PARTIE SPÉCIALE
conseillé autrefois, dans ces cas. d’abandonner l’hyperémie et de la remplacer par une autre méthode. Mais une longue expérience m’a enseigné qu’on peut très bien traiter ces cas avec succès par la stase hyperémique. Il faut alors faire plusieurs tentatives jusqu’à ce qu’on ait obtenu la stase exacte. On laisse la bande appliquée jusqu’à ce qu'elle produise de la douleur, puis on l’enlève pendant un moment (généralement Va à 1 heure) pour la replacer ensuite, etc. Ce qui est essentiel c’est de savoir adapter le traitement à chaque cas particulier; pour cela il faut une certaine adresse. Les douleurs disparaissent généralement dans la règle aussitôt qu’on arrive à produire un fort œdème. Mais je crois avoir observé qu’il est très difficile d’obtenir un œdème dans quelques-uns de ces cas rebelles. Plusieurs collègues qui ont l’expérience du traitement par l’hyperémie passive, et qui en ont obtenu de bons résultats, nous ont envoyé dernièrement des cas d’arthrite blennorrhagique pour lesquels ils estimaient ce traitement inapplicable. Après quelques tâtonnements, cependant, nous avons obtenu avec ces mêmes cas, des résultats brillants et rapides. L’observation suivante en est un exemple :
33. Un jeune homme de 22 ans commença à souffrir le 6 janvier 1905 d’une métastase blennorrhagique articulaire de la main gauche dans le cours d’une blennorrhagie. La tuméfaction, la rougeur et la douleur se développèrent très vite. Il fut admis à la clinique médicale, où il fut traité inutilement avec des préparations salicylées et des onguents. Ensuite un essai d’hyperémie par stase fut tenté sans aucun résultat. On fut en effet obligé d’enlever la bande après quelques heures, parce que le malade se plaignait de douleurs insupportables. Cette tentative fut renouvelée 4 fois sans succès.
L’état général étant mauvais et une forte fièvre s’étant déclarée avec des frissons fréquents, on pensa que le traitement par l’expectation ne pouvait pas être continué plus longtemps et on envoya, le 26 janvier, le malade à la clinique chirurgicale, dans l’idée que l’arthrotomie serait pratiquée.
Je remis alors le malade à mon assistant, le docteur IŸeppler, très expérimenté dans le traitement des inflammations aiguës, pour tenter encore un essai avec l’hyperémie par stase.
Etat local du malade à son entrée :
La région carpo-métacarpienne gauche est rouge et fortement enflée. Sa circonférence mesure 23 cm. contre 16,5 à gauche ; l’articulation est en extension, elle est complètement immobilisée ; la rotation n’est pas possible. Les essais de mouvements sont excessivement douloureux, la paume de la main est très enflée, les doigts sont œdématiés, complètement enraidis et en extension. L’avant-bras est également rouge et tuméfié. Il existe
déjà une atrophie considérable du bras, malgré la courte durée de la maladie.
Après quelques essais, Keppler réussit à placer la bande de telle façon, qu’elle fût bien supportée. Le malade la porta 18 heures sans interruption. Elle produisit un œdème considérable et une forte rougeur de la main et de l’avant-bras. Le malade déclara que les douleurs n’avaient pas complètement disparu, mais il sentait lui-même qu’il pouvait faire de petits mouvements actifs de la main et des doigts sans éprouver de douleurs.
Le bras fut placé dans la position élevée, comme d’habitude ; le malade supporta ensuite la stase pendant 20 heures sans difficulté. Les douleurs disparurent complètement et la guérison fit de rapides progrès. Le 4 février déjà , soit 9 jours après le commencement du traitement, le malade quitta la clinique complètement guéri. La circonférence des deux articulations carpo-métacarpiennes était égale.
Les mouvements de l’articulation, qui avaient été complètement enraidis, étaient normaux et il n’existait [>lus de sensibilité à la pression.
Pendant toute la durée du traitement à la clinique chirurgicale, le patient n’avait eu ni lièvre ni frisson.
On pouvait, du reste, diagnostiquer nettement, déjà au début, les symptômes de la névrite aiguë du bras malade ; tous les troncs nerveux étaient très sensibles à la pression. Il est possible que cette névrite ait été la cause de la douleur observée primitivement, sous l'effet de la compression de la bande élastique. Le malade se plaignait de douleurs dans toute la partie du bras au-dessous de la bande plutôt que dans l’articulation enflammée : en outre, ces douleurs étaient plus fortes dans la région comprimée par la bande. Il est possible qu’une névrite ait été plusieurs fois la cause de l’insuccès du traitement par l’hyperémie des arthrites blennorrhagiques. U se peut, en effet, que les toxines gonococciques attaquent aussi bien les nerfs que les autres tissus. Il est bon, dans de tels cas, de penser à la névrite.
J’ai vu, encore dernièrement, d’autres cas où nous avons réussi avec le procédé de la stase, alors que d’autres avaient échoué. Si, donc, un résultat favorable ne se produit pas immédiatement, il faut modifier le traitement par des essais successifs pratiqués avec intelligence, comme je l’ai déjà indiqué précédemment. On arrivera ainsi au but que Ton peut obtenir régulièrement, comme l’expérience le démontre. Le résultat dépend surtout de l’habileté individuelle.
Ou reste, je fais toujous admettre ces cas rebelles dans les hôpitaux.
