I. Gharcot. Cit. Pierre Janet, Accid. mentaux, p
Il faut donc un second élément constitutif de l'état de suggestibilité.
Ce second élément nécessaire est Vétat de malléabilité du polygone ; c'est l'obéissance immédiate du polygone au centre 0 du magnétiseur.
(( Chez certains sujets, disait Charcot, il est possible de faire naître par voie de suggestion, d'intimation, un groupe cohérent d'idées associées qui s'installent dans l'esprit à la manière d'un parasite, restent isolées de tout le reste et peuvent se traduire h l'extérieur par des phénomènes moteurs correspondants. » Janet conserve cette métaphore saisissante : a les suggestions, avec leur développement automatique et indépendant, sont de véritables parasites de la pensée ».
Le centre 0 du magnétiseur donne des ordres moteurs et le polygone magnétisé exécute ces ordres * ; des ordres de sensations et le polygone éprouve ces sensations, les utilise pour ses actes et dans certains cas les transmet à son propre 0 ; des ordres de mémoire polygonale (enregistrement d'images ou d'idées dans le polygone) et le polygone obéit.
I. C'est la doctrine de Myf.ks : « Tantôt le moi subliminal [polygone] se décide de lui-même [vie automatique] ; tantôt il obéit à un étranger [suggestion] ; tantôt à son compagnon, le moi supraliminal » [centre 0] (Marcel ^Faxcin. Le mécanisme de la suggestion d'après les travaux de F. Myers. de Cambridge. Revue de l'hyptiotisme, 1902, n*^ 10, p 298). Seulement, pour des motifs que j'exposerai au chapitre des changements de personnalités, je n'emploie pas ce mot « Moi » pour le polygone, le réservant pour 0.
i/hyp^()Si-: ou état ue slggestjbhtté 67
Nous verrons que, dans l'hypnose, 0 de Fhypnotiseur prend possession du polygone du sujet, même dans des parties normalement soustraites à O du sujet (Myers).
L'hypnotisé est, à ce point de vue, comme l'hystérique qui, « subconscient et anesthésique, peut faire contracter volontairement ses muscles lisses, non soumis normalement à Faction de la volonté^ )>. Seulement chez Thypnotisé c'est 0 de Fhypnotiseur qui acquiert cette puissance sur l'entier polygone, même dans ses parties normalement « réservées )).
Preuve nouvelle que Tétat de suggestibilité et de suggestion n'est pas un état normal.
Le polygone garde d'ailleurs son activité propre habituelle, exagérée même, dans certains cas, par sa séparation de son propre 0 ; et ainsi il est capable non seulement d'actes, de mémoire ; mais aussi d'associations psychiques, même compliquées. Seulement ce psychisme reste inférieur en ce sens qu'il ne correspond pas aux grandes conceptions synthétiques supérieures de 0 ; il reste polygonal.
Les communications suspolygonales centrifuges sont seules nécessairement supprimées dans Tétat de suggestibilité : le centre 0 n'a plus aucune influence active, directe, sur son polygone. Mais les communications suspolygonales centripètes peuvent être conservées : de là, les variétés d'hypnose dans
I. P.w i.Soi.nEii. Genèse et naf are de l hystérie, 1897, p ^-4
lesquelles le sujet a conscience de ses impressions et de ses actes polygonaux ; 0 assiste à l'activité polygonale qu'il ne dirige plus et qui est dirigée par 0 de l'hypnotiseur.
Voilà, je ne dis pas l'explication (le fond de tout cela reste très obscur), mais la conception psychologique la plus simple de l'état de suggestibilité : C'est un polygone émancipé de son centre 0 gui obéit au centre 0 de l'hypnotiseur.
On voit immédiatement la ditïérence de la suggestion ainsi comprise et des autres modes d'influence énumérés plus haut : dans l'imitation, la persuasion, la démonstration..., 0 du sujet n'est pas annihilé ; c'est lui qui est influencé par 0 de l'interlocuteur : c'est une conversation de O à 0, tandis que la suggestion est un ordre donné par 0 de riiypnotiseur au polygone de l'hypnotisé.
Et même quand, sans hypnose, on donne un ordre à un sujet et que ce sujet l'exécute, ce ne sera pas de la suggestion, au sens vrai et scientifique du mot, parce que c'est 0 du sujet qui reçoit Tordre