PARTIE SPÉCIALE
Lu main droite et l’avant-bras droit étaient rouges et fortement enflés. Le dos de la main était distendu par un fort œdème. De nombreuses traînées lymphangitiques remontaient jusqu’au creux axillaire. La peau du pouce présentait une coloration en partie bleue, en partie gris rouge, et paraissait sur le point de se gangréner. Une plaie opératoire longue de 2 cm. se trouvait sur l’extrémité du pouce. Le trajet du tendon fléchisseur du pouce et de l’auriculaire, ainsi qu’une région très enflée au-dessus de l’articulation carpo-métacarpienne étaient très sensibles à la pression. Après anesthésie, les gaines tendineuses de l’auriculaire et du pouce furent incisées sur une longueur de 3 cm. dans les plis de flexion digilo-palmaires. Une troisième incision de 5 cm. de longueur fut pratiquée pour ouvrir l’abcès situé au-dessus du poignetdu côté des fléchisseurs. 11 s’écoula du pus épais et trouble par les trois incisions. Par l’incision supérieure, le doigt pénétrait assez profondément dans une cavité purulente qui arrivait entre les muscles profonds de l’avant-bras. Le pus fut exprimé aussi bien que possible par les incisions et lavé avec la solution physiologique. Après l’évacuation du pus, il s’écoula par chaque plaie une sérosité épaisse et trouble. Le tissu cellulaire sous-cutané présentait une coloration gris jaunâtre ; on ne voyait pas trace de granulations. Le pus contenait des staphylocoques. L’hyperémie par stase fut appliquée et fut suivie d’une forte suppuration. Le 25 février, je pratiquai une petite incision pour ouvrir l’articulation carpo-métacarpienne du côté cubital au côté radial. En effet la température s’était élevée et la région voisine de cette articulation était tuméfiée et douloureuse. Les mouvements firent évacuer du pus épais. Le 27 février je dus encore inciser deux abcès volumineux qui s’étaient développés dans les muscles de l’avant-bras. Toute la peau de la face dorsale de la main était infiltrée et décollée.
Les plaies se détergèrent progressivement ; mais les tendons se nécrosèrent et l’articulation carpo-métacarpienne s’ankylosa. Le malade sortit le 16 avril 1904. L’élévation de la température avait persisté jusqu’au 17 mars. Le 3 novembre le malade se présenta de nouveau ; la main présentait le triste aspect que nous observons habituellement dans des cas analogues de synovites suppurées graves. L’hyperémie par stase n’avait produit aucun effet dans ce cas.
Je n’avais traité que 22 cas de synovites suppurées des gaines par la stase hyperémique lorsque j’ai rédigé la dernière édition de cet ouvrage. (Ces cas sont relativement rares à Bonn.) Dans 14 cas les tendons furent conservés, dans 8 cas ils furent détruits. Dans ces 8 cas suivis d’insuccès, le début de l'affection précédait le traitement, une fois, de un mois ; deux fois, de 14 jours ; une fois, de 12 jours ; une fois, de 10 jours ; une fois de 7 jours (phlegmons graves en forme de V) : une fois seulement de 2 V2 jours. Une autre fois la date exacte de début est restée inconnue, le malade étant atteint d’une syringomyélie, l’absence de douleur ne lui avait pas permis de s’apercevoir du début de l’alfection. J’ai traité depuis 3 autres cas de phlegmons
des gaines ; un très grave en forme de Y, un autre également grave, de l’index et de la gaine commune, et un du médius. Les deux premiers guérirent sans trace de nécrose, le dernier avec élimination de quelques lambeaux superficiels des gaines ; tous les trois avec un fonctionnement normal.
Donc, au total, 25 cas de synovites suppurées des gaines ; sur ce nombre il n’y a eu que 8 cas avec destruction des gaines. Nos résultats se sont améliorés avec le nombre de nos expériences, cette remarque a sa valeur. Si on se rappelle les résultats déplorables de nos traitements opératoires énergiques et antiphlogistiques dans les phlegmons des gaines, il faut bien avouer que les résultats que je viens de mentionner n’ont pas encore été obtenus jusqu’ici. On peut même les trouver brillants.
Le mauvais résultat obtenu dans un cas où la blessure, cause initiale de la maladie, ne datait que de 2 V2 jours avant le début du traitement, est très regrettable, d’autant plus que le phlegmon existait depuis moins longtemps encore. J’en communique l’observation et nous examinerons si une faute de technique en est peut-être la cause.
45. Un domestique de 24 ans fut victime d’un accident qui occasionna un écrasement du médius droit. Une inflammation se déclara dans la nuit du 2 au 3 octobre. Un médecin pratiqua une petite incision, qui n’amena pas d’amélioration.
Le malade fut admis le 5 octobre 1904. Le médius droit était rouge et enflé ; entre la 2rae et la 3“e phalange se trouvait une incision de 1 1/2 cm. ; les tissus profonds n’avaient été séparés que sur un très petit espace correspondant au milieu de cette incision.
On essaya de juguler le phlegmon des gaines tendineuses, qui était de date récente, par la stase hyperémique, sans pratiquer d’autre incision ; mais la suppuration augmenta considérablement. Un abcès situé dans le pli de flexion digito-palmaire s’ouvrit spontanément; un second abcès, communiquant avec le premier, se développa sur la face dorsale du doigt. On incisa le 9 octobre la gaine tendineuse jusqu’à l’os et jusque dans la paume de la main, ainsi que l’abcès de la face dorsale du doigt. L’hyperémie par stase fut ensuite continuée. Les tendons se nécrosèrent, ce qui nous obligea à désarticuler le doigt le 27 octobre.
Il me semble que la gaine n’a pas été incisée au moment voulu ; la première incision pratiquée par le médecin, n’était que superficielle et n’intéressait que la peau ; elle était par conséquent tout à fait insuffisante. Il existait en outre une très forte contusion des tissus. Des vésicules se formèrent peu après