Babinski. Arcli. de neiirol., janvier et mars
3. Voir mes leçons sur le grand et petit hypnotisme rec. et publiées par Rauzier dans la lie^'ue de l'hy/j/iot., mai et juin 1889 et Leçons de Clin, médic, t. 1, p. aC)'!.
5/| iiYP-NuiiSMi; i:t «lggkshon
^^ Il en est de même de l'élat de la sensibilité. Beau- I coup de sujets sont insensibles à toutes les excitations I et ne perçoivent ni contact, ni douleur, ni variations J de température, ni sensations d'attitude ou de mou- I vement ; d'autres conservent totalité ou partie de ces sensibilités ; nous décrirons chez certains de curieuses sensibilités électives ou des anesthésies systématisées...
Les sens exaltés chez un grand nombre peuvent
être partiellement diminués ou abohs chez d'autres.
Là encore il y a de curieux phénomènes d'électivité.
Donc, rien dans ce domaine ne peut être considéré
comme la caractéristique essentielle de l'hypnose.
Sjj^cle là, nous passons aux symptômes psychiques de rhypn^seTTTest facile de voir encore que nM^état de la mémoire, ni la profondeur du sommeil, ni l'état de la consciencë~në~'nous fourniront la caractéristique cherchée,
r (c BiiAiD considérait comme la caractéristique de l'hypnotisme la perte de la mémoire de façon qu'au réveil le patient n'ait aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil, mais qu'il se souvienne cependant lorsqu'il est plongé dans le même état. Et, de fait, l'oubli au réveil a été considéré par beau-
^,coup d'auteurs comme le signe fondamental de l'état hypnotique ^ )) Il n'en est rien. Car, s'il y a en eflét
ides hypnoses dont le sujet ne garde aucun souvenir,
I. Paul Magnin. Les rapports de l'hypnotisme avec Ihyiilcrie. Revue de ihypiiot., juillet 1901, p. 8.
l."n\l'\(>Si: (»t KlAT DE SLCGESUBILUÉ 55
il y a aussi des hypnoses que le sujet se rappelle plus ou moins complètement, des hypnoses dont on retrouve le souvenir dans le sommeil naturel...
De même, il y a des hypnoses d'intensité très diverse depuis la léthargie la plus profonde jusqu'à la fascination et à un sommeil si léger qu'on le confond avec l'état de veille. Et si la plupart des sujets n'ont pas conscience de leur hypnose, certains y assistent consciemment.
Il me paraît inutile de poursuivre cette étude éliminatrice des symptômes qui ne sont pas communs à tous les cas d'hypnose et qui par suite ne peuvent pas être donnés comme caractéristiques vrais de l'hypnose. r~ Toute déduction faite des faits contingents, on^ arrive à cette conclusion que le seul caractère constant, spécifique, de l'hypnose, c'est Vétat de suggestibilité: un sujet en hypnose est, par définition, un sujet à qui on peut faire des suggestions.
Ce principe a été établi nettement par l'Ecole de Nancy, Liebeault et Bernheim notamment : il me paraît devoir être considéré aujourd'hui comme indiscutable.
Le problème, posé en tête de ce chapitre, est ainsi reculé et la question se pose maintenant ainsi : qu'est-ce qu'une suggestion ? qu'est-ce que l'état de suggestibilité P ~ ' ' '
2. Synthétiquement, dans l'état de suggestibilité et dans la suggestion, il y a bien, comme dit Claretie,
captation d'un sujet par un autre. Mais la chose veut être psychologiquement analysée de plus près.
Si on prend, pour fixer les choses bien clairement, un cas typique, bien caractérisé, on distinguera, ce me semble, facilement la suggestion au sens scientifique du mot et la suggestion au sens vulgaire, lâche et compréhensif, qui comprend le conseil et la persuasion comme la suggestion vraie.
En somme, tout d'abord, la suggestion est un phénomène morbide ou extranormal et doit être distinguée de tous les processus psychiques normaux avec lesquels elle a de plus ou moins intimes analogies. -^
La règle est générale. Beaucoup de phénomènes morbides ont de plus ou moins grandes analogies avec des phénomènes physiologiques et cependant ils doivent être distingués les uns des autres. Ainsi Fhyperesthésie n'est que l'exagération de la sensibilité et la paralysie n'est que l'exagération de la faiblesse. Et cependant, l'hyperesthésie et la paralysie sont des phénomènes morbides, tandis que la sensibilité et la faiblesse ne sont ou peuvent n'être que des phénomènes physiologiques.
De même, la suggestion peut être très analogue à rinfluence que, dans la vie courante, certaines personnes exercent sur d'autres ; c'est néanmoins un phénomène extranormal. Ici, je suis tout à fait avec ■'^ Janet contre Berxheim.
