‹ L'hypnotisme et l'orthopédie mentaleChapitre 7 sur 11 · KLEPTOMANIE · texte numérisé non relu

KLEPTOMANIE

Ce qui caractérise l’impulsion kleptomaniaque que l’on observe fréquemment chez les enfants dégénérés, c’est l’automatisme et l’inconscience absolue qui président à l’accomplissement de l’acte. Lorsque l’on interroge ces enfants sur les motifs qui les ont poussés à accomplir un vol, ils font invariablement la meme réponse : « Je ne sais pourquoi je l’ai fait, je n’ai pu faire autrement. »

Il semble qu’ils aient agi comme s’ils étaient dépourvus de ce pouvoir d’inhibition volontaire qui est une des manifestations les plus remarquables de l’éducation du système nerveux. C’est ce qui explique le peu de

succès des moyens coercitifs auxquels on a recours pour les guérir.

Les dégénérés doués d’une résistance moindre pour réagir contre les impulsions automatiques ou réflexes, prédisposés à l’accomplissement des mouvements inconscients, offrent un terrain remarquable au développement de l’impulsion à voler.

La première indication consiste donc, puisqu’on se trouve en présence d’actes accomplis inconsciemment, à appeler l’attention du sujet sur ses mouvements exécutés automatiquement, à éveiller sa conscience, en un mot à transformer une sensation non perçue en aperception.

Dans un grand nombre de cas, des suggestions appropriées faites dans l’état d’hypnose suffisent pour développer, en même temps que l’attention, le pouvoir d’arrêt qui permet aux sujets de résister à l’impulsion.

Obs. IX. — Kleptomanie. — Paresse. — Troubles du caractère. — Guérison par action ‘psycho-méeornique associée à la suggestion hypnotique.

J. X..., âgé de quinze ans, appartient à une famille des plus honorables. L’impulsion de' s’emparer des objets les plus divers est apparue dèsle plus jeune âge. Les parents le constataient,en trouvant dans ses poches des objets de toutes sortes qu’il volait dans toutes les maisons où il allait. Il n’avait aucune excuse, car ses parents lui donnaient l’argent nécessaire pour acheter les objets dont il pouvait avoir besoin. Cet enfant parut d’abord inaccessible au traitement, mais il me fut bientôt facile de vaincre sa résistance. Il s’endormit profondément. Dès, qu’il fut hypnotisé, je créai chez lui des paralysies psychiques' des bras, le mettant dans l’impossibilité matérieUe de s’emparer des objets que je lui désignais; j’établis ainsi chez mon sujet un cran d’arrêt involontaire dans le but de l’employer à résister à son impulsion. J’ajoutai à cela

diverses suggestions pédagogiques, lui recommandant de travailler, d’être attentif, d’apprendre ses leçons et de s’appliquer à ses compositions. En fin de compte, il fut facile non seulement de le guérir de sa kleptomanie, mais même d’en faire un élève travailleur. En quelques semaines, l’influence des suggestions pédagogiques s’était manifestée à un tel point qu’il était devenu un des premiers élèves de sa classe alors que, depuis plusieurs années, il était resté constamment le dernier. Un des mobiles qui l’avaient le plus déterminé à travailler, c’est qu’il avait le désir de démontrer qu’un changement radical s’était opéré à tous lés points de vue dans sa personne. Depuis quatre ans le succès du traitement pédagogique ne s’est pas démenti un seul instant et l’enfant a continué à être un des meilleurs élèves de sa classe.

J’ai obtenu également des succès durables et complets chez d’autres petits voleurs, en faisant faire à l’esprit une gymnastique analogue à celle qu’on emploie pour les exercices du corps.

Pour faire comprendre par quel artifice on arrive à guérir un enfant atteint de la manie de voler des pièces de monnaie, je vais donner un aperçu d’un procédé qui m’a toujours réussi. L’enfant étant mis dans l’état de suggestibilité hypnotique, je le fais approcher d’une table sur laquelle se trouve une pièce de monnaie. « Tu vois cette pièce, lui dis-je, tu as envie de la prendre. Eh bien, prends-la si tu veux et mets-la dans ta poche.' » Il le fait. J’ajoute alors : « C’est ce que tu as l’habitude de faire, mais tu vas remettre maintenant la pièce d’argent où tu l’as prise et désormais tu agiras toujours ainsi. S’il t’arrive de succomber à la tentation, tu auras honte d’avoir volé et tu t’empresseras de remettre l’objet volé à sa place. » Au bout de quelques séances de cette gymnastique mentale exécutée sous l’influence de la suggestion, l’en-

tant est généralement guéri pour toujours de sa mauvaise habitude. Un fait à noter, c’est que la guérison d’une habitude grave, obtenue par la suggestion bj'pnotique, n’est pas seulement le résultat d’une action automatique.

Au contraire elle s’accompagne le plus habituellement d’un réveil de la conscience et du sens moral, et l’enfant guéri témoigne toujours à celui qui l’a guéri les plus vifs sentiments de reconnaissance.

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