‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 63 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

nuant la stase, nous arrivons à guérir complètement notre malade qui nous quitte le 9 mars déjà. La cicatrice opératoire est solide, longue de

10 cm. environ, avec une coloration bleu foncé très particulière.

En décembre 1904, on examine de nouveau l’oreille et on trouve une petite cicatrice à la partie inférieure du tympan ; il n’y a plus de sécrétion ; l’ouïe est normale.

Nous avons guéri dernièrement, en peu de temps, un troisième cas de mastoïdite de Bezold par l’hyperémie par stase.

Le seul cas où nous ayons échoué dans le traitement d’une affection inflammatoire de l'oreille moyenne avec participation de la mastoïde, concerne une dame de 37 ans, que je vis en consultation avec le docteur Brockhoff :

66. Il y a six ans, on a été obligé d’ouvrir, par voie alvéolaire, le sinus maxillaire gauche, pour empyème ; on ouvrit aussi le sinus sphénoïdal gauche et les cellules ethmoïdales, après résection de cornet moyen. Gomme la suppuration persiste encore actuellement, on est obligé de faire des injections quotidiennes dans les sinus maxillaires et sphénoïdaux.

En octobre 1905, par le fait de l’influenza, cette dame fut atteinte d’otite aiguë double. Le 19 octobre, on constatait l’état suivant : des deux côtés, on trouvait une saillie mamelonnée du tympan dans son segment postérosupérieur. Au sommet de la saillie, il y avait un orifice d’où sortait du pus. Les tympans étaient hyperémiés ; les apophyses mastoïdes sensibles à la pression, sans que le périoste fût tuméfié.

L’écoulement devint assez abondant les jours suivants pour obliger à nettoyer les conduits toutes les deux ou trois heures, de jour et de nuit.

11 y avait des douleurs profondes, lancinantes, dans les oreilles. Le 5 novembre, on voit survenir une éruption d’urticaire généralisée, qui dure 15 jours et tourmente beaucoup la malade. Le 19 novembre, on aperçoit une légère dépression de la paroi supérieure du conduit.

Bu 20 novembre au 6 décembre, on applique une bande élastique, d’abord pendant 22 heures les premiers jours, puis pendant 1 0-1 2 heures par jour. L’hyperémie et l’œdème se produisirent suivant le mode habituel. L’écoulement devint aussitôt plus lluide, mais ne diminua pas. Comme la sensibilité, dans la région mastoïdienne, ne diminuait pas non plus et que la paroi auditive supérieure s’abaissait tant qu’il ne restait plus qu’une mince fente, on se résolut à cesser la stase hyperémique le 6 décembre et à opérer le 11 décembre.

Du côté droit, on voit s’échapper une quantité de pus quand on rugine le périoste de l’angle formé par la paroi externe et la paroi postérieure du conduit auditif. L’apophyse mastoïde était nécrosée sur une étendue de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes, qui n’était pas encore éliminée. Après avoir ouvert, au ciseau, la couche corticale qui est extrêmement dure, on constate que toute la mastoïde est entièrement détruite et envahie par du tissu de granulation et un foyer purulent.

On retrouvait la structure cellulaire très haut, jusque dans la paroi supérieure du conduit auditif. Les cellules étaient remplies de granula-

tions. La paroi du sinus était recouverte de couches de granulations sur une épaisseur de i cm. et une longueur de 2 cm. V2 ; le pus s’était donc infiltré jusque-là. Dans la portion externe de la paroi postérieure du conduit auditif, il existait un orifice.

Du côté gauche, l’état est à peu près le même, mais on trouve une cavité encore plus grande dans l’apophyse mastoïde. La structure alvéolaire est également très étendue ici.

On enleva à fond la partie malade de l’os des deux côtés. Les suites de l’opération furent bonnes et la cicatrisation se fit en 8 semaines.

La convalescence fut encore troublée par une néphrite hémorragique.

On peut expliquer, d’une façon plausible, notre insuccès dans ce cas par la dureté extrême de la couche corticale qui a empêché l’issue du pus. Peut-être aussi faut-il incriminer la nécrose osseuse précoce ? ou bien l’otite, causée par l’influenza, n’est-elle pas justiciable du traitement par la stase ?

Tout chirurgien qui a eu l’occasion de trépaner fréquemment des apophyses mastoïdes, sait par expérience combien les trouvailles pathologiques sont variées dans ce domaine. Ce n’est que dans une partie des cas que l’on trouvera, lors de l’opération, les altérations pathologiques que l’on s’attendait à rencontrer d’après l’aspect extérieur. Le plus habile peut faire des erreurs de diagnostic ; il constatera, par exemple, tous les signes d’un abcès mastoïdien et, quand on en vient à ouvrir à la gouge, il n’y a pas trace de foyer purulent. Une autre fois, on trouvera des fistules osseuses et même des séquestres étendus, dans des cas où l’affection ne dure que depuis quelques semaines et où l’on ne constatait, à part une tuméfaction insignifiante des parties molles, aucun signe de ces destructions étendues. En présence de ces difficultés du diagnostic, il n’est pas permis de conclure, de l’examen extérieur, à l’existence de lésions parfaitement déterminées au point de vue anatomo-pathologique ; nous n’oserions d’autant moins le prétendre, que nous avons rarement l’occasion d’avoir sous les yeux une surface étendue d'os mis à nu, vu la petitesse de nos incisions. Cependant, nous avons toujours pris soin de mentionner l’état des os quand il pouvait nous donner des renseignements précieux ; dans les autres cas, nous avons donné les résultats de l’examen otoscopique et chacun peut se faire une opinion sur le cas d’après ces indications. Je puis, du moins, affirmer que, si l'on veut se donner la peine de parcourir attentivement les observations

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