‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 66 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

c'est que, même dans les cas aigus qui ont un pronostic favorable, il faut une technique très rigoureuse et, encore plus, une surveillance très consciencieuse.

Le bon résultat de nos cas compliqués de mastoïdite, qui ont tous guéri à une exception près, est dù à l’habileté du Dr Keppler, mon assistant, qui applique la stase avec une grande dextérité et un soin tout spécial.

Maladies des Yeux

On est amené tout naturellement à traiter par la stase hyperémique les maladies inflammatoires de l’œil. Je n’ai eu qu’une fois 1 occasion de traiter une maladie oculaire proprement dite ; c’est un cas d ophthalmie sympathique, déjà assez avancée, que M. le Dr Sämisch avait eu l’amabilité de m’adresser; l’affection avait déjà provoqué une cécité presque complète du second œil. La stase resta sans aucun effet, comme on pouvait s’y attendre. J’estime, cependant, qu’on pourrait obtenir des résultats favorables en prenant ces cas au début ; je souhaite que l’on essaie ma méthode dans cette maladie si décourageante, contre laquelle nous sommes désarmés jusqu’ici.

Nous avons soumis au traitement, avec succès, deux cas de dacryocystite.

68. On nous amène à la clinique, le 12 juillet 1904, un enfant de trois ans, dans un état fébrile (38°) ; la mère dit avoir remarqué, il y a 8 jours, un gonflement avec douleur dans la région de l’œil droit ; cette tuméfaction augmenta rapidement. A la partie interne de l’œil droit, exactement au niveau du sac lacrymal, on constate une tuméfaction douloureuse qui a environ la grosseur d’une noisette ; la peau, à ce niveau, est rouge, enflammée, très amincie ; il y a de la fluctuation nette. La pression fait sortir du pus par les points lacrymaux. La peau de la joue, à proximité, est également rougie et œdématiée sur une grande étendue. De même, l’œil est enflammé ; il y a du larmoiement, de l’injection des vaisseaux de la conjonctive ; la cornée est lisse, brillante. On pratique immédiatement une petite incision du sac lacrymal et on le vide, autant que possible, par pression ; deux heures après, on institue la stase cervicale pendant 22 heures. On observe alors une rapide amélioration de la situation. Au bout de peu de jours, le foyer purulent a complètement tari; la rougeur et le gonflement, après avoir commencé par augmenter, ont presque complètement disparu ; la sensibilité, à la pression du sac, a disparu. Le 18 juillet, la petite plaie est cicatrisée et l’on peut enlever la bande, car il n’y a plus trace de phénomènes inflammatoires. Exeat quelques jours après. Il n’y a plus aucun trouble fonctionnel,

69. Un homme de 66 ans nous dit avoir du larmoiement depuis des années. Vers le milieu d’avril 1905, il ressent soudain de vives douleurs à la partie interne de l’œil gauche et, dans l’espace de 3 heures, il s’installe un fort gonflement. En outre, l’état général est fortement altéré, le malade est obnubilé et vomit à plusieurs reprises. La température monte à 39°7, avec des frissons répétés. Vu la gravité de l’état, le médecin traitant requiert notre assistance à la clinique, dès le même jour, tard dans la soirée. Les signes de dacryocystite aiguë sont là au complet ; les paupières sont tellement œdématiées, que l’œil ne peut s’ouvrir; chémosis. Nous essayons de le tirer d’affaire avec la stase seulement ; nous débutons à 10 heures du soir et l’appliquons pendant 22 heures. Le lendemain matin, l’aspect s’est transformé. Le malade raconte que, très peu après l’application de la bande, il s’est produit un écoulement abondant de pus du côté de l’œil et qu’il en a éprouvé un soulagement instantané. Il aurait dormi la plus grande partie de la nuit. Les symptômes objectifs se sont également modifiés d’une façon très appréciable. La rougeur et la tuméfaction ont beaucoup diminué ; il n’y a plus aucune fluctuation, sans que l’on puisse trouver trace d’une perforation spontanée. La pression, même. forte, ne produit presque aucune douleur. Les paupières ont désenflé et le bulbe oculaire est visible. La température est redescendue à 37°6.

Nous n’avons eu besoin que de 2 jours de traitement pour obtenir la guérison complète. Le larmoiement ancien a persisté et nécessitera la dilatation des conduits lacrymaux.

Il n’y a, à ma connaissance, qu’un seul oculiste qui ait relaté quelques cas de maladies oculaires traitées par la stase. C’est Renner1, qui estime avoir obtenu une notable amélioration dans la kératite parenchymateuse. On ne peut donc pas se faire une opinion définitive sur la valeur de la méthode dans les maladies des yeux.

Méningite cérébro-spinale aiguë

J’ai déjà eu l’occasion de mentionner l’emploi que j’ai fait de la stase céphalique dans toute une série de cas de méningite cérébro-spinale tuberculeuse ou purulente. Le seul, dans lequel ce procédé a eu un succès complet, est le suivant :

70. Le 26 juillet 1905, on pratique l’opération radicale, pour un cholestéatome de la coupole du limaçon, chez un garçon de 15 ans. Les deux jours qui suivent ne sont marqués par aucun événement ; mais, dans la troisième nuit, on remarque une aggravation frappante de l’état du malade. Il s’éveille à plusieurs reprises en criant ; il y a des vomissements répétés et, le matin de bonne heure, la température est montée à 39°4,

1 Renner, Ueber Bier’sche Stauungshyperämie bei Augenkrankheiten. Münchner med. Wochenschrift, 1906, n° 2.

avec 140 pulsations. Le malade est obnubilé ; tout ce qu’on obtient comme réponse, en lui parlant avec autorité, ce sont des plaintes sur de violents maux de tête. Les mouvements de convergence des yeux sont troublés et on remarque une inégalité pupillaire bien marquée. La tête est renversée en arrière avec raideur de la nuque; il y a de l’hyperesthésie manifeste. La cavité de la plaie, que l’on a tamponnée, ne présente aucune réaction apparente. On institue aussitôt, le 29 juillet, l’hyperémie par stase du cou pendant 22 heures. Ici, comme dans nos autres observations, nous voyons survenir aussi une disparition rapide des douleurs et, en même temps, on constate une diminution des symptômes objectifs.

