façon beaucoup plus complète que nous ne pouvions l’espérer jusqu’à présent.
Traitement chirurgical de la Suppuration aiguë, adjuvant de l’Hyperémie par stase
Les abcès existants seront ouverts, mais l’incision ne doit pas être trop grande. Elle sera pratiquée avec l’anesthésie locale si celle-ci donne la possibilité d’opérer sans douleur et radicalement ; la plupart du temps la pulvérisation de chlorure d’éthyle est suffisante. J’emploie cependant l’anesthésie générale dans les suppurations graves, comme l’ostéomyélite aiguë, et dans celles où le fonctionnement de certaines parties du corps entre en jeu, comme dans les phlegmons des gaines tendineuses ; j’emploie, pour l’anesthésie générale, l’ét hérisation d’après la méthode excellente de Sudeck (Aetherrausch), ou l’anesthésie rachidienne. Dans ces cas, en effet, on ne peut pas opérer sans douleur avec l’anesthésie locale. On applique de nouveau l’hyperémie par stase 2 à 3 heures après l’incision, lorsque l’hémorragie a complètement cessé.
On ne drainera les abcès que tout à fait exceptionnellement: mais on ne tamponnera jamais. On commet de grands abus en chirurgie avec le tamponnement. Il n'y a pas lieu d’être surpris