‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 62 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

Deux heures après, on commence la stase par constriction du cou pendant 22 heures ; elle produit, dans ce cas, une tuméfaction extraordinaire de tout le visage. La région des yeux, par exemple, était si fortement œdématiée, que la fente palpébrale était presqûe entièrement effacée. En corrélation avec ce phénomène, nous vimes l’amélioration survenir avec une rapidité surprenante. Les deux premiers jours, il y eut une sécrétion assez abondante de sérosité purulente dans la plaie ; dans la suite, elle diminua très rapidement et cessa complètement le 1er août. L’apophyse et l’écaille du temporal sont devenues beaucoup moins sensibles à la pression ; de même, l’écoulement de l’oreille diminue. Les progrès furent assez rapides pour que la malade pût quitter l’hôpital le 17 août, complètement guéri. La plaie opératoire est complètement cicatrisée. La suppuration de l’oreille a complètement cessé depuis une semaine; on ne voit plus trace de la petite perforation du tympan. La voix chuchotée est entendue à 6 mètres. Dans ce cas, nous avons maintenu la stase jusqu’à l’exeat.

En décembre 1904, l’examen otoscopique donnait des résultats satisfaisants sur toute la ligne.

Je voudrais ajouter, à ces cas de mastoïdite vulgaire, deux cas de maladie de Bezold. On sait que l’on donne ce nom à cette forme de mastoïdite qui est caractérisée par une irruption vers la rainure digastrique. La gravité de cette affection s’explique sans difficulté par les rapports anatomiques. L’ouverture se fait profondément, au milieu d’une épaisse couche de muscles, dans le voisinage immédiat de couches de tissu cellulaire lâche du cou : par ce fait, le pus tendra rarement à se diriger vers l’extérieur ; il menace beaucoup plus de s’infiltrer entre les muscles profonds du cou et, surtout, le long des gaines des gros vaisseaux. Il va sans dire que l’on interviendra le plus rapidement possible vis-à-vis de complications pareilles. Nous allons voir quelles modifications la stase hyperémique apporte à la situation.

64. Un jeune garçon de 8 ans est admis à la clinique le 4 août 1904. Au dire des parents, il souffre déjà depuis 6 semaines d’un écoulement de l’oreille gauche. Ces derniers jours, il est apparu un gonflement du cou du même côté. On constate un écoulement abondant de pus fétide du conduit auditif gauche. Tuméfaction et rougeur des parois du conduit ; perforation minime dans le segment postéro-inférieur du tympan. L’apophyse mastoïde tout entière est extrêmement sensible à la pression, mais les parties qui la recouvrent ne sont que peu œdématiées. Ce n’est qu’au sommet de l’apophyse qu’on trouve des signes d’inflammation plus intense, sous forme d’une rougeur assez forte et d’une plus grande sensibilité. Cette zone enflammée se continue en bas avec une infiltration dure, presque de la grosseur d’un œuf de poule, recouverte d’une peau rouge ; on sent, dans la profondeur, de la fluctuation nette. Température axillaire, 38°2.

A part un nettoyage quotidien du conduit externe, on se contente, jus-

qu’au 6 août, de faire chaque jour la stase pendant 22 heures. Malgré la courte durée du traitement, on constate déjà, au bout de ces deux jours, que la suppuration de l’oreille a notablement diminué. La mauvaise odeur a presque disparu. Il n’y a plus ni sensibilité de l’apophyse, ni température, bien que l’abcès n’ait pas été ouvert. Gomme la fluctuation est toujours plus évidente, on incise cet abcès le 6 août, sur une longueur de 4 cm. On voit s’écouler, de la profondeur, une quantité abondante de pus épais, provenant du bord antérieur du sterno-cléido mastoïdien ; au microscope, on constate des staphylocoques. On recouvre l’incision d’un pansement sans tamponner et, deux heures après l’opération, on rapplique la bande pour 22 heures.

Après deux jours, pendant lesquels la plaie sécrète encore une quantité assez abondante de pus, on voit la suppuration cesser très rapidement. Le 20 août , la plaie est presque cicatrisée et l’infiltration des parties molles a complètement disparu. La suppuration de l’oreille a également cessé depuis assez longtemps et l’examen ne permet plus de reconnaître aucune altération pathologique. Le patient est renvoyé guéri dans ses foyers.

65. Un jeune homme de 17 ans, nous rapporte qu’il a un écoulement de l’oreille droite depuis trois semaines. Quinze jours après le début, il se produisit une tuméfaction derrière l’oreille ; elle s’accompagna de douleur et de symptômes fébriles. Comme le gonflement augmente, le malade entre à la clinique le 3 février 1904. L’oreille droite est fortement soulevée ; les parties molles, qui recouvrent l’apophyse mastoïde, sont très rouges et gonflées et se continuent en bas avec une zone d’infiltration dure, longue de 13 cm. sur 11 cm., extrêmement sensible à la pression. La tuméfaction est recouverte de la peau hyperémiée et présente de la fluctuation dans la profondeur. Suppuration abondante du conduit auditif droit ; perforation assez grande du tympan.

On pratique une incision, longue de près de 12 cm., sur la tuméfaction, dans la direction du sterno-cléido mastoïdien ; en pénétrant profondément, on donne issue à une quantité abondante de pus épais ; l’examen microscopique et la culture démontrent la présence de streptocoques. On pénètre dans une cavité qui a presque le volume d’un œuf de poule et qui arrive en arrière jusque sous le sterno-mastoïdien et, en avant, presque jusqu’au milieu du cou. On nettoie soigneusement, mais sans enlever une masse de débris de tissus nécrosés. Après avoir arrêté l’hémorragie par compression, on rapproche les bords de la plaie par trois fils d’argent, sans seri’er, et on recouvre d’un pansement antiseptique. Deux heures après, on commence la stase durant 15 heures. Une semaine après, la suppuration est réduite à fort peu de chose ; le pus a changé de nature ; c’est une sécrétion séreuse, fluide. La région mastoïdienne présente une apparence normale et n’est plus sensible à la pression. En ce qui concerne la tuméfaction latérale du cou, elle ne présente presque plus de signes d’inflammation ; la rougeur et le gonflement avaient beaucoup augmenté les premiers jours, mais ils ont presque complètement disparu actuellement, sans qu’on ait cessé la compression du cou. La suppuration de l’oreille, elle-même, est en voie de diminution sensible. La tuméfaction du conduit, qui avait augmenté dans de fortes proportions, n’est plus appréciablé maintenant. On peut en examiner l’intérieur et constater la persistance de la perforation. En conti-

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