PARTIE SPÉCIALE
presque au moment de la guérison. Les deux cas ont évolué d’une façon absolument semblable : je citerai un de ces cas :
Nous avons décrit, dans l’observation 34, un cas d’arthrite suppurée du coude droit traité par la stase hyperémique. Le 21 janvier 1904, une vive rougeur du bras droit se produisit en même temps que la température s’élevait ; cet exanthème avait l’apparence d’un érysipèle ; l’articulation malade paraissait déjà parfaitement guérie. La bande élastique fut enlevée et le bras fut placé en position élevée; la rougeur disparut deux jours après, sans laisser de trace. La courbe de température, donnée dans la figure 29, n’a pas une grande valeur parce que le malade souffrait d’une légère angine. On ne peut donc savoir si l’élévation de la température provenait du bras ou de l’angine.
Il ne s’agissait évidemment pas, dans ces deux cas, d’un érysipèle vrai ; en effet, la rougeur se généralisa d’emblée, ne s’étendit plus et disparut trop rapidement.
Cependant,, von Brunn 1 et Habs 2, les premiers, ont décrit des cas d’érysipèle parfaitement évidents, développés sur des inflammations aiguës des membres sous l’influence de la stase hyperémique.
Von Brunn observa 6 cas d’érysipèle sur 66 cas cas d'inflammation aiguë traités par l’hyperémie par stase ; Habs n’en observe qu’un seul sur 79 cas choisis parmi les plus graves. J’ai vu moi-même, dernièrement, un érysipèle vrai se déclarer également sous l’influence du traitement par la stase. En voici l’observation :
76. Un jeune homme de 16 ans fut admis, le 22 novembre 1905, au Johannishospital, pour une récidive d’ostéomyélite grave du tibia gauche. On ouvrit, par une petite incision, un abcès qui contenait des staphylocoques et, plus tard, un second abcès qui contenait des staphylocoques et des streptocoques. L’affection fut traitée par la stase hyperémique. Il se déclara, le 5 décembre, dans le cours du traitement, un érysipèle du pied qui s’étendit, peu à peu, jusqu’à la cuisse sans arriver cependant jusqu’à la bande élastique qui avait été placée plus haut.
Le 10 décembre, l’érysipèle avait disparu sous l’influence de l’hyperémie par stase qu’on avait continué à employer.
1 Von Brunn, Ueber die Stauungsbehandlung bei akuten Entzündungen nach den bisherigen Erfahrungen der v. Bruns’schen Klinik. Beiträge zur klinischen Chirurgie , t. XLvn, 3* liv.
2 Habs, Erfahrungen mit Bier’scher Stauungshyperämie bei akuten Eiterungen, Wiener hlin. Rundschau, 1905, n° 46.
QÜE FAUT-IL PÈNSÈR DÈS DANGËRS DE L’HYPERÉMIE PAR STASE? 351
C’est le seul érysipèle véritable que j’aie observé sur les 236 cas de suppurations aiguës et sur un nombre encore beaucoup plus considérable d'inflammations aiguës traitées avec la bande élastique.
Du reste, tous les érysipèles observés se sont terminés par la guérison.
Il est parfaitement certain, d'après ces observations, que l'hyperémie par stase ne peut pas arrêter un érysipèle récent ; il semble même, d’après les cas de von Brunn, qu’elle active considérablement le développement de cette affection ; en effet, von Brunn a vu se développer des érysipèles dans presque 10 % de ses cas. Il faut donc supposer que l’action de l'hyperémie par stase varie avec l’étiologie. Mes propres expériences concernent surtout la staphylomycose ; l’influence favorable de l’hyperémie par stase sur cette affection est absolument incontestable. Il en est de même pour les métastases blennorrhagiques et les métastases osseuses de la fièvre typhoïde dont j’ai vu 2 cas s’améliorer rapidement sous l’influence de ce procédé.
Comme je viens de le dire, il semble que nos cas d’érysipèle et ceux de Hochhaus ont été favorablement influencés par la stase hyperémique ; il se pourrait, cependant, que l’évolution satisfaisante de l’affection se soit produite malgré ce procédé et non pas à cause de son emploi. Il est possible que la stase guérisse les infections dues au staphylocoque, au bacille d’Eberth et au gonocoque, mais qu’elle soit sans influence sur la streptococcie. Cependant, quelques-unes de nos observations infirment très positivement cette manière de voir. Par exemple, le cas d'abcès chaud à streptocoques, que nous avons réussi à transformer en abcès froid (obs. 26) ; la gangrène grave, consécutive à une infection streptococcique, qui ne fut limitée et prévenue que dans la région où la bande élastique exerçait son action (obs. 77), et plusieurs mastoïdites suppurées, compliquées d’otite moyenne purulente, où l’on trouva également des streptocoques et qui guérirent rapidement.
Je crois donc, qu’en principe, l’hyperémie agit dans la streptomycose comme dans les autres infections, et qu’on doit avoir fait une faute de technique quelconque dans le cas où l’érysipèle s’est développé sous l’influence de la bande élastique. Mes expériences précédentes sur les tuberculoses ouvertes confirment cette opinion. J’ai dit, dans le chapitre sur le traitement de la