‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 46 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

saicnt une évacuation abondante de pus. Les mouvements passifs sont donc, dans ce cas, le meilleur moyen pour faire évacuer le pus. Il va sans dire que ces mouvements ne doivent jamais être pratiqués brusquement : on peut augmenter leur amplitude tant que le malade n'éprouve pas de vives douleurs. Il faut en outre, engager le malade à faire des mouvements articulaires actifs.

Je sais qu’en recommandant la mobilisation pour les arthrites purulentes aiguës, je me trouve en opposition complète avec une des règles fondamentales les plus reconnues de la chirurgie. On a, en effet, toujours enseigné jusqu'à présent que l’immobilisation était la base du traitement. Je crois aussi que sans l’application de l'hyperémie par stase, ces exercices de mobilisation produiraient une aggravation de la maladie. Mais j’avais reconnu depuis longtemps, en traitant des arthrites blennorrhagiques et pyémiques, que l'hyperémie par stase permettait très rapidement des mouvements étendus, de sorte que j’appliquai sans crainte ce procédé aux arthrites purulentes aiguës graves. Je dois avouer que j’ai été moi-même surpris, au début, de voir avec quelle facilité les malades pouvaient supporter ces mouvements. L’utilité de ce traitement est bien claire. On sait que les arthrites suppurées aiguës du genou guérissent très souvent avec conservation des mouvements, après ponction et lavage, surtout chez les individus jeunes. Il s’agit, la plupart du temps, de suppurations métastatiques ou d’inflammations articulaires concomitantes, dont le pus est quelquefois stérile (surtout dans l’ostéomyélite aiguë). Mais on sait aussi que les articulations atteintes d’infections graves s’enraidissent régulièrement ou s’ankylosent, surtout lorsque l’infection est, la conséquence d'une blessure; et l’on considère encore, comme un succès, la guérison avec ankylosé d’une de ces arthrites. L’hyperémie par stase, cependant, combinée avec une mobilisation précoce, nous a toujours permis d’obtenir, même dans les arthrites purulentes les plus graves, le rétablissement fonctionnel complet sans la plus petite restriction.

34. Un forgeron de 18 ans se fit, 3 semaines avant, son entrée, une blessure du coude droit. Cette blessure guérit, mais l’articulation resta raide et une incision intra-articulaire fut pratiquée dans un autre hôpital. Le malade fut admis chez nous le 22 décembre 1903. Le coude droit était tuméfié et la peau œdématiée.

L’avant-bras était fié cl i i presque à angle droit et en pronation. Les mouvements d’extension, de flexion et de supination étaient très limités et causaient de fortes douleurs. Sur le côté externe de l’articulation se trouvait une plaie granuleuse de la dimension d’un ongle et, un peu au-dessous, une fistule avec écoulement de liquide synovial trouble, provoqué par une pression exercée au niveau de l’articulation. La température était peu élevée, la température axillaire la plus haute était de 38°. L’articulation fut traitée par la stase hyperémique.

Le 24 février 1904, le malade était guéri et quittait l’hôpital. L’articulation était désenflée, non douloureuse, la flexion et l’extension étaient presque possibles quoique un peu limitées, la rotation était complète.

35. Un carrier, âgé de 18 ans, fut admis le 11 juin 1904 pour une plaie infectée du coude gauche, suite d’une blessure reçue dans une rixe le 25 mai. Le coude gauche était fortement enflé, rouge et œdématié; l’avantbras était fléchi presque à angle droit et des mouvements passifs et actifs de flexion et d’extension d’une amplitude d’environ 15°, étaient possibles, mais douloureux.

Au niveau de l’articulation radio-humérale se trouvait une ouverture arrondie de la dimension d’une petite noisette et recouverte de granulalations molles. Les essais de mouvements passifs faisaient couler une grande quantité de pus par cette ouverture. Le malade souffrait tellement qu’il ne pouvait pas dormir pendant la nuit. La température était normale. L’hijperémie par stase fut employée immédiatement. Le 2 juillet , la fistule était fermée et l’articulation désenflée ; Yliyperémie par stase fut alors abandonnée et le malade traité seulement par des mouvements passifs. Il sortit le 12 juillet. Tous les mouvements articulaires étaient possibles, l’extension encore très légèrement limitée. Le 9 août, l’articulation était, complètement normale. Le malade avait repris son travail pénible de carrier et le pratiquait sans gêne.

36. Un agriculteur de 26 ans se fit une blessure du coude droit, qui commença à suppurer le 4 février 1904. Une incision de 3 cm. de longueur, qui évacua une certaine quantité de pus, fut pratiquée, par un médecin, le 25 février.

Le malade nous arriva le 29 février. Le coude droit était très fortement enflé, la peau luisante et enflammée. Une plaie ulcérée, de la dimension d’une pièce de 5 marks, était située sur la face externe de l’articulation ; les bords de la plaie granulaient bien, mais le milieu était fongueux. Du pus graisseux s’écoulait en grande quantité par une fistule conduisant de la plaie dans l’articulation, sur une surface osseuse et rugueuse. La plaie communiquait aussi avec une poche sous-cutanée située sur l’avantbras ; la pression sur cette poche faisait couler du pus. Les mouvements passif et actifs étaient très limités et provoquaient de fortes douleurs L’articulation était, fléchie et fixée à angle droit. La température était fortement rémittente et s’élevait chaque soir avec des frissons. Jusqu’au 11 mars, elle était entre 36°5 et 37° le matin, autour de 39° le soir; depuis le 12 mars, apyrexie. L’hyperémie par stase fut employée. La fistule articulaire se ferma très rapidement ; les mouvements devinrent plus libres, la tempéra-

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