Entre la distraction et l'anesthésie hystérique, il y a des analogies, mais il n'en reste pas moins, entre
l'hYPISOSE ou ÉlAT DE SUGGESTIBILIXÉ 67
les deux états, cette clitîérence capitale, que la distraction est un phéaomène physiologique, tandis que Fanesthésie hystérique est un phénomène pathologique. , .
De même, ici, je ne puis accepter la définition de Bernheim quand il dit que la suggestion est « l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui )) . Alors, l'enseignement, la lecture, la conversation, les spectacles... tout est suggestion. C'est une confusion de langage. Et, comme dit Jainet, « on voit décrire sous le même nom la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations provoquées chez une hystérique... Il n'est plus possible de distinguer la maladie mentale, qui est pourtant une triste réalité, de l'état psychologique normal ».
La distinction est si réelle que, même chez le sujet suggestible, tout n'est pas suggéré : on peut lui donner un conseil ou un ordre, qui n'est pas une suggestion.
Gomme conséquence pratique, la grande distinction classique reparaît : à l'état physiologique, nous avons la liberté et la responsabilité de nos actes ; rhypnotisé, le suggéré, n'a plus ni cette liberté, ni cette responsabilité. On voit jusqu'où on irait en forçant les analogies.
Donc, c'est là un premier point auquel je tiens, \ la suggestion est un phénomène pathologique ou \ tout au moins extraphysiologique. La meilleure des preuves en est que tout le monde n'est pas hypnotisable, ne peut pas être mis en état de suggestibilité.
Je dois insister un peu sur cette idée parce qu'elle est importante et que l'Ecole de Nancy l'a combattue avec beaucoup de talent.
Bernheim^ définit la suggestion: toute idée acceptée par le cerveau. « Que cette idée vienne par Foreille, exprimée par ime autre personne, par les yeux, formulée par écrit ou consécutive à une expression visuelle, qu'elle naisse en apparence spontanément, réveillée par une impression interne, ou développée par les circonstances du monde extérieur, quelle que soit l'origine de cette idée, elle constitue une suggestion... toute idée est une suggestion. La suggestion est dans tout... la suggestibilité est une propriété physiologique du cerveau humain... Qu'est-ce donc que Thypnotisme? Il m'arrive souvent de dire : il n'y a pas d'hypnotisme. On croit que je veux être paradoxal, que je lance une boutade humoristique. Et cependant, c'est le fond de mon opinion. Il n'y a pas d'hypnotisme... Pour beaucoup de médecins, le sommeil hypnotique constitue un état anormal, antiphysiologique, si ce n'est pathologique... Cette conception est erronée... Ce qu'on appelle hypnotisme n'est autre chose que la mise en activité d'une propriété normale du cerveau, la suggestibilité. Il n'y a pas d'hypnotisme ; il n'y a pas d'état spécial méritant ce nom... »
Et ailleurs, parlant toujours des phénomènes hypnotiques : « les phénomènes que nous étudions... ne
I. Voir toute l'œuvre de Bernheim. Les citations qui suivent sont extraites de son Rapport au Congrès de Moscou, 1897, et de son Discours d'ouverture de la V^ section du IX^^ Congrès international de psychologie, 1900.
l/ïltPl^OSE OU ÉT\T DE SUGGESTIHILITÉ Dt)
sont pas pathologiques... J'ai établj définitivement... que ce qu'on avait attribué au magnétisme, à Thypnotisme, au sommeil suggéré n'est autre chose qu'une ]:>ropriété normale du cerveau humain... Ja suggestihilllé, c'est-à-dire l'aptitude du cerveau à recevoir une idée et à la transformer en acte... Ainsi envisagée, la doctrine de la suggestion s'élargit singulièrement ; elle comprend Fliumanité tout entière ; car la suggestion, c'est l'idée d'où qu'elle vienne, avec toutes ses conséquences qui s'impose au cerveau et devient acte; c'est le déterminisme qui nous fait agir... Elle est dans les idées courantes dont on se pénètre, dans l'imitation, dans les instincts qui imposent les opinions préconçues, dans l'éducation philosophique, religieuse, politique, sociale, dans la lecture, dans les excitations de la presse, dans la réclame.. . La suggestion, c'est la dynamogénie et l'inhibition psychique. La suggestion, c'est l'action, c'est la lutte ; c'est la vie; c'est Fhomme et l'humanité tout entière... »
La suggestion, c'est tout; et par suite ce n'est plus rien. J'ai tenu à citer textuellement et longuement Bernheim pour bien montrer l'énergie et l'étendue de sa pensée.
Du reste, il a été suivi dans cette voie par d'autres excellents esprits.
Ainsi Crocq ^ déclare que la définition de la suggestion (citée plus haut) de Bernheim est « la meilleure qui ait été donnée jusqu'à présent » et il ajoute : « elle montre claijrement l'étendue presque infinie