INFLUENCE DE L’HYPERÉMIE SÜR LA. CIRCULATION LYMPHATIQUE
ainsi qu’Emmingjäaus 1 déclare, sans autre explication, qu’il n’y a pas de différence entre la lymphe et le liquide d’œdème, d’hydropisie, d’anasarque, d’hydrothorax et d’ascite. « Oedème et augmentation de la production de lymphe sont des termes identiques. »
Réfléchissons, en outre, aux conditions anormales dans lesquelles ces expérimentateurs travaillent, opérant sur des animaux intoxiqués par le curare et la nicotine, avec la moelle épinière sectionnée, l’aorte liée; par dessus le marché, on leur fait la respiration artificielle. Notre confiance dans la valeur démonstrative de ces expériences en sera bien ébranlée et nous comprendrons pourquoi on arrive à des résultats complètement opposés. La seule conclusion à en tirer, c’est que nous ne savons pas si l’hyperémie artérielle agit sur la circulation lymphatique, ni comment elle agit.
Autant les opinions diffèrent dans ce domaine, autant il règne un heureux accord au sujet de l’action de l’hyperémie par stase sur la circulation lymphatique. Tous les observateurs, sans exception, ont trouvé dans ce cas une augmentation de la sécrétion et du cours de la lymphe.
C’est Thomsa 2 qui fit les premières expériences à ce sujet. Quand il empêche le cours du sang veineux dans le cordon spermatique, sans comprimer les artères, le courant lymphatique est notablement augmenté dans les vaisseaux lymphatiques correspondants.
Emminghaus 3 fait les mêmes observations sur les pattes des animaux qui servent à ses expériences et Gonitschewsky 4. élève de Cohnheim, également. Pour provoquer la congestion passive, il injectait dans les veines, qu'il avait anémiées par la méthode d’Esmarch, de la bouillie de plâtre, qui se solidifiait dans ces veines. Dès que le plâtre était durci, on rétablissait le cours de la circulation et il se produisait une hyperémie par stase très considérable. Celle-ci était suivie d’une forte dilatation des vaisseaux lymphatiques et d’une forte augmentation du courant
1 Emminghaus, Physiologisches und Pathologisches über die Absonderung der Lymphe. Wunderlich- Roser’ s Archiv der Heilkunde, 1874, p. 369.
2 Thomsa, Wiener Sitzungsbericht, t. xxxxvi, ne partie. Cité d’après Paschutin. Je n’ai pu me procurer le mémoire original.
3 Emminghaus, 1. c.
Gonitscuiewsky, Ueher Stauungsödem. Virchow’ s Archiv , t. lxxyii, p. 65.
GÉNÉRALITÉS
lymphatique. L'examen de cette lymphe montrait qu’il s’agissait d’un liquide fluide, contenant beaucoup de globules rouges et peu de globules blancs ; elle était peu coagulable.
Pugliese1 fit des observations semblables après compression de la veine sous-clavière d’un animal. Mais il ne remarqua pas de modifications de la couleur de la lymphe, ni de ses éléments fixes, en général. Cette différence s’explique par le fait que la stase était bien moins considérable dans l’expérience de Pugliese que dans celle de Gonitchewsky.
Auparavant déjà, Lassar2 avait démontré que l’inflammation aussi augmente considérablement la circulation lymphatique. Il est persuadé que le courant de la lymphe est très considérablement renforcé aussi bien dans la stase que daus l’inflammation. Mais, d'après lui, il y aurait de grandes différences entre ces deux espèces de lymphe, augmentées toutes deux. La lymphe inflammatoire est jaunâtre, épaisse, facilement coagulable. Elle contient beaucoup de globules blancs et peu de rouges. Le résidu sec est plus abondant que celui de la lymphe normale ; il représente plusieurs fois celui de la lymphe dans la stase. Dans la stase, au contraire, la lymphe est un liquide très fluide, légèrement rougeâtre, ne se coagulant pas complètement, avec beaucoup de globules rouges et peu de blancs. Si, par contre, il produisait l’hyperémie artérielle sur la jambe enflammée d’un animal, en sectionnant le nerf sciatique, Lassar n’observait aucune action sur la circulation lymphatique.
Tous ces observateurs provoquaient la congestion passive en liant ou comprimant les gros troncs veineux, en injectant du gypse ou en faisant la ligature incomplète du membre, à peu près comme dans notre méthode. Mais, comme cela se comprend, même dans ce dernier cas, ils recueillaient la lymphe dans un vaisseau situé au-dessous de la ligature. Ainsi l’écoulement de la lymphe ne se trouvait gêné dans aucune de leurs expériences.
Mais, dans notre procédé, les conditions sont toutes différentes, soit que nous produisions la stase par la bande, soit que nous employions les ventouses. Nous comprimons les vaisseaux lymphatiques en même temps que les veines, et comme ils ont des
1 Pugliese, Beitrag zur Lehre von der Lymphbildung. Pflüger’ s Archiv, 1898, t. lxxii, p. 603.
2 Lassar, Ueber Oedem und Lymphstrom bei der Entzündung. Virchow' s Archiv, t. lxix, p. 516.