PAKTIE SPÉCIALE
Mes observations sur les effets étonnamment favorables de I hyperémie par stase dans les arthrites blennorrhagiques ont été confirmées dernièrement de différents côtés. Habs b le premier, fit une communication sur ce sujet et. après lui, Luxembourg2, Bum3. Tillmanns4, vonTilling5. Laqueur6, Hirsch7, von Leyden8 et Lazarus. Tous, signalent des guérisons. Ils confirment, avant tout, mes déclarations sur l’effet analgésique de notre traitement. J’ai bien l’impression que quelques-uns de ces auteurs n’ont pas employé l'hyperémie par stase assez énergiquement, ni assez longtemps chaque jour. En effet, von Tilling est le seul qui ait communiqué des résultats aussi complets et aussi rapides que ceux que j’ai obtenus dans un grand nombre de cas récents comme, par exemple, dans l’observation 33, p. 292. Les communications de Hirsch offrent un exemple de la manière dont on ne doit pas employer l’hyperémie par stase. Les stases employées par ce médecin ne peuvent pas être d’une grande utilité : « d'abord seulement quelques minutes, puis en la prolongeant, dans la règle, jusqu’à une 1/-2 à 1 heure, rarement jusqu’à 1 h. Va à 2 heures, et seulement dans un cas jusqu’à 3 heures ». fl me semble que j’ai assez souvent déclaré que ces stases étaient insuffisantes. Je suis même étonné que, malgré la courte durée de la stase employée, Hirsch ait pu obtenir des résultats relativement satisfaisants. Du reste, sa technique laisse beaucoup à désirer.
Ma première communication sur l’hyperémie par stase datant de 1894, n’est-il pas surprenant qu'il ait fallu neuf ans avant qu’on ait consenti à contrôler un procédé aussi simple, que j'avais si fréquemment recommandé. Il parait, en effet, que
1 Habs, Ueber die Bier’sche Stauung. Münchner med. Wochenschrift, 1903, n° 22.
2 Luxembourg, Ueber Bier’sche Stauung. Münchner med. Wochenschrift, 1904, n° 10.
3 Bum, Die Behandlung von Gelenkerkrankungen mittels Stauung. Wiener med. Fresse , 1905, nos 3 et 4.
4 Tillmanns, Ueber Behandlung durch venöse Stauung. Deutsche med. Wochenschrift, 1905, n° 4.
5 Von Tilling, The treatment of gonnorrheal Arthritis by Hyperemia. Journal of the American Medical Association, 29 avril 1905.
0 Laqueur, Zur physikalischen Behandlung der gonorrhoischen Gelenkerkrankungen. Berliner hlin. Wochenschrift, 1905, n° 23.
7 Hirsch, Ueber die Behandlung der Arthritis gonorrhoica mit Bier’scher Stauung, Berliner hlin. Wochenschrift, 1905, n° 39.
8 Von Leyden et Lazarus, Ueber die Behandlung der Gelenkentzündungen mit der Bier'schen Stauungshyperämie, v. Leuthold-Gedenkschrift, 1. 1.
c’est seulement après la publication de Habs qu’on a commencé à l’employer. Je dois une grande reconnaissance à l’auteur de cette communication car, sans lui, mes travaux auraient continué à être accueillis avec le même scepticisme que précédemment. Je ne mentionne pas simplement ce fait pour me plaindre, mais parce qu'il me parait caractériser la manière dont on prend l’habitude, actuellement, de juger les questions médicales. On ne fait aucun cas des procédés curatifs simples et logiques, tandis que les remèdes élaborés dans les laboratoires et les fabriques, suivant les « principes scientifiques modernes », sont surfaits et se répandent d’une manière incroyable. Un sérum ou une préparation chimique quelconques n’auraient-ils pas fait sensation, si leur emploi avait permis d’obtenir des succès analogues dans une affection aussi décourageante et aussi rebelle au traitement que l’arthrite blennorrhagique ?
Je donnerai, comme exemple, le sérum antistreptococcique de Menzer, dont l’usage était excessivement répandu et qui avait été l’objet de nombreuses communications trois ans déjà après avoir été annoncé pour la première fois. Et, cependant, d’après les publications parues, son action ne peut pas être comparée, même de loin, à celle de la bande élastique.
On n’objectera pas, non plus, que l’effet d’un sérum soit un événement biologique ou scientifique plus intéressant. Les deux procédés, en effet, sérum curatif et hyperémie, ne doivent finalement que soutenir et fortifier un processus naturel de guérison ; ils se trouvent donc placés sur le même rang et ont la même signification théorique. Seulement,- le premier est préparé d’une manière très compliquée, tandis que le dernier peut être produit d’une façon très simple, par tout médecin. Or, la simplicité d’un procédé devrait toujours le faire recommander.
Tout ceci concerne l’arthrite blennorrhagique et non l’arthrite tuberculeuse, car je comprends très bien que les mauvais résultats de l’hypérémie par stase, dans cette maladie, la fassent abandonner par beaucoup de médecins. La tuberculose est, en effet, une affection très chronique et, comme je l’ai dit précédemment, la technique du traitement qui a été progressivement perfectionnée, était difficile et incertaine au début. Mais, pour 1 arthrite blennorrhagique, le succès est souvent immédiat et, exception faite pour quelques cas rebelles, l’hyperémie par stase est facile à produire et à entretenir.