Dès le premier soir, la température a un peu baissé (39°) et, le lendemain matin, elle est revenue à la normale (37°2). Les vomissements ont cessé ; les yeux ont des mouvements coordonnés, les pupilles sont égales ; il n’y a plus d’hyperesthésie de la peau. Le soir du 2 au 3 août, il y a encore une élévation de la température, ne dépassant pas 38°3, que nous ne saurions expliquer. Dès le 4 août, la température est constamment normale et il n’y a plus eu de troubles d’aucune espèce.

Malheureusement, on n’a pas pratiqué de ponction lombaire dans ce cas ; mais il était si caractéristique qu’il ne peut planer aucun doute sur le diagnostic.

Dans les cas qui ont eu une issue malheureuse, nous avons pu constater également une amélioration de l’état subjectif, qui s’est produite régulièrement.

J'ignore si l’on a essayé ma méthode pendant l’épidémie de méningite cérébro-spinale qui vient de sévir ; l'occasion eut été excellente d’éprouver sa valeur dans cette maladie.

Il est fort possible que le résultat favorable de la ponction lombaire dans la méningite aiguë s’explique, en grande partie, par la production de l’hyperémie. Car l’écoulement du liquide céphalo-rachidien produit une hyperémie des méninges tout comme l’évacuation d’un exsudât, ascitique ou pleurétique provoque l’hyperémie du péritoine ou de la plèvre.

Parotidite aiguë

J’ai eu deux fois l’occasion de traiter, par la stase hyperémique, des parotidites aiguës, survenues après des opérations abdominales.

71. Un jeune homme de 19 ans est opéré, le 5 juillet 1905, pour un iléus dû à des adhérences étendues. Deux jours après, le patient accuse des douleurs des deux côtés de la face. La température monte, le soir, à 39°4 et, durant la nuit, on voit apparaître le tableau typique de la parotidite aiguë. Après que l’on eût institué la stase de 22 heures, nous voyons les symp-

tomes diminuer rapidement de violence. Mais, les jours suivants, on ne voit pas d’atténuation sensible des phénomènes inllammatoires ; aussi, nous décidons-nous à faire une incision précoce des deux côtés, bien qu’il n’y eût nullement de la fluctuation nette. 11 s’écoule, de chaque côté, une quantité de pus. En continuant la stase, les deux abcès furent guéris complètement dans l’espace de 14 jours.

Un cas analogue a été décrit sous le n° 24. Gomme nous avions tardé à inciser les abcès, ils s’ouvrirent dans les conduits auditifs externes. Dans des cas semblables, il est indiqué d’inciser de bonne heure, aussitôt qu’il y a la plus légère présomption d’abcès, car on risque de le voir s’ouvrir en arrière du tympan et provoquer une suppuration de l’oreille moyenne.

Lymphadénite aiguë

Voici, maintenant, un cas dans lequel on hésita d’abord à faire le diagnostic de parotidite ; la suite des événements montra clairement qu’il s’agissait d’infection ganglionnaire secondaire.

72. Un ferblantier, âgé de 27 ans, souffre depuis 2 ans '/.2 d’une suppuration des sinus de la face, s’accompagnant de mal de tète permanent et d’écoulement purulent du nez ; on l’a opéré quatre fois, la dernière fois par la méthode de Kilian, sans que les symptômes subjectifs et objectifs aient été sensiblement améliorés. Il y eut même une hémiplégie droite complète après la deuxième opération ; il en subsiste des traces.

A la fin de février 1905, le malade présente un état fébrile, accompagnant un gonflement douloureux de la région de l’oreille droite ; c’est pour cela qu’il entre à la clinique la 4 mars. A première vue, on constate un élargissement notable de la face du côté droit ; il y a une saillie circulaire peu marquée au-devant de l’oreille, d’un diamètre de 5 cm. environ ; la peau est rouge, œdématiée. Pas de fluctuation nette. La tuméfaction se continue avec un gonflement plus diffus dans la région sous-mentale ; il a la grosseur du poing, présente une sensibilité extrême à la pression ; la peau est également rouge.

L’examen de l’oreille ne montre rien d’anormal; dans le nez, on constate un écoulement abondant de pus fluide, mêlé de sang.

On se contente de faire la stase pendant 22 heures. Il survient rapidement une amélioration des symptômes subjectifs. Quant aux signes inflammatoires, ils paraissent augmenter d’abord; la tuméfaction a presque doublé le 14 mars; on trouve de la fluctuation.

Mais bientôt, en continuant la stase, on remarque une diminution des foyers inflammatoires. L’infiltration dure, diffuse, de la région submentale, a fait place à une tuméfaction limitée, qui est formée, comme on le reconnaît aisément, par un paquet de ganglions lymphatiques enflammés. Le 27 mars, le patient est renvoyé guéri ; l’écoulement purulent du nez a

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