PARTIE SPÉCIALE
nous a nullement engagés à nous abstenir systématiquement de toute intervention.
Nous n’avons pas de règles fixes pour la grandeur des incisions mais, en général, nous recommandons de petites incisions. Il ne faut pas hésiter à inciser largement s’il s’agit de métastases ganglionnaires profondes.
Je choisirai quelques exemples de cas aigus qui me paraissent propres à faire connaître les particularités de notre méthode. Le traitement est, du reste, exactement semblable pour les cas de mastoïdite chronique.
61. Il s’agit d’abord d’une fillette de 10 ans qui s’est plainte, il y a 4 semaines, de douleurs violentes dans l’oreille gauche ; un soulagement est survenu deux jours après, lorsqu’il s’est établi un écoulement séropurulent de l’oreille. Comme cette suppuration ne diminue pas et qu’il y a des douleurs violentes dans les os voisins, on nous amène la malade à la clinique le 16 février 1905. La malade tient la tête inclinée à gauche et ce n’est qu’au prix de grandes douleurs qu’on peut la ramener à la position normale. Il y a de la tuméfaction diffuse et un abaissement de la paroi supérieure du conduit auditif. Le tympan est très rouge et gonflé ; on constate une perforation punctiforme dans la moitié inférieure ; il s’en écoule en abondance un liquide muco-purulent. Les parties molles qui recouvrent l’apophyse mastoïde sont très fortement œdématiées et hyperémiées ; on ne peut pas affirmer qu’il y ait de la fluctuation. Température axillaire, 37°9. Le traitement consiste simplement à employer la stase hyper émique pendant 22 heures. Au bout de 2 jours déjà, la sensibilité à la pression, qui était extrêmement vive, a presque complètement disparu. Cependant, l’aspect extérieur n’a pas beaucoup changé et la tuméfaction a même encore augmenté.
Le 25 février , il n’y a plus de douleur du tout. La rougeur et la tuméfaction ont également disparu L’écoulement de l’oreille a beaucoup diminué. La température est redevenue normale depuis quelques jours.
Le 4 mars, la suppuration de l’oreille a complètement disparu ; comme, d’autre part, l’apophyse mastoïde ne présente plus aucun symptôme morbide, on cesse la stase dès ce jour.
Le 8 mars, la malade nous quitte guérie. Le tympan est redevenu pâle, de sorte que l’apophyse du marteau est de nouveau nettement visible. Plus trace de perforation ; l’ouïe n’est pas altérée.
62. Ouvrier de 31 ans, qui a souffert de violentes douleurs dans l’oreille gauche, il y a 5 semaines, avec accès de fièvre élevée. Quelques jours après, il y eut une évacuation abondante de pus fluide par l’oreille malade et soulagement. L’écoulement continue sans diminuer et, depuis 14 jours environ, il y a des douleurs térébrantes dans l’apophyse mastoïde voisine. Aussi, le malade vient-il recourir à nos soins le 15 mai 1904. La région de l’oreille gauche est tuméfiée au point que l’on reconnaît déjà de loin
une notable asymétrie de la tête. L’oreille est soulevée; en arrière, il existe une région, plus grande que la paume de la main, d’un rouge ardent et fortement œdématiée. Douleur très vive à la pression ; on ne constate pas nettement de fluctuation. Le conduit auditif est rempli de pus fétide. Après l’avoir nettoyé, on voit une notable tuméfaction et un abaissement de la paroi supérieure.
Le tympan est rouge, tuméfié et présente une assez grande perforation dans la moitié inférieure. Surdité complète à gauche. Température axillaire, 3706.
Traitement : stase hyperémique de 12 heures.
Ce qui frappe le plus dans les résultats, c’est ici, encore, la rapide diminution de la douleur. Peu de jours après, la sensibilité à la pression sur la mastoïde a complètement disparu. Cependant, les symptômes inflammatoires auraient plutôt encore augmenté d’intensité, si bien que la terminaison par suppuration paraît inévitable. Or, tandis que nous nous proposions de laisser s’ouvrir tout seul cet abcès, qui devait exister, il régressa rapidement sous l’influence de la stase. Le 25 mai, il n’y a plus ni rougeur, ni gonflement ; l’apophyse est recouverte de tissus normaux. La sécrétion de l’oreille a diminué notablement ; elle disparaît bientôt et l’on peut renvoyer le malade chez lui, le 13 juin, en parfait état; le tympan est normal ; on ne voit pas de vestige de la perforation. L’ouïe est normale.
En décembre 1904, on a pu constater que la guérison s’était maintenue sur tous les points.
Voilà donc deux cas de mastoïdite aiguë guéris sans incision. Je doute que nous eussions pu abréger le traitement en incisant de bonne heure ; mais je n’en tiens pas moins à répéter ici que je recommande, dans la règle, d’ouvrir le plus tôt possible les abcès qui peuvent se produire.
Voici maintenant trois cas de mastoïdite aiguë où le bistouri est venu en aide à la stase.
63. Le 25 juillet 1904, entre à la clinique un jeune homme de 18 ans, pâle, d’aspect pitoyable. D’après les renseignements qu’il donne, il souffre, depuis des semaines, d’un écoulement de l’oreille gauche. Depuis 14 jours, il y aurait tuméfaction et douleur dans la région mastoïdienne. Il s’écoule abondamment, de l’oreille gauche, du pus grisâtre, sentant mauvais. En arrière de l’oreille, tuméfaction étendue, rougeur, douleur intense, spontanée ou provoquée par la pression ; la fluctuation est nette. Le tympan est perforé. La voix chuchotée est perçue à un mètre. Température axillaire, 38°6. On décide immédiatement d’intervenir sur la tuméfaction rétro-auriculaire.
On fait l’anesthésie locale par la méthode de Schleich, puis on pratique une incision, longue de 4 cm. environ ; il s’écoula une quantité de pus fétide. Quand on l’a exprimé, on voit l’apophyse à nu, en même temps que toute l’écaille du temporal dépouillé de son périoste. Il n’y a pas de fistule osseuse. On recouvre la plaie d’un pansement stérile, sans tamponner.