‹ L'hypnotisme et l'orthopédie mentaleChapitre 9 sur 11 · PUSILLANIMITÉ. — TERREURS NOCTURNES · texte numérisé non relu

PUSILLANIMITÉ. — TERREURS NOCTURNES

Il n’a pas encore été publié, à notre connaissance, d’observations de pusillanimité traitée par la suggestion. On rencontre cependant beaucoup d’enfants chez lesquels la poltronnerie acquiert dans certaines circonstances une telle intensité, qu’on peut la considérer comme la manifestation d’un état névropathique réel.

Il est extrêmement rare que l’émotivité morbide se présente chez les enfants, avec les caractères que l’on observe chez les adultes atteints de phobies et dont la peur est accompagnée d’états d’anxiété et de troubles généraux aussi pénibles que durables.

Chez les enfants, les manifestations de la peur sont soudaines ; elles sont passagères.

Que l’enfant soit placé dans les conditions capables de mettre enjeu les phénomènes réflexes d’où résulte l’émotivité morbide, sa

peur apparaîtra. Elle disparaîtra dès qu’il sera soustrait aux influences qui ont donné naissance au phénomène émotif. Ce qui caractérise aussi les peurs de l’enfant; c’est qu’elles sont nettement systématisées. Tel enfant éprouvera le sentiment de la peur lorsqu’il sera dans l’obscurité, tel autre ne l’éprouvera qu’en présence d’un animal quelconque. Tandis que les uns auront peur des chiens, les autres auront peur des oies, des rats, des chats, des bêtes à cornes, des araignées, etc. Il peut-se présenter ce fait qu’un enfant extrêmement poltron dans certaines circonstances, se révèle capable d’un grand courage dans certaines autres. S’il est vrai qu’il est fréquent de rencontrer la pusillanimité associée à nombre de stigmates de la dégénérescence héréditaire, il faut reconnaître aussi que tous les poltrons ne sont pas , des dégénérés.

Il faudrait plutôt rechercher la cause de la pusillanimité dans des procédés d’éducation défectueux, dont l’intimidation forme la base. On pourrait aussiletrouver dans des influences de milieu et dans des manifestations de peur dont l’enfant aura eu l’exemple sous les yeux.

Ce qui tendrait à prouver que la pusillanimité a son point de départ dans des impressions morales, c'est la facilité relative avec laquelle on peut arriver, ainsi qu’en témoignent les deux observations suivantes, à guérir ces états d’émotivité morbide, pa l’emploi de la suggestion hypnotique.

OBS. XII. — PeMî" àe Vobscuritè. — Terreur nocturne.

Guérison par la suggestion hypnotique

An mois de novembre 1896, l’enfant Marins G..., âgé de 12 ans, fut adressé à notre clinique par M. le D’Manouvrier, professeur à l’Ecole d’anthropologie. Jusqu’à l’âge de 6 ans, son caractère avait été normal et il n’avait jamais présenté de signes de pusillanimité. Ses antécédents héréditaires sont d’ailleurs des plus favorables. Son père et sa mère,, bien portants, ne sont pas peureux; un frère aîné, qui accomplit son service militaire, n’a jamais présenté d’états d’émotivite ana logues ; trois sœurs, très bien portantes, ne sont nullement peureuses. Il est le seul poltron de la famille.

Son aspect physique n’est nullement en rapport avec les troubles nerveux qu’il présente. Il est robust e et vigoureux.

A l’âge de 6 ans, il éprouva une vive émotion en apprenant la mort de sa grand’mère qu’il aimait beaucoup. Quand il la vit étendue sur son lit mortuaire, il fut pris d’une peur irraisonnée. Depuis ce moment, il eut peur de l’obscurité Quand son père l’envoyait à la cave, il se mettait à trembler et donnait un sou à l’une de ses sœurs pour lui épargner cette corvée. La sœur, qui n’était pas peureuse, s’empressait de s’acquitter de la commission. Il avait la même peur de la demi-obscurité, et ne se résignait pas facilement à aller dans le sous-sol. Il avait peur, disait-il, qu’il y eût des individus cachés dans les escaliers.

Le soir, hanté par les peurs de la journée, il se couchait et tombait dans un sommeil profond ; mais, vers minuit, il se réveillait en sursaut et criait : « Maman ! maman ! Quelle heure est-il ?» Il criait assez fort pour réveiller tout le monde. Sa mère se levait, le rassurait, lui affirmant qu’il n’y avait personne dans la chambre. Alors il se rendormait j asqu’au matin.

Cela durait depuis six ans lorsque le traitement fut commencé. On tenfa de l’hypnotiser, mais il se montra absolument réfractaire; On insista pour qu’il revint à la clinique trois fois par semaine. Au bout d’un mois, s’étant convaincu, par la vue des autres malades traités, que l’hypnotisme était absolument inoffensif, il se laissa hypnotiser et tomba dans un sommeil profond. Les membres de la Société d’hypnologie ont pu s’assurer que l’hypnose était chez lui très accentuée et qu’il était anesthésique à la piqûre de l’épingle.

Dès le jour où il fut hypnotisé, les suggestions ont agi et les terreurs de la nuit ont disparu ; actuellement, il n’a plus peur de l’obscurité. La guérison est complète. Mais en même temps que la peur a disparu, son état mental s’est modifié dans un sens favorable, sa physionomie est devenue plus éveillée, son intelligence est certainement plus développée. Le fait la frappé tous ceux qui Ont suivi les phases du trai. tement.

OBS. XIII. — Pusillanimité précoce. — Antécédents héréditaires.— Guérison par la suggestion hypnotique.

L’enfant Louis B..., âgé de sept ans et demi, a commencé à manifester des tendances très prononcées à lu peur, dès l’âge de deux ans. Il a des antécédents héréditaires assez défavorables. Son père est doué d’un caractère emporté ; sa mère est très impressionnable; sa sœur, âgée de quatorze ans, est atteinte de chorée hystérique. Elle a présenté également des troubles convulsifs d’hystérie. L’enfant B..., est atteint d’onychophagle.

Dès l’âge de deux ans, Louis B..., donnait des signes de peur quand on le laissait dans l’obscurité, quand on -le laissait tout seul, quand quelqu’un tombait ou quand il voyait couler du sang, quand sa sœur avait des crises, et surtout quand son père s’emportait.

Il avait également une peur extrême du tonnerre. Sa mère l’ayant conduit dans des fêtes des environs de Paris, le bruit des détonations dans fes tirs forains provoquait chez lui de telles terreurs, qu’il se cachait la tête dans les genoux de sa mère et poussait des cris terribles. Ses peurs multiples et répétées, survenant à l’occasion des incidents les plus futiles, exerçaient une influence très fâcheuse sur sa santé. Il dépérissait à tel point, que son état inspirait de sérieuses inquiétudes.

Quand on l’amena à la clinique, il se mit à pousser des gémissements et on s'appliqua à le calmer ; enfin, influencé par le spectacle des malades qui dormaient paisiblement, il s’endormit sur les genoux de sa mère. On lui suggéra de revenir sans aucune crainte et de se laisser endormir facilement ; dès lors le traitement fut facile. Au bout de quelques séances, il était méconnaissable. Les peurs l’avaient toutes abandonné. Un

jour, dans la rue, il vit tomber un cheval et ne manifesta aucune frayeur ; à ce sujet, il dit à sa mère : « Tu vois, cela ne me fait plus peur : il faudra le dire au docteur Bérillon. » Actuellement, le jeune Louis B... est un enfant à mine très éveillée. Il est complètement transformé. Il dort seul dans une chambre, sans lumière. Il est devenu un excellent élève et il a fait à son école de rapides progrès. Nous l’avons également débarrassé de l’habitude de ronger ses ongles.

11 n’est pas inutile de faire remarquer que la guérison de l’émotivité morbide, chez les deux enfants qui font le sujet de ces observa- •tions, s’est montrée durable. Chez le second, en particulier, la guérison remonte à trois ans et ne s’est jamais démentie un seul instant.

Ces faits apportent ainsi la meilleure réponse à la question souvent posée : « Les résultats des applications pédagogiques de la suggestion sont-ils durables ? »

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