DuPRAT. Loco cit., p, iio
2. Ber>'heim considère en effet comme dérivant dune « conception erronée ;> de sa doctrine l'objection qui consiste à lui dire : « avec vos idées tout est suggestion, déterminisme, libre arbitre douteux, responsabilité morale douteuse... C'est l'inertie musulmane érigée en dogme... »
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Au fond, la divergence porte plus sur les mots que sur les idées.
Depuis Claude Bernard et avant lui, on admet que les phénomènes pathologiques sont, de même nature que les phénomènes physiologiques : la maladie ne crée pas des phénomènes d'une espèce nouvelle ; les symptômes ne sont que les fonctions ordinaires, déviées, modifiées, altérées ou abolies. Personne ne songe à s'élever contre cette idée.
Donc, l'hallucination et le délire sont de même nature que le rêve, ont de grandes analogies avec le rêve. De même la suggestion et la persuasion et tous les autres modes d'influence ont de grandes analogies, sont de même nature, ne sont pas des phénomènes d'espèce et d'essence différentes. Mais ce n'en sont pas moins des phénomènes distincts, qui ont des caractères différents et qui doivent être étudiés séparément.
W DNDT est très nettement de cet avis et combat la définition trop compréhensive de Ber>heim.
De même, Di prat admet que « les faits pathologiques appartiennent à une synthèse d'un autre genre, évoluant d'une autre façon » que les faits physiologiques.
En fait et quoi qu'on en ait dit (nous reviendrons sur ce point dans le chapitre suivant) tout le monde n'est pas hypnotisable, tout le monde ne peut pas être mis en état de suggestibilité ; donc, l'hypnose et la suggestion ne sont pas des phénomènes physiologiques.
64 HTP?fOTISME ET SI GGESTIO
Je ne crains pas, sur ce point, de conserver ce que Crocq appelle (p. 218) les « vieilles théories de la Salpêtrière ».
Je conclurai donc ce paragraphe (un peu long, mais capital) en disant que l'hypnose est un état particulier, extraphysiologique \ qui ne s'observe pas chez tout le monde ; le mot hypnose et le mot suggestion doivent donc garder un sens scientifique précis qui empêche de les confondre avec d'autres phénomènes.
Ce sont ces caractères spéciaux et distinctifs qu'il nous faut maintenant tâcher d'analyser et de préciser.
3. Qu'est-ce qui caractérise cette influence spéciale de l'hypnotiseur sur l'hypnotisé qu'on appelle suggestion et qu'est-ce qui la distingue des autres influences comme la persuasion, le conseil. Tordre, la conversation, l'exemple , la discussion, la démonstration?... K\
Dans tous ces cas, -j'admets que Xe sujet obéit à l'injonction, suit l'impulsion, parfois même très rapidement. Mais clans tous les cas qui ne sont pas la suggestion, le sujet accepte l'injonction, il consent à obéir ; il réfléchit ou non, raisonne plus ou moins longtemps ; mais enfin il intervient, apprécie et juge. Sa spontanéité est plus ou moins influencée par
I. Je citerai un peu plus loin (p. 78) une opinion de Beknheim sur la suggestion, qui prouve, à ma grande satisfaction, que nos manières de voir ne sont pas aussi opposées l'une à l'autre qu'elles le paraissent au premier abord.
t/hypnose ou état de suggestibilité 65
l'influence extérieure ; mais elle existe toujours à un j degré quelconque.
Dans la suggestion, au contraire, il n'en est plus | de même : le sujet obéit sans critiquer, sans réfléchir, \ sans raisonner, sans juger; il n'a ni à accepter ni à j consentir : il agit comme on le lui suggère.
La difî'érence n'est pas minime.
En appliquant à l'analyse de la question notre schéma de l'automatisme supérieur (voir plus haut, p. 8) on voit que deux éléments sont nécessaires^ pour constituer l'état de suggestibilité.
C'est d'abord la désagrégation mentale ou la dissociation suspolygonalc, prouvée par ce fait que le centre 0 du sujet n'a plus d'action sur son polygone, les communications centrifuges étant interrompues entre 0 et le polygone. C'est la pensée que Charcot^ a exprimée en disant : a l'idée ou le groupe d'idées suggérées se trouvent, dans leur isolement, à l'abri du contrôle de cette grande collection d'idées personnelles, depuis longtemps accumulées et organisées, qui constituent la conscience proprement dite, le moi », c'est-à-dire 0.
Mais ce n'est pas tout. Dans bien d'autres états il y a ainsi désagrégation suspolygonalc et il peut ne pas y avoir d'état suggestible : ainsi chez beaucoup de cataleptiques et chez certains somnambules la suggestion est impossible et ces sujets ont bien cependant leur polygone soustrait à l'action de leur 0.