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IV. — Les objections

La mise en œuvre de la psychothérapie, en apparence assez simple, nécessite cependant, de la part de celui qui l’applique, une certaine compétence et l’exercice de certaines aptitudes. C’est ce qui peut laisser supposer que ceux qui s’attardent encore à discuter la valeur thérapeutique de la suggession hypnotique sont peut-être inspirés par leur défaut d’expérience personnelle sur la question.

N’est-il pas essentiellement humain de dédaigner les arts dans lesquels on n’excelle point? Une despremières objections que l’on a soulevées contre l'emploi de la suggestion dans la pédagogie des incorrigibles est la suivante : « Vous allez créer, chez les sujets une aptitude spéciale à être hypnotisés par le premier venu. » C’est exactement le contraire qui est l’expression de la vérité.

Tout psychothérapeute vraiment digne de ce nom ne manque jamais de limiter les inconvénients que peut présenter pour un sujet une suggestibilité naturelle excessive. Il lui suffit pour cela, de lui suggérer d’être désormais à l’abri de toute autre infiuence suggestive que celle du médecin,agissant dans unbut thérapeutique.

D’ailleurs, il faut le déclarer hautenient, il n’y a pas d’hypnomanie, comme il y a une morphinomanie, une chloralomanie, etc...

C’est à peine si deux ou trois faits ont été publiés, et encore un médecin compétent aurait su guérir le sujet en une seule séance d’hypnotisation. Ce qui est plus exact, c’est, qu’il y a chez un certain nombre de médecins une véritable hypnophobie. Il est juste de reconnaître qu’elle ne sévit que chez ceux

qui ne se sont jamais oecupés spécialement d’hypnotisme et qui ne se rendent aucun compte de la psychothérapie, telle qu’elle est pratiquée par un grand nombre de médecins en Frmce et à l’étranger.

Une seconde objection est la crainte souvent exprimée que ce traitement hypnotique n’ait pour effet de réveiller l’hystérie en puissance et de provoquer l’éclosion de nouveaux symptômes. Cette supposition serait légitime si on ajoutait que ces accidents seront imputables aux médecins qui auront appliqué l’hypnotisme sans avoir la compétence voulue, ou à ceux qui, dans un but de curiosité, provoquent chez leurs sujets des expériences de dissociation mentale et leur font réaliser des hallucinations. Entre les mains des médecins qui appliquent la suggestion hypnotique en se conformant rigoureusement aux préceptes que nous indiquons plus haut, on li’a jamais vu survenir, à la suite de leur traitement, le moindre symptôme d’hystérie. Gela est tellement vrai qu’à Nancy, où les malades ont été hypnotisés par milliers, la grande attaque d’hystérie est très rarement observée.

Partout où l’on s’occupe couramment d’hypnotisme, la grande hystérie convulsive, autrefois commune, disparaît, et les malades de cette catégorie deviennent une véritable rareté. Et encore, lorsqu’on rencontre une malade chez laquelle surviennent des crises complètes d’hystérie, avec l’arc de cercle et les convulsions toniques et cloniques, onn’est jamais surpris d’apprendre que cette malade a fait autrefois un séjour plus ou moins prolongé à la Salpêtrière. Ce qui surprend le plus, en cette circonstance, c’est de constater

— sa¬

que l’objection qüi consiste à accuser l’hypnotisme d’être un agent provocateur de l’bystérié, émane ordinairement d’un représentant de l’École qui a provoqué pendant longtemps, chez les grandes hystériqués, les expériences les plus capables de déséquilibrer l’état mental. Ceux qui soulèvent également cette objection sont ceux qui administrent toujours sans hésiter, de la façon la plus libérale,les doses massives de bromures et de narcotiques. Quelques grammes de bromure, de chloral, quelques Centigrammes de morphine ou d’autres stupéfiants ont sur la cellule nerveuse une action beaucoup plus délétère que le procédé thérapeutique qui consiste à se servir de la persuasion pour créer des états de conscience conformes au besoin manifeste du malade.

Ilappartient aü psychothérapeute de doser la durée du sommeil provoqué, l’intensité de la suggestioh, d’en varier les formules selon lès aptitudes, l’âge, le degré d’intelligence, les réactions individuelles, de même qü’il appartient au chimiâtre de déterminer les doses des médicaments eh s’inspirant des conditions dans lesquelles se trouve le malade. Malgré toutes les Cërisidêrations théoriques, la comparaison entre les résultats de la méthode psychothérapique et céüx delà pharmacologie donnera le sUccèS de la première.

L’hypnotisme étendu à ses applications expérimentales les plus extrêmes ii’a jamais provoqué le moindre accident mortel. Lés accidents les plus graves auxquels son emploi a.

donné lieu n’ont jamais dépassé les limités d’un simple mal de tête ou d’uilè sdmiidlèncë passagère, susceptibles de disparaître sous l’influencé d’Une noüvéllé suggestion. On

nous pafle iè Sujets que l’expérimentateur n’aurait pu réveiller. Pour notre part, dans le cours de milliers d’expériencesj nous n’avons jamais constaté rien de semblable.

Toujours le sujet se réveille sous la simple action df'Smots consacrés: « Eveillez-vous. » Aucun élève de l’Ecole de Nancy n’a jamais été arrêté par une difficulté de cet ordre.

Si l’hypnotisme de la Salpêtrière comporte quelques dangers, ce que nous ne croyons pas, pour notre part, comme l’affirmait récemment M. le professeur Jolïroy dans une de ses leçons cliniques à Sainte-Anne, nous affirmons, par contre, que l’hypnotisme tel que le pratiquent les disciples de M. Liébeault, et tel que nous le pratiquons nousmême, n’en comporte aucun, d’aucune sorté.

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