PARTIE SPÉCIALE
nière surprenante dans la mastite. Des femmes souffrant de violentes douleurs, qui ne leur permettaient de prendre aucun repos nocturne, dorment déjà pendant toute la nuit qui suit la première séance d’aspiration. Si les douleurs ne disparaissent pas, c’est le plus souvent, qu’il existe encore un abcès dont l'ouverture se fait attendre. Dans ce cas, la persistance des douleurs malgré le traitement, a une signification diagnostique. Mais on ne peut pas dire qu’il n’existe pas d’abcès parce qu’il n’y a pas de douleurs ; en effet, des abcès déjà existants ou en voie de développement se vident parfois sans souffrance, sous l'effet de l’aspiration.
Il faut toujours inciser les abcès, et, comme nous l'avons dit à propos des autres suppurations, simplement en pratiquant une petite incision de ‘/a à 1 cm. de longueur, après anesthésie locale par le chlorure d’éthyle.
Tout nouvel abcès est traité de la même manière. Les petites incisions ont une importance particulière, car c’est justement pour le sein qu’il faut éviter des cicatrices et la destruction du tissu glandulaire. Le pu. s doit Cire aspiré chaque fois d’une façon très complète. Il est quelquefois utile dans ce but, de se servir de la ventouse ordinaire en même temps que de la grande cloche, car elle aspire le pus souvent beaucoup mieux et plus profondément. Quand ce petit instrument a produit son effet local en enlevant l’obstacle à l’évacuation, la grande cloche aspire bientôt après le pus en grande quantité. Ceci demande à être expérimenté dans chaque cas en particulier.
Il faut vérifier avant chaque séance, si l’ouverture pratiquée n’est pas obstruée. Les croûtes qui peuvent la fermer, sont enlevées avec la pincette ou la sonde boutonnée, les obstacles plus profonds avec une pince à pansement étroite, introduite avec précaution dans la cavité de l'abcès. Stich 1 a observé plusieurs fois qu’en dépit de ces précautions, le pus ne s’écoulait pas sous l’effet de l’aspiration. Par contre, il sortait immédiatement un flot de pus quand on appliquait la cloche après avoir introduit un drain étroit. Il conseille de placer un petit drain pendant quelques jours, quand des bourgeons exubérants ont produit une espèce de fermeture à soupape. Nous avons trouvé ce conseil très pratique.
1 Stich, Zur Behandlung akuter Entzündungen mittels Stauungshyperämie. Berl. hlin. Wochenschr., 1905, p. 49 et 50.
On emploie, au début, la cloche d’aspiration pendant troisquarts d’heure par jour ; on produit l’hyperémie pendant cinq minutes, puis on l'interrompt pendant trois minutes et on hyperémie de nouveau pendant cinq minutes. Lorsque la sécrétion des fistules et des incisions devient moins abondante et séreuse, on abrège graduellement la durée des séances en même temps qu’on diminue leur fréquence. Le sein est protégé par un bandage aseptique pendant les intervalles entre deux séances.
Le traitement de la mastite par l’aspiration remplit toutes les conditions qu’on peut réclamer d’un traitement idéal. Il aspire le pus et le lait et hyperémie d’une manière très efficace. Il apaise les douleurs, supprime l’infection, dissout les anciennes indurations et amène leur résorption. Il produit régulièrement le rétablissement fonctionnel complet de la glande mammaire , ce qui le distingue essentiellement du traitement chirurgical employé habituellement et dont les résultats cosmétiques et fonctionnels sont très mauvais. Ce traitement devait être prolongé longtemps avant d’obtenir- la guérison, et il produisait un rétrécissement cicatriciel considérable de la glande, très nuisible à son fonctionnement, qui la déformait et la prédisposait en outre au développement du carcinome.
Le procédé d’aspiration est également très supérieur à l’ancien traitement par les cataplasmes et les petites incisions, car il produit une forme d’hyperémie beaucoup plus active, il diminue la suppuration au lieu de l’augmenter et produit l’évacuation complète du pus. Ici encore le traitement de la mastite met en pratique d’une façon remarquable, le principe fondamental qui nous a guidé dans tous nos procédés hyperémiants : éviter autant, que possible toute mutilation et tout enlaidissement ; rétablir le fonctionnement aussi complètement que possible, avec des interventions aussi petites que possibles et avec le moins de souffrances possibles.
Il est du reste intéressant de signaler qu’il existe déjà un traitement antérieur analogue dans la médecine populaire. Un médecin russe, qui était à la clinique de Bonn pour examiner le traitement avec les procédés hyperémiants, racontait que dans certaines contrées de la Russie du sud, les femmes souffrant de mastite se soignent de la manière suivante : tout au début de la maladie, elles se placent sur la poitrine de grands pots qui contiennent une petite quantité de pétrole enflammé, et elles sont tout à fait convaincues de l’efficacité de cette grande ventouse.