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tive du décubitus et du sommeil. Comme les efforts pour uriner, en redoublant de fréquence, deviennent plus pressants, il y a du côté du rectum, du ténesme et une certaine irrifation : parfois les matières fécales sont rendues pendant la miction sans que les malades puissent les retenir ; d’autres fois, divers trou bles produits par la congestion des veines du bassin, résultant d'une pression mécanique; le plus souvent constipation opiniâtre, résultant de l'arrêt formé au cours des matières par la prostate tuméfiée, boursouflementhémorrhoïdaire. Il résulte de tout cela des efforts inutiles pour la défécation, et quand les malades vont à la selle, il leur semble qu’ils n’ont pas tout rendu. Plusieurs écrivains, entre autres J.-L. Petit, ont prétendu que les matières fécales portaient l'empreinte de la prostate, sous forme d’un sillon longitudinal ; mais pour que cette rigole fût ainsi creusée, il faudrait supposer, avec Vidal, une paralysie du sphineter anal, ce qui est loin d’être le cas le plus
fréquent.
Ces symptômes sont aggravés par toutes les causes qui entraînent de la congestion du côté du petit bassin, par exemple, les professions et les habitudes sédentaires: ce fait a été noté depuis longtemps ; on avait remarqué l'influence fâcheuse du repos pour les prostatiques ; on avait même pris la eause pour l’effet. Que la station assise ou le décubitus dorsal prolongés amènent des troubles de la miction chez des hommes porteurs de prostate hypertrophiée, cela n’est pas douteux; mais il faut bien se garder de croire qu'à elles seules ces conditions sont capables de produire la maladie ; elles l’aggravent, c’est incontestabie ; elles ne sauraient la déterminer. Les excès vénériens, les excès alcooliques ont encore une action beaucoup plus nuisible sur la marche de la maladie. Chopart, Hunter, Velpeau, ont signalé les effets désastreux des excitations vénériennes ; mais ici encore ils s'étaient mépris : ils avaient confondu la cause avec la complication. Velpeau,
9e par exemple, mettait la blennorrhagie en première ligne au point de vue étiologique, et Vidal disait à propos de l'inflammation uréthrale :
« De l’urèthre, l’inflammation se retranche dans la prostate ; là, sévissant sur une substance glandulaire, elle s'y perpétue, s'y transforme quelquefois ou s’y éteint, mais après y avoir fait naître l’hypertrophie. » Cette assertion est complètement fausse.
Les effets nuisibles du vin, des liqueurs, ont surtout été notés quand ils agissent comme causes occasionnelles de rétention d'urine ; Ja bière notamment, qui a sur les organes génitourinaires une influence si funeste, prise même en petite quantité, pourrait produire, dit-on, tout à coup l’ischurie. Outre les excès de table, on peut admettre comme circonstances aggravantes de la maladie, l'excès de fatigue, un refroidissement brusque, une contusion du périnée.
La retenue volontaire et prolongée de l'urine amène vers la vessie une congestion qui réagit sur la prostate et détermine des difficultés très grandes dans la miction. Les voyages en chemin de fer sont à ce point de vue dangereux, car 1ls réunissent plusieurs facteurs dont chacun peut amener une aggravation notable : la trépidation qui favorise la stase sanguine dans les organes pelviens, la station assise prolongée et surtout la difficulté d'obéir aux injonctions d’une vessie trop facilement irritable.
Signalons en passant l’effet des purgatifs, qui congestionnent fortement la cavité pelvienne ; ils amènent des hémorrhoïdes, c'est un mal de bien peu de gravité à côté de l’autre ; ils sont mauvais en ce sens que sous leur influence la prostate augmente de volume. Les balsamiques, le copahu, le cubèbe, la iérébenthine peuvent aussi causer une irritation dangereuse.
S'il est des conditions, et nous venons de les passer en revue, qui exercent une action des plus fâcheuses sur l’hyper-
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trophie prostatique, il en est d’autres qui tendent à faire cesser ou plutôt qui atténuent cette même hypertrophie. Toutes les causes de congestion sont désastreuses ; toutes les circonstances capables d'activer la circulation seront par cela même des plus avantageuses. La station debout, les promenades, un exercice modéré, l'habitude d’uriner aussitôt que le besoin s’en fait sentir, et surtout la continence, contribueront puissamment à détourner de la glande un sang qui a trop de tendances à ne pas cireuler activement par suite de l’altération sémile des parois artérielles. Par conséquent il faudra que le malade se donne du mouvement, sans fatigue ; car dans ce cas il serait obligé de dormir, peut-être trop, et nous avons vu déjà les résultats du décubitus prolongé non-seulement sur la vessie, la prostate, mais encore sur la verge et les reins.
Nous venons d’assister au premier acte de l’hypertrophie prostatique: voyons de quelle manière se déroulera le deuxième. La rétention d'urine, qui est le symptôme dominant de la deuxième période, est complète ou incomplète ; dans le premier cas, le malade ne pisse pas du tout ; dans le deuxième, il urine fréquemment, mais ne parvient pas à vider complètement la vessie.
Le patient atteint de rétention complète est tourmenté par des désirs incessants ; il se présente à chaque instant à la garde-robe, se livre aux efforts les plus considérables et cependant n’aboutit à aucun résultat. Comme les reins fonctionnent sans cesse, les envies deviennent plus pressantes, le malade éprouve de violentes douleurs au périnée, dans les lombes et après quelques instants, de guerre lasse, il ne songe qu’à ‘garder une position capable de relâcher les parois abdominales qui pressent sur la vessie, dont la distension augmente d'heure en heure.
Enfin, sous une poussée plus forte que les autres, le col se laisse dilater, le malade urine par regorgement ou sous l’in-
np fluence d’un effort brusque ; l’urêthre se rompt et une infiltration d'urine survient.
Dans les cas favorables, on agira contre la rétention au moyen de la sonde à demeure.
La rétention d’urine débute avec fracas ; la rétention incomplète est toujours précédée d’un ensemble de signes susceptibles d’induire en erreur les praticiens même exercés. Les mictions deviennent fréquentes ; elles le sont autant le jour que la nuit. Contrairement à ce que nous avons vu dans la première période, elles se répètent parfois à intervalles à peu près fixes, souvent avec une sorte de régularité d'horloge ; en un mot, la vessie demande à évacuer son trop plein dès que la quantité d'urine rejetée est remplacée par une quantité à peu près égale. |
La conséquence de la rétention est l’incontinence ; on appelle ainsi l’écoulement involontaire ou inconscient de l'urine ; mais il y a deux sortes d’incontinence, la vraie et la fausse.
D'après Guyon, « pour qu’il y aitincontinence vraie, il faut que le malade n’ait d'autre sensation que l’arrivée de l’urine, qu'il se trouve mouillé, mais rien de plus. Le besoin ne doit pas être perçu ; nombre de malades parlent sans hésiter d’incontinence, tandis qu'ils n’ont que des mictions impérieuses et répétées. Le besoin est subit, pressant, la volonté impuissante ; à peine l'envie d’uriner s’est-elle fait sentir que déjà le liquide s'échappe du méat et souille les vêtements. Ces malades pissent malgré eux, mais ils ont été avertis qu'ils allaient pisser. C’est la fausse incontinence. » Ce terme d’incontinence a donné trop souvent lieu à de fatales erreurs dans la prati-
que ; aussi vaut-il mieux lui substituer celui de regorgement, et.
voici le mécanisme par lequel s'établit la miction dans ce cas. L'hypertrophie de la prostate faisant toujours des progrès, la capacité de la vessie cède à l'accroissement constant de l'urine ; la dilatation en est la conséquence ; l'organe se remplit et
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l'excès s'écoule à l'insu du malade d’abord pendant la nuit, plus tard durant le jour, avec une très grande douleur et une sensation de chaleur le long de l’urèthre ; alors aux souffrances physiques vient s'ajouter un tourment moral : le malade, dont le corps et les vêtements exhalent la plus désagréable odeur, se condamne lui-même à vivre dans l'isolement le plus complet ; il sent qu'il est-un objet repoussant pour ceux qui l'entourent.
L'incontinence se montrant à la suite de la rétention peut être évitée quand le praticien est prévenu à temps ; malheureusement ce signe, qui frappe le plus les malades, est parfois révélé trop tard et alors le chirurgien ne peut guère espérer d’heureux résultats de son intervention. La lésion est avancée, la vessie est inerte, distendue, les uretères sont parfois dilatés au point qu'on les a vus remplacer la vessie et former deux tumeurs énormes dans la région hypogastrique, s'étendant du pubis jusqu'aux côtes inférieures, tumeurs que le cathétérisme faisait disparaître. « La constatation du symptôme incontinence vraie doit faire craindre que l'intervention même la plus sagement conduite ne fasse éclater des accidents, souvent des plus graves, accidents que ne laisse pas pressentir, au moins dans l'entourage du malade, l’apparente bénignité des symptômes ; elle ne permet pas d'espérer, dans les cas les plus heureux, le moindre retour de la faculté d'uriner. »
À côté de ces malades qui ont la plus grande peine à uriner, nous en trouvons d'autres atteints de polyurie qui rendent, au lieu de 12 à 1500 grammes d'urine dans les 24 heures, deux litres et demi, trois litres et même plus. Il faut être prévenu de la possibilité de ce symptôme ; car si la rétention ou l’incontinence éveillent l'attention du sujet, il n’en est pas toujours de même de la polyurie ; le malade n’est-il pas dans une sécurité trompeuse ? loin d’éprouver de la gêne, il urine sans la moindre difficulté.
Le médecin ne saurait trop interroger son patient et diriger
CPAS ses recherches de ce côté, car la polyurie est le signe d'une hypertrophie prostatique ; elle indique de plus que les reins sont soumis à un travail exagéré qui les rendra malades, s'ils ne le sont déjà au moment de l'examen. |
Cette polyurie disparait sous l'influence d’un traitement bien dirigé ; si elle ne cède pas, c’est une preuve que les reins sont atteints de lésions déjà avancées.
Nous nous résumons en disant que la fréquence exagérée de la miction, l’incontinence et la polyurie sont des signes de rétention.
Au début de la maladie, l'urine n’est nullement modifiée dans sa composition, et l’analyse la plus minutieuse n'y fait rien découvrir qui mette sur la voie du diagnostie ; mais à force de séjourner dans la vessie, les urines s’altèrent ; de jaunâtres qu’elles étaient à l’état normal, elles passent à la couleur brun foncé; elles contractent des propriétés irritantes ; un peu plus tard, par l’altération de la muqueuse vésicale, qui enflammée sécrète un liquide muco-purulent, elles deviennent troubles, lactescentes ; on y rencontre parfois des filaments opaques ou blanchâtres mélangés à de légères stries de sang ou des flocons muqueux ; en même temps, elles acquièrent une odeur fétide, ammoniacale et quelquefois si repoussante. qu’elles sont pour les malades eux-mêmes un sujet de dégoût et de tourments continuels. Mais, il faut bien le dire, tout cela indique non pas l'existence d’une hypertrophie prostatique, mais d'une lésion dont le chirurgien aura à faire le diagnostic ; on en retire des renseignements précieux, desindications nettes, mais rien de plus.
Il en est de même des troubles digestifs, des phénomènes fébriles que l’on a l’occasion d'observer, principalement chez les prostatiques. Ces derniers présentent fréquemment des troubles digestifs se traduisant par des dyspepsies, des migraines, des embarras gastriques, l’état nauséeux, le dégoût, les
vomissements, la diarrhée, la constipation. Un malade qui se plaint de troubles digestifs, tenaces ou fréquents, qui présente ce que Guyon appelle la langue urinaire, rouge, sèche, qui manque de salive pour aider à la déglutition des aliments, qui a du muguet, qui offre en un mot cet état caractérisé sous la dénomination de dysphagie buccale, un tel malade nécessite un examen complet et attentif de l'appareil urinaire ; ces troubles divers sont dus à l’empoisonnement urineux.
Nous reviendrons d’ailleurs sur ces signes importants, lorsque nous traiterons du diagnostic ; nous les avons mentionnés au Chapitre de symptomatologie parce qu'ils sont parfois les seuls qui mettent sur la voie de la maladie qui finirait par enlever le malade, si on n'avait recours à une intervention à la fois prudente et énergique.
Complications. — L'hypertrophie de la prostate est rarement une maladie simple ; elle s'accompagne presque toujours de complications nombreuses qui aggravent rapidement l’état des malades. Fâcheuses par elles-mêmes, elles viennent encore mettre obstacle au traitement de l’hypertrophie ; aussi doit-on s'attacher à les combattre avec énergie toutes les fois que cela est possible.
L'inflammation de la vessie, la cystite, est la complication la plus ordinaire et la plus précoce. Sous l'influence d’un cathétérisme fait sans précautions antiseptiques rigoureuses, le pus se développe avec la plus grande rapidité dans la vessie où stagne l'urine ; même en pratiquant l’asepsie la plus complète, on peut voir se produire la purulence de l'urine. Ce n’est pas la seule cause du catarrhe vésical. Le froid le plus léger peut produire ce résultat : dans ses Cliniques, le professeur Guyon parle d’un malade qui, pendant les fortes chaleurs du mois de juillet, ôta son gilet de flanelle et ses vêtements de drap pour
se couvrir d'habits de toile très légers. Il n’en fallut pas