‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 69 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

tuberculose., que, pendant l’année 1893, j’avais souvent vu se développer des infections aiguës graves, et particulièrement l'érysipèle, sous l’influence de la bande élastique. J’ai bientôt reconnu que cette complication était due uniquement à une faute de technique, c’est-à-dire à une stase trop forte et trop prolongée, produisant de l’œdème chronique. Depuis que j’ai modifié ma technique, je n’ai plus constaté un seul érysipèle, malgré le grand nombre de tuberculoses des membres que j’ai traitées depuis 1894.

Il est vrai qu’il me serait difficile de dire actuellement, en quoi consiste cette faute de technique. Selon toute probabilité, la cause du développement de l’érysipèle, dans les inflammations aiguës des membres, doit provenir, comme pour les affections tuberculeuses que j’ai traitées précédemment, de la chronicité de l’œdème et de l’affaiblissement des propriétés actives de sa sérosité. Nous savons, en effet, depuis longtemps, par de nombreuses expériences, que cette sérosité inactive favorise beaucoup le développement de l’érysipèle.

Ce qui prouve que la technique personnelle joue aussi un grand rôle, c’est que, sur un nombre restreint de 65 cas traités, un seul expérimentateur a observé plus du double d’érysipèles que tous les autres médecins qui ont donné leur opinion sur le traitement par la stase hyperémique. Cependant, le nombre des cas traités par ces derniers est bien des fois plus considérable. Il faut songer également qu’il est impossible que la technique d’une méthode de traitement aussi récente puisse être déjà suffisamment perfectionnée.

On m'a demandé, plusieurs fois, si l’hyperémie par stase ne risque pas de produire des hémorragies secondaires dangereuses lorsqu'il existe des plaies, des ulcérations et des fistules. Mon expérience me permet de répondre d’une manière absolument négative, puisque je n’ai observé qu’une hémorragie secondaire sur le grand nombre de cas que j’ai traités. Il s'agissait d’un phlegmon en Y des gaines tendineuses de la main, particulièrement septique et grave ; il se produisit, pendant tout le cours du traitement, deux hémorragies modérées de la plaie opératoire que nous avions pratiquée. L’hémorragie s’arrêta, les deux fois, dès que la bande élastique fut enlevée et remplacée, pendant quelques heures, par un bandage compressif. On continua, du reste, l'emploi de l’hyperémie qui produisit un résultat brillant ; on

réussit non seulement à conserver les tendons, mais aussi à obtenir le rétablissement fonctionnel complet de la main.

Les hémorragies des plaies septiques sont assez fréquentes, même sans l’emploi de l'hyperémie par stase.

Outre le cas d’érysipèle déjà décrit, nous avons observé une seule fois une complication grave, quoique passagère, due évidemment à une faute de technique (obs. 16). Il s’agissait d’une ostéomyélite de la partie supérieure du bras avec arthrite suppurée de l’épaule. Le tuyau élastique produisit un décubitus du creux de l’aisselle qui persista très longtemps avant d’être guéri. Heureusement,, le résultat final ne fut pas compromis dans ce cas ; en effet, l’hyperémie par stase supprima très rapidement l’infection et ses suites. Malheureusement, la stase de l’épaule présente des difficultés qui, naturellement, augmentent encore dans les suppurations aiguës. Mais je crois que cette expérience nous permettra d’éviter à l’avenir des accidents analogues. Il suffit, en effet, pour éviter le décubitus, d’enlever souvent, pendant quelques instants, le tuyau élastique.

Leser1 a communiqué dernièrement un cas dans lequel, d’après son opinion, la bande élastique aurait eu un effet nuisible. Il s’agissait de métastases pyémiques articulaires du pied et de l’épaule. La pyémie se développa à la suite de plaies suppurées de la tête. Leser traita les deux articulations avec la bande élastique, mais il dut les enlever assez vite à cause de fortes douleurs siégeant exactement dans les régions comprimées. Des abcès se développèrent ensuite justement au niveau des régions où les bandes avaient été placées. Suivant Leser, les bandes auraient blessé les tissus comprimés et créé ainsi un locus minons resistentjœ qui aurait favorisé le développement des organismes circulant avec le sang.

L’explication de Leser est très claire et cette observation démontre qu’il faut observer les plus grandes précautions dans des cas pareils. Mais pourtant, les risques ne me paraissent pas aussi grands : en effet, comme les autres expérimentateurs, je n’ai pas constaté d’accidents semblables, malgré le grand nombre d’infections générales que j’ai traitées par la bande élastique.

1 Leser, Ueber eine Beobachtung im Gefolge der Bier’schen Stannngshyperömie hei akut eitrigen Prozessen. Zentralblatt für Chirurgie, 1905, n° 17, p. 470.

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