VIRCHOW
Vers la fin du XIXr® siècle, VIRCHOW décrit l'hyperostose du frontal et la rapproche du « malum senile » des articulations. De même, dit VIRCHOW, que nous trouvons l’atrophie des cartilages à côté de la prolifération ; la dénudation et la disparition des têtes articulaires à côté d’ostéophytes et de tissu villeux ; nous trouvons dans les crânes, à côté de l’atrophie externe, la néoformation interne ; la première atteignant surtout le pariétal, la deuxième le frontal. VIRCHOW est tenté de voir dans ces productions de véritables ostéophytes formés aux dépens de la lame externe de la dure-mère.
L'ossification de cette membrane avec les progrès de l’âge est la règle chez certains animaux, quoi d'étonnant, écrit-il, qu’elle puisse parfois se produire chez l'homme, comme du reste celle de plusieurs autres organes fibreux. VIRCHOW ne semble pas avoir distingué l'hyperostose frontale interne des autres altérations osseuses du crâne, s'il est fort possible qu'il ait rencontré l'épaississement interne de l'os frontal, au cours de ses nombreuses autopsies, il semble pourtant ne pas avoir su l'individualiser.
En 1890, HUMPHRY fait paraître une publication sur les hyperostoses des os du crâne (Londres) mais ne paraît pas avoir isolé l'hyperostose du frontal. Après lui, BEADLES en 1898 montre dans un travail, les rapports existant entre «l’ostitis deformans » et l’acromégalie.
Au début du XX" siècle, ont paru une série d'ouvrages sur les os du crâne. Il convient de signaler ceux de DIETZ et SIEPPEL (1908), SUSSE (1908), MEYER (1908), REICHARD (1909), PLATON et JACOBSON (1909).
Parmi ces auteurs, quelques-uns ont entrevu la fréquence de troubles associés, surtout des troubles psychiques, aucun pourtant n'a dégagé un sSyndrome type comme l’a fait MOREL en 1929.
Quelques autres, en même temps qu'ils décrivaient l’hyperostose frontale interne, essayèrent d'en donner une pathogénie. Parmi ces derniers il convient de citer NAÏTO (1923) qui invoque la congestion cérébrale dans le mécanisme de formation de l’hyperostose. Cette théorie émise tout d'abord par CLOUSTON (1890) puis par BEADLES et SHATTOCK a ensuite été abandonnée. INASABURO NAÏTO devient partisan de la théorie de compensation. Le radiologue japonais estime que l’hyperostose serait une sorte de néoformaiion osseuse compensatrice dans les cas d'atrophie du cerveau, et cela chez des personnes âgées.
Cette théorie a aussi été soutenue par DRESSLER.
Pour ROKITANSKY l'hyperostose frontale interne doit être considérée comme similaire des ostéophytes de la grossesse. HENSCHEN reviendra plus
tard sur ce point.
BONNAMOUR et JAMIN en 1926, publient le cas d’une femme âgée et obèse présentant à l'autopsie une hyÿperostose frontale interne. Ils pensaient avoir affaire à une maladie de Paget localisée. La même année, nous avons encore à signaler les travaux de PICARD. Cet auteur a constaté une nette atrophie cérébrale (825 gr.) à l'’autopsie d'une femme de 72 ans, présentant en outre une hyperostose frontale interne. La malade était atteinte de démence. PICARD, comme BONNAMOUR et JAMIN, pense à une maladie de Paget.
À part les quelques auteurs que nous venons de citer, comme étant les premiers à s'être intéressés à l’hyperostose frontale interne, ou du moins à l'avoir entrevue, il convient de mentionner encore les noms de Follin, Duplay, Lewis, Ribbert, Schuller, Casati, Schreiner, Dressler. Tous ces auteurs ont été frappés par le curieux épaississement intérieur de l'os frontal ; certains d'entre eux ont mentionné quelques troubles associés, mais aucun n’a envisagé l'édification d’un syndrome typique.
Indépendamment des travaux que nous venons de voir, une assez curieuse publication, d'ailleurs citée par MOREL (dans sa monographie de 1929) paraissait en 1926 dans la « Presse Médicale». Elle était intitulée : «Radiodiagnostic de la Syphilis tardive et héréditaire ; (les ostéites de la table interne du crâne). Les auteurs, LERI et COTTENOT y ont montré que la radiographie du crâne pouvait, à leur avis, permettre de faire le diagnostic de syphilis tertiaire ou héréditaire, même dans le cas où le séro-diagnostic restait négatif. Ces auteurs décrivent avec netteté l’hyperostose frontale interne qu'ils ont rencontrée dans de nombreux cas, mais ils la considèrent comme étant de nature syphilitique.
Il est certain que cette affirmation est beaucoup trop absolue. D'après les exemples que publient les auteurs, il y a beaucoup de chances qu'il se soit agi, à plusieurs reprises, d’hyperostose frontale interne (type Morgagni). Il
faut d'ailleurs remarquer que les cas les plus typiques rapportés par ces auteurs, c'est-à-dire, ceux reproduisant l’hyperostose frontale interne, telle qu'elle avait été décrite par MORGAGNI, ont été ceux aussi où la sérologie à été négative et où des troubles secondaires neuro-psychiques sont signalés. Léri et Cottenot ne semblent pas avoir su différencier l’ostéité syphilitique vraie, avec sa forme hyperostosante, de l'hyperostose frontale interne.
B) Deuxième Période (la triade, l'édification d’un syndrome)
La deuxième période de l'histoire de l'hyperostose frontale interne est essentiellement caractérisée par l'établissement d’un syndrome dans lequel ce trouble osseux entre comme signe capital, avec à côté de lui quelques symptômes assez constants.
Ce syndrome que MOREL appelera le syndrome de l’hyperostose frontale interne, et auquel HENSCHEN, après l'avoir légèrement modifié, donnera en 1935 le nom de «SYNDROME de MORGAGNI », est constitué par l’hyperostose interne, l’adiposité et des troubles neuro-endocriniens et psychiques. (Virilisme, troubles cérébraux...).
Ce fut STEWART et aussitôt après lui MOREL qui ont été les premiers à dégager de l’hyperostose du frontal et des quelques signes plus ou moins constants, la notion de syndrome. Aux travaux de ces auteurs il convient d'ajouter ceux de GREIG, CARR, Van BOGAERT, SCHIFF et TRELLES, RAEDELLI, LHERMITTE, ALQUIST et MOORE.
Quelques années plus tard, HENSCHEN, reprendra toutes ces études et leur donnera une impulsion nouvelle.
Voyons à présent plus en détail les principaux travaux qui ont établi définitivement la notion de «syndrome de l’hyperostose frontale interne ». Si les publications de MOREL ont été capitales et déterminantes dans l’élaboration du syndrome de MORGAGNI, c’est surtout le travail de STEWART qui a permis au psychiâtre de Genève d'inaugurer son étude.