‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 23 sur 218 · I. CnocQ. L'hyp/tol. sclentif., p. 2o · texte numérisé non relu

I. CnocQ. L'hyp/tol. sclentif., p. 2o

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du domaine de la suggestion ; il y a suggestion cha- " que fois qu'une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui, que cette idée soit émise par un être humain ou qu'elle résulte d'une impression exté^ rieure quelconque. L'enfant qui obéit à ses parents, l'élève qui récite sa leçon, l'ami qui suit un conseil, se laissent suggérer.. . Ainsi comprise, la suggestion fait partie de notre vie journalière, c'est elle qui donne lieu à la plupart de nos actes et de nos sensations ».

« On nous affirme énergiquement, dit ^^l^DT', que tous les faits psychiques, depuis la simple perception jusqu'aux plus nobles créations artistiques et sociales, ne sont autre chose que des suggestions. »

• (( Jusqu'à présent, dit Félix Régna llt ", on a englobé : l'imitation, la suggestion, la persuasion, la conviction et la démonstration sous le terme général de suggestion. On peut continuer ainsi, à la condition qu'on semble distinguer à l'ocîcasion ces diverses variétés. »

Pour ma part, je crois qu'il vaut mieux ne pas continuer dans cette voie qui conduit à la confusion. Gomme le dit très bien Babinski '\ si on ne donnait pas au mot suggestion un sens spécial, « il serait synonyme de persuasion » ; il serait même plus com-

1. WuNDT. ffypnot. et suggest., trad. Keller. Bihlioth. de philos, contemp., 1898, p. 53.

2. Félix Regnault. La définition d« la suggestion. Revue de riiypnot.j m:irs 1902, p. 278.

3. Babinski. Définition de l'tiyst. Soc. de neiirol. de Paris. 7 nov. 190T. Bévue de l'hypnoi., janvier 1902, p. 195.

LlnPNOSE ou ÉTAT DE SUGGESTIBILITÉ Gl

préhensif que la persuasion, il comprendrait toutes les influences s'exerçant sur notre cerveau : autant vaut supprimer le mol.

Certes, quand on a étudié un phénomène comme l'ont fait LiEBEALLT et Ber^heim pour la suggestion on a bien le droit de définir comme on l'entend le mot qui exprime ce phénomène. Il semble donc bien outrecuidant de ne pas accepter, telle quelle, la définition de la suggestion, proposée par Liebeault et par Bernheim, les créateurs mêmes de l'idée moderne et scientifique de la suggestion.

Nous sommes cependant obligés de le faire et de réfuter la définition de Bernheim en nous appuyant sur ses travaux mêmes.

Car nul n'a mieux établi que Bernheim que la suggestion est quelque chose à part, un phénomène scientifiquement défini et qui doit être soigneusement distingué de ce qui n'est pas lui. Avant Bernheim, on eût pu confondre dans le même bloc mal analysé la suggestion, la persuasion, l'influence. Depuis Bernheim, ce n'est plus permis. Ce sont les magnifiques travaux mêmes de Bernheim qui empêchent d'accepter sa définition de la suggestion.

Le grand argument de l'École de Nancy est l'énumération et l'étude des termes de transition qui permettent d'une manière insensible de passer du conseil le moins autoritaire à l'ordre hypnotique le plus absolu.

Mais il faut beaucoup se méfier de ce mode de raisonnement qui ferait confondre en définitive des choses fort disparates et qui, d'une manière générale, arriverait à supprimer la démarcation entre le physiologique et le pathologique.

Grasset. (2^ éd.) ^

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Du rêve à l'hallucination et au délire on peut trouver tous les termes de transition insensibles et cependant n'est-il pas indispensable de laisser à ces mots rêve, hallucination, délire, leur sens spécial, propre ?

DupRAT ^ montre les analogies de Thallucination et de la distraction et il cite Tomlinson qui est (( allé jusqu'à prétendre que les hallucinations et les illusions ne sont pas un phénomène anormal en soi ».

Voilà en effet où on en arrive logiquement alors : les phénomènes les plus nettement pathologiques apparaissent comme n'ayant plus rien d' « anormal en soi». Entre l'homme raisonnable, conscient et responsable et le fou, il n'y a plus de ligne de démarcation nette : le délire irresponsable n'a plus rien d' (( anormal en soi ». La responsabilité n'existe plus; les prisons devront être remplacées par des asiles. Et entre ces asiles et les maisons libres, il n'y aura pas de murailles, puisqu'entre les habitants des uns et des autres, il n'y a plus de ligne de démarcation.

Je force l'idée pour accentuer mes objections et il est bien évident que Bernheoi n'a jamais soutenu ces idées jusque-là^; mais elles me paraissent logiquement déduites du raisonnement qu'il fait pour établir le caractère physiologique de la suggestion.

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