‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 67 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

complètement cessé et il ne reste qu’un ganglion, gros comme un œuf de pigeon, clans la région submentale. Au mois de juillet, on ne constate plus qu’un léger gonflement de la région parotidienne.

Parulie

Nous avons traité, avec la bande élastique, plusieurs cas graves de parulie, qui nous ont donné de très bons résultats ; en voici deux exemples :

73. Une jeune fille de 12 ans souffre, depuis une semaine, de violents maux de dents ; quelques jours après le début, survient une tuméfaction de la région du maxillaire inférieur droit, avec symptômes fébriles ; le gonflement augmente rapidement et la malade nous arrive le 18 août 1904. Outre la tuméfaction extrême, avec rougeur de la peau, douleur à la pression, on constate du trismus qui rend difficile l’examen de la bouche. La gencive du maxillaire inférieur droit présente une coloration grisâtre ; fétidité de la bouche très forte ; la dernière prémolaire et les deux molaires sont déchaussées ; la prémolaire cariée. La température axillaire est de 38° le matin.

On pratique une incision, de 2 cm., environ, dans la région tuméfiée, qui a la grosseur d’un œuf de poule. Il s’écoule une quantité abondante de pus fétide, épais, à staphylocoques. On exprime le pus autant que possible et on recouvre la plaie d’un pansement léger. L’os maxillaire inférieur se trouvait à découvert, dépouillé de son périoste sur une grande étendue. On extrait encore la prémolaire. Deux heures aptrès l’opération, on commence la stase cervicale. En appliquant la bande 22 heures par jour, on voit la plaie se dessécher en peu de jours ; le 21 août, la plaie opératoire est déjà agglutinée et la pression ne fait sourdre aucune goutte de pus. La tuméfaction a presque disparu, après une augmentation passagère ; la température est absolument normale. La malade peut rentrer à la maison, le 24 août déjà, complètement guérie.

74. Un manœuvre de 41 ans a ressenti, il y a quinze jours, des douleurs violentes dans la région du maxillaire gauche, sans pouvoir accuser une dent particulièrement. Puis, il se forme une tuméfaction douloureuse de la joue gauche et de la région maxillaire inférieure ; il en arrive à ne pouvoir presque plus ouvrir la bouche. La fièvre survient et le malade nous arrive le 24 juillet. La tuméfaction est étendue jusqu’à l’œil, qui est fermé; la conjonctive présente du chémosis. L’examen de la bouche est rendu impossible par le trismus. La température atteint, le soir, 38°4.

Après avoir anesthésié par la méthode d’infiltration de Schleich, on fait une incision, de 5 cm. environ, sur la tumeur inllammatoire ; il s’écoule une abondante quantité de pus à staphylocoques. On peut introduire le doigt dans une grande cavité et sentir le maxillaire supérieur et l’os zygomatique dénudés sur une assez grande étendue. On panse comme dans le cas précédent et on enlève encore la dernière molaire supérieure gauche qui est cariée. On. institue la stase deux heures après l’opération et durant 22 heures.

Au bout de deux jours de traitement, les souffrances ont complètement disparu et les symptômes objectifs se sont amendés d’une façon remarquable. La température est redevenue normale ; le gonflement inflammatoire a presque disparu. Mais ce qui surprend le plus, c’est l’effet extraordinaire sur la suppuration, qui est très modérée, malgré la grandeur de la cavité.

En continuant la slase quotidienne de 22 heures, la suppuration cesse complètement le 4 juillet ; il n’y a, pour ainsi dire, plus de gonflement de la face. On réduit donc la durée de la stase. Le 11 juillet, le malade peut être renvoyé guéri ; la plaie est fermée depuis plusieurs jours ; on ne voit plus qu’une cicatrice linéaire.

Nous avons traité, par la bande élastique, 6 cas de périostite aiguë grave ou d’ostéomyélite de la mâchoire. Tous ont évolué très rapidement et sans jamais arriver à la nécrose de l’os. Or, on sait que, dans ces cas graves, la formation de séquestres est la règle. Nous avons employé le traitement par les ventouses dans toute une série de cas plus légers, en laissant les malades rentrer à la maison.

Traitement des Affections des Muqueuses de la Bouche et des Voies respiratoires supérieures

Henle1 a recommandé de traiter le coryza aigu par la stase hyperémique. Dans 5 cas sur 6, il obtint un succès rapide et complet. L’insuccès est dû à ce que le traitement ne fut pas fait d’une manière suffisante : il s’agissait là d’une affection plutôt chronique.

J’ai pu confirmer les observations de Henle, l’hiver dernier, en me débarrassant en 24 heures, au moyen de la bande élastique, d’un rhume de cerveau qui me dure habituellement des semaines.

Les tentatives de Hochhaus2, dans la diphtérie, me paraissent de la plus haute importance. Dans les 36 cas qu'il a traités, il vit « que les résultats obtenus, comparés à ceux qu’on est « habitué à voir avec le sérum antidiplitérique, leur sont telle- « ment supérieurs, qu’il ne peut que recommander l’emploi de « la stase, d’autant plus qu’il n’en a jamais vu résulter d’ineon-

1 Henle, Zur Behandlung des akuten Schnupfens. Deutsche med. Wochenschrift, 1905, n® 6.

2 Hochhaus, lieber die Behandlung akuter HalsafTektionen mittels Stauungshyperämie. Therapie der Gegenwart, Octobre 1905.

« vénients. » Hochhaus a trouvé que les fausses membranes s’éliminaient plus vite, que la diphtérie ne s’étendait jamais au larynx et que les complications étaient plus rares. Il faut ajouter que, dans les cas graves, Hochhaus crut de son devoir d’injecter aussi du sérum. Il y a donc une action mixte des deux traitements.

Dans l’angine simple, les résultats de Hochhaus n’ont pas été aussi favorables. Dans la plupart des cas, il ne put constater qu’une amélioration subjective. Nous étions parvenus nousmêmes aux mêmes conclusions, aussi avions-nous renoncé à employer le procédé dans ce cas.

Prym 1 a conseillé d’employer les appareils d’aspiration dans l'amygdalite aiguë ; il employa des appareils basés sur le même principe que ceux qui servent dans les inflammations des parties externes et fit construire des modèles spéciaux.

Je conseillerais aux spécialistes des affections du cou, de reprendre l’essai que j'ai fait, il y a bien des années, de traiter la tuberculose du larynx par une bande placée au-dessous de cet organe. Je n'ai eu l'occasion de le faire qu’une fois. La durée du traitement fut trop courte pour pouvoir permettre de juger de son efficacité et le malade s'éclipsa.

QUE FAUT-IL PENSER DES DANGERS DE L’HYPERÉMIE PAR STASE DANS LES INFLAMMATIONS ET SUPPURATIONS AIGUËS ?

Les partisans convaincus du traitement antiphlogistique me poseront, sans aucun doute, la question suivante : Les inflammations aiguës étant déjà fréquemment accompagnées de troubles circulatoires graves, l’hyperémie par stase, employée dans ces affections, ne peut-elle pas avoir aussi un effet nuisible et même produire une gangrène des régions malades?

C’est parce que j’ai eu moi-même cette appréhension, que j'ai écrit les lignes suivantes, dans la première édition de cet ouvrage, en parlant, pour la deuxième fois, du traitement des affections phlegmoneuses par la stase hyperémique : « Je fais remarquer, tout spécialement, que je ne conseille pas aux mé-

1 Phym, Ueber die Behandlung der entzündlichen Erkrankungen der Tonsillen mittels Saugapparati n. Münchner nied. Wochenschrift, 19U5, n° 48.

decins d'imiter ce procédé, à moins qu'ils n’aient acquis déjà une très grande expérience de l’hyperémie par stase dans d’autres affections ; il est en outre préférable de n’employer ce mode de traitement que dans les cas tout à fait récents. Je suis persuadé qu’on peut causer les préjudices les plus graves, en traitant par ce procédé les phlegmons aigus avancés des parties molles. Dans ces cas, en effet, les troubles circulatoires sont souvent assez considérables pour qu’on puisse redouter la gangrène des parties atteintes ; il vaut donc mieux lutter contre la stase plutôt que de l’augmenter. »

Je conviens que de pareilles inflammations peuvent exister, mais elles sont assurément très rares et, comme je l’ai dit dans la partie générale, ce ne sont pas les troubles circulatoires qui détruisent les tissus, mais bien les principes nocifs qui provoquent l’inflammation (particulièrement les toxines microbiennes). Il faut néanmoins conseiller à ceux qui n’ont pas l’expérience de l’hyperémie par stase, de renoncer à ce procédé dans les cas inflammatoires avec congestion passive très prononcée, tout au moins jusqu’à ce qu’ils aient acquis une expérience plus grande. Dans ces sortes d’inflammation, il faut en tous cas, inciser aussi largement que possible les abcès qui peuvent exister. J’ai traité un grand nombre de suppurations aiguës et avancées par la stase hyperémique et je n’ai jamais observé un seul cas dans lequel ce procédé ait eu un effet nuisible réel et durable et seulement un cas où il n’ait pas été toléré.

75. Il s’agissait d’un panaris grave, datant de 3 semaines, intéressant le périoste, les os et les gaines tendineuses du pouce, qui avait été incisé ailleurs. Le malade était ouvrier de fabrique et âgé de 69 ans. Il fut admis le 28 avril 1904 au Johannishospital.

Le 29 avril, on fit une nouvelle incision qui permit d’extraire un séquestre de la première phalange du pouce ainsi que des tendons nécrosés. Cette opération fut suivie d’une violente inflammation aiguë à caractère gangréneux. L’hyperémie par stase fut employée le 4 mai pendant 8 heures et les 5 et 6 mai pendant 1 0 heures. Les douleurs augmentèrent assez pour que le malade réclamât l’enlèvement de la bande. Comme les symptômes inflammatoires avaient plutôt augmenté que diminué, on acquiesça à sa demande. Une désarticulation du pouce et du premier métacarpien, pratiquée plus tard, montra qu’on ne serait arrivé à rien en les conservant. En effet, outre la nécrose des os et des tendons, les articulations étaient envahies par le pus.

J’ai observé dans deux cas de suppurations, traités par la stase hyperémique, une aggravation très passagère survenant

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