‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 70 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

La plupart des médecins ont de grandes préventions contre l'hyperémie par stase, ils ne peuvent pas se débarrasser de l’idée que ce procédé a une influence défavorable sur la nutrition ; théorie fausse qui est répandue par les traités de médecine généraux et spéciaux. La stase hyperémique, appliquée correctement, n'a aucune action défavorable sur la nutrition, mais l'améliore au contraire, comme le démontre l’observation suivante :

77. Le 13 octobre 1904, un paysan de 61 ans fit une chute et se blessa le genou gauche. Le 1er novembre, il ressentit de vives douleurs dans cette articulation ; il eut aussi quelques frissons.

Le malade entra le 3 novembre. On constatait une tuméfaction très considérable de la jambe gauche, encore plus accusée au niveau du genou, qui était excessivement douloureux et fortement distendu par un épanchement. Une ponction exploratrice intra-articulaire donna du pus qui contenait des staphylocoques. Il existait aussi une lymphangite étendue de la cuisse.

Le malade était dans un état très misérable et très précaire ; il avait une fièvre violente. Je diagnostiquai une arthrite purulente du genou et considérai la tuméfaction très prononcée de la jambe comme produite par l’œdème collatéral, consécutif à la suppuration du genou. J’employai l’hyperémie par stase, qui produisit, d’une façon très nette et très rapide, son effet habituel sur la douleur. Le lendemain déjà, des mouvements passifs du genou étaient possibles sans douleur appréciable, tandis qu’avant l’application de la bande, le moindre attouchement faisait crier le malade. L’épanchement articulaire se résorba très vite ; on s’aperçut alors que le gonflement inflammatoire de la jambe provenait d’une autre cause. Un érysipèle étendu, avec pustules et gangrène circonscrite de la peau se développa et envahit rapidement le tronc jusqu’au niveau de l’os iliaque. Il est à remarquer que toutes les lésions érysipélateuses étaient beaucoup plus accentuées au-dessus qu’au-dessous de la bande. Le 8 novembre, le malade mourut de septicémie.

Diagnostic anatomique : Erysipèle de la jambe gauche, avec gangrène partielle de la peau. Arthrite purulente du genou gauche. Phlegmons intramusculaires. Gangrène partielle des muscles. Tuméfaction trouble des reins; néphrite septique au début. Bronchite. Ancienne pleurésie.

Les constatations faites à la jambe gauche étaient particulièrement intéressantes. Je donne plus loin la partie du compte rendu de l’autopsie qui les mentionne. (Je fais remarquer que les sillons de constriction, mentionnés dans ce compte rendu, provenaient de la bande élastique qui avait été appliquée 33 heures par jour jusqu’à la mort. On avait été obligé de l’appliquer constamment à la même place pendant les derniers temps, parce que de nombreuses pustules s’étaient formées au-dessus d’elle ; c’est pour cette raison qu’un sillon était naturellement resté marqué dans les tissus œdématiés).

« Il existe un sillon apparent un peu au-dessus du milieu de la cuisse

gauche. On incise la peau, le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles jusqu’à l’os, en suivant les vaisseaux fémoraux et la saphène. En ouvrant l’articulation du genou et la bourse séreuse du demi-membraneux, il s’écoule un pus jaunâtre et épais. La synoviale du genou présente une coloration rouge sombre. Une sérosité louche s’écoule du tissu cellulaire sous-cutané et des interstices musculaires de la cuisse. Cette sérosité trouble parait plus abondante au-dessus qu’au-dessous du sillon mentionné. Une partie de la musculature de la cuisse présente une coloration jaune grisâtre (quadriceps, couturier, adducteurs). Le sillon y est également très bien marqué. Au-dessus de celui-ci, le quadriceps et le couturier ont une couleur jaune gris et sont presque complètement ramollis, si bien qu’on peut enlever une partie de la musculature en passant le dos du couteau. Au-dessous du sillon, la musculature a conservé sa coloration rouge, qui est encore plus marquée pour les muscles voisins. La forme et la consistance des fibres musculaires se rapprochent également encore plus de la normale. »

« La différence dans l’aspect de la musculature qui se manifeste dans le même muscle, se trouve exactement au niveau du sillon de constrietion visible sur la peau ; de plus, la limite entre ces deux zones est assez bien tranchée. »

Nous reproduisons aussi le résultat des recherches microscopiques faites dans notre institut pathologique : Au-dessus du sillon de constriction, la musculature était presque totalement nécrosée ; au-dessous du même sillon, il y avait nécrose partielle. La zone, dans laquelle les noyaux présentaient des phénomènes de destruction, s’étendait beaucoup plus loin au-dessus qu’au-dessous du sillon. En amont de celui-ci, les fibres musculaires étaient fortement élargies, amorphes, sans striations longitudinales et transversales, réduites à l’état de grumeaux serrés les uns contre les autres, laissant entre eux des traînées de noyaux, désagrégés et prenant mal la coloration. On trouve pourtant quelques ilôts de fibres musculaires ayant conservé leur texture. Autour, et dans les régions nécrosées, on voit de nombreux leucocytes, surtout autour des vaisseaux, qui sont dilatés et gorgés de globules blancs ; on aperçoit, par-ci par-là, quelques globules blancs en voie de diapédèse. Autour des vaisseaux, et dans le tissu conjonctif intra-musculaire, se retrouvent des globules rouges en grande abondance. Dans quelques préparations provenant de fragments enlevés dans la région située au-dessus du sillon de constrietion, la musculature est transformée complètement en une masse de grumeaux et de granulations nécrotiques traversées par du tissu conjonctif et renfermant d’abondants leucocytes. On trouve, dans ces régions, des cocci passablement nombreux et réunis en amas. Au-dessous du sillon, par contre, toute la musculature est généralement plus infiltrée de globules rouges. Les vaisseaux paraissent, en général, plus dilatés que ceux de la région située au-dessus du sillon. Ce n’est que dans des régions peu étendues que les leucocytes sont abondants. La nécrose est infiniment moins prononcée ; elle est localisée à quelques petits foyers et n’atteint pas la totalité de la musculature. Tandis qu’en amont du sillon presque toutes les fibres musculaires ont perdu leur striation transversale, en aval, elles l’ont conservée presque en totalité.

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