Paul Joire. Congrès de 1900, p. i
/iyS HYPNOTISME ET SUGGESTION
de Paul Joire et ne crois pas les faits assez scientifiquement établis encore pour être portes en justice comme moyens d'investigation.
IIÏ. — L'hypnotisme et la suggestion devant
LA morale et la RELIGION
A. — L'hypnotisme et la suggestion devant la morale.
I. Si on était tenté de trouver oiseuse la question visée dans le titre de ce paragraphe, je rappellerais la phrase célèbre du jurisconsulte bien connu, Desjardins, prononcée à l'Académie des sciences morales et politiques, au milieu des applaudissements unanimes, paraît-il : « l'hypnotisé n'a pas le droit de se laisser hypnotiser ; il n'a pas le droit d'asservir à la fois le corps et l'âme, de livrer à un maître impitoyable et tout-puissant l'individu tout entier ; il n'a pas le droit d'abdiquer son humanité^ ».
La question est donc posée et de telle manière que de la réponse faite dépendra la justification ou l'effondrement des livres semblables à celui-ci. Si l'hypnotisme est réellement immoral en lui-même et par essence, il faut déchirer toutes les pages qui précèdent ou les poursuivre et les condamner comme attentat aux bonnes mœurs ou provocation à des actes immoraux.
Je n'essaierai pas d'éviter la difficulté en qualifiant d'incompétent (Bernheim) le jugement de Desjardins.
1. Des.iahdin.s. Cit. lÎERisriEiM. Revue de Lliypnot., t. I. 1887. p. 182.
HYPNOTISME ET SUGGESTION DEVAIT LA MORALE l\'jg
.le crois (jiie les questions de morale sont de la compétence de tout le monde, spécialement des jurisconsultes et des philosophes.
Je ne répondrai pas non plus avec Liébeault^ en niant que l'hypnotiseur suhstitue sa volonté à celle de riiypnotisé.
Dans les vrais cas d'hypnose complète, l'hypnotiseur substitue bien réellement son centre 0, c'est-àdire sa volonté, au centre 0, c'est-à-dire à la volonté de l'hypnotisé. Il ne faut pas nier le fait ; mais il faut examiner si ce fait est nettement et en soi immoral et par suite défendu et accepter ainsi la question dans toute sa gravité.
Au point de vue de la moralité, il faut diviser les actes en trois catégories : i" les actes moraux dans toutes les circonstances, cjuels que soient leur but et leur résultat ; la charité faite à un malheureux est toujours morale, alors même que le but sera blâmable (ostentation, etc.); 2° les actes immoraux dans toutes les circonstances, quels que soient leur but et leur résultat; le viol est toujours immoral, quels que soient le mobile ou le but qui peuvent l'expliquer, jamais le justifier ; 3° les actes qui, n'étant pas immoraux nécessairement, ne le deviennent que si le but et le résultat sont immoraux.
I. LiÉBEAui.T. L'hypnotisme et la morale. Bévue de r/iypnot., t. X, 1896, p. i()i. — Cet arliclc est une réponse à cette question posée par le lîelèvement social, sous ce titre « un problème de morale » : « a-t-on le droit d'avoir recours à l'hypnotisme et de substituer sa volonté à celle du sujet pour le corriger d'un défaut ? »
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Je crois que Thypnotisme doit eire rangé dans cette troisième catégorie d'actes dont la moralité ou l'immoralité dépendent uniquement du but poursuivi et du résultat atteint ; il rentre dans les moyens que [sijin justifie.
Car, il me paraît indiscutable que F homme a moralement le droit d'aliéner momentanément sa liberté dans le but de mieux assurer le développement ultérieur de cette liberté ; il a le droit d'abdiquer momentanément sa personnalité dans le but de sauvegarder précisément le libre fonctionnement ultérieur de cette personnalité.
La maladie est évidemment une entrave au fonctionnement régulier de la liberté et de la personnalité du sujet ; sa vie morale ultérieure peut être entièrement bouleversée, déviée, empêchée par cette maladie. Si en abdiquant momentanément sa liberté et sa personnalité entre des mains sûres, il pense pouvoir libérer son entière vie ultérieure, il n'a pas seulement le droit, mais j'estime qu'il a le devoir de le faire.
On abdique volontairement sa liberté pendant un certain temps quand on fait son service militaire parce que ce sacrifice momentané est nécessaire pour qu'une armée sauvegarde votre liberté et celle de tous vos concitoyens. On abdique volontairement et absolument sa personnalité pour un temps quand on se fait anesthésier par le chloroforme ou l'éther pour subir une opération, parce que cette abdication momentanée est nécessaire pour la continuation de votre vie libre et personnelle.
En d'autres termes, il est moral d'accepter et de
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solliciter une diminution temporaire de la vie morale et personnelle, si c'est dans le but d'accroître, de rendre possible ou plus facile le fonctionnement ultérieur de cette même vie.
Il ne me paraît donc pas nécessaire d'insister : l'hypnotisme n'a rien d'immoral en soi si son but est moral ; donc l'hypnotisme médical et thérapeutique est moral.
2 . Mais la question doit se poser aussi pour l'hypnotisme expérimental.
Tout ce que nous avons dit dans chacun des chapitres de ce livre prouve que l'hypnotisme est un puissant moyen d'étude biologique de l'homme : c'est là le but de l'hypnotisme expérimental. Cet hypnotisme d'étude est-il permis et, si oui, dans quelles conditions est-il permis, notamment peut-on le permettre aux personnes étrangères à la médecine ? Ce n'est pas au point de vue légal, mais au seul point de vue moral que je pose et essaierai de résoudre la question.
« Est-il en conscience, disait Sarcey^ à Boirac (alors professeur de philosophie à Condorcet, aujourd'hui recteur à Dijon), est-il en conscience permis d'imposer (cette souffrance^) à un brave garçon, qui est déjà un névrosé, cela va de soi, et dont ces expériences répétées peuvent déséquilibrer encore davantage la machine, désagréger les forces,