‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 107 sur 218 · Bernheim. De la suggestion, etc., p · texte numérisé non relu

Bernheim. De la suggestion, etc., p

ÉTUDE ANALYTIQUE DES SUGGESTIONS 3oi

présente dans son cerveau à son réveil ; il a oublié son origine et croit à sa spontanéité ».

Toutes les expériences faites sur notre sujet F. mettent bien ces faits en évidence.

Je l'endors, alors qu'elle est couchée dans son lit et lui ordonne de s'habiller au réveil, d'aller jusqu'au fond de la salle, do revertir et de se remettre au lit. Je réveille. Elle se met à s'habiller. « Pourquoi vous habillez- vous? » — « J'ai quelque chose à faire », répond-elle ; et elle déclare que c'est embêtant de s'habillerdevant tout le monde. Une fois habillée, elle se lève, va au fond de la salle, revient et tombe sur son lit. Au réveil, elle est tout étonnée de se trouver habillée sur le lit.

Une autre fois,jehii dis, pendant le sommeil, qu'au réveil elle ne verra pas Brousse (qui est réellement là) et qu'elle verra MossÉ (qui n'y est pas). Au réveil, elle adresse la parole à MossÉ qu'elle croit voir. Et, comme Brousse (qu'elle ne voit pas) lui répond : « d'où vient, dit-elle, que j'entends M. Brousse, que je ne vois pas, et que M. MossÉ qui est devant moi ne me parle pas. » L'hallucination, positive et négative, n'était que visuelle.

Enfm, un autre jour, MossÉ lui dit, dans le sommeil, qu'au réveil elle verra son mari (pour lequel elle a une haine implacable) et qu'elle lui demandera pardon. Elle proteste avec indignation contre un pareil ordre, que l'on maintient malgré ses protestations. On l'éveille. Elle se lève et s'apprête à sortir de la salle où elle se trouve, quand tout à coup ses yeux deviennent hagards, prennent une expression de terreur profonde ; elle tombe à genoux et s'écrie : Ah ! misé-

rablc. Puis elle est prise d'un véritable accès de désespoir, daAs lequel elle s'arrache les cheveux, déchire son bonnet, enfin elle tombe en attaque. On la réveille ; et, au sortir de cette scène dramatiqvie, on la trouve, souriante comme d'habitude et, quand elle aperçoit son bonnet déchiré, elle se demande si ce n'est pas une mauvaise plaisanterie qu'on a voulu lui faire.

3. Ces faits, absolument classiques, prouvent bien que si l'état, dans lequel le sujet exécute la suggestion posthypnotique, n'est pas la pure et simple continuation de l'hypnose, il n'est pas non plus l'état de réveil ordinaire et banal.

C'est évidemment un état particulier, qu'il faut analyser psychologiquement.

Cette analyse doit porter sur les trois éléments que nous avons reconnus, en fait, dans cet état.

i^* Le sujet s'est éveillé. Son centre 0 a repris contact avec le monde extérieur ; la désagrégation suspolygonale qui caractérise l'hypnose a cessé. Le sujet voit, entend, comme un sujet éveillé.

1° Le sujet a oublié V hypnose et les ordres donnés dans r hypnose. Tout ce qui s'est passé dans l'hypnose s'est passé dans le polygone et ce qui s'est emmagasiné s'est emmagasiné dans le polygone. 0 fignore et c'est de 0 qu'on parle quand on dit que le sujet ne sait pas ce qui s'est passé dans l'hypnose.

3° Le sujet exécute les ordres reçus dans le sommeil.

Donc il ne les a pas oubliés ; ce qui paraît contradictoire à ce que nous venons de dire.

Mais au fond il n'y a aucune contradiction. Nous savons qu'il y a une mémoire polygonale distincte de la mémoire de 0. L'ordre donné est resté dans la mémoire polygonale et n'a pas atteint la mémoire deO.

Seulement quand un sujet est bien et complètement éveillé, il ne tient en général pas grand compte de ces souvenirs polygonaux. Ici, et c'est la caractéristique de cet état que nous étudions, ces souvenirs polygonaux s'imposent à l'activité du sujet et il agit en conséquence de ces souvenirs, sans que 0 s'y oppose et puisse s'y opposer.

Donc, en somme, 0 est éveillé puisqu'il voit et entend tout ce qui se passe ; mais il n'est pas complètement éveillé, puisqu'il ne dirige pas les actes comme à l'état physiologique. 0 reçoit les impressions extérieures et le polygone dirige les expressions extérieures.

C'est bien un état spécial, qui n'est ni l'hypnose entière ni le réveil entier ; c'est ce que Wundt appelle une hypnose partielle.

Psychologiquement je crois qu'on peut dire que cet état est caractérisé par le rétablissement des communications centripètes qui vont du polygone au centre 0 et le non-rétablissement des communications centrifuges qui vont de 0 au polygone.

C'est une désagrégation suspolygonale partielle avec intégrité de AO, VO, TO et désagrégation de OE, OM etOK (fig. 3).

Et ainsi O, éveillé, ne dirige pas les actes ; et le polygone exécute les actes suggérés et qu'il se rappelle dans sa mémoire propre.

HyrNOTlSME ET SUGGESTION

FiG. 3. — Schéma général du centre psychique supérieur O et des centres psychiques inférieurs (automatiques supérieurs).

O ■ centre psychique supérieur de la personnalité consciente, de la volonté libre et du moi responsable ; écorce cérébrale du lobe préfrontal (?)

AVÏEMK : polygone des centres psychiques inférieurs ou de l'automatisme psychologique.

A: Centre auditif; écorce des circonvolutions temporales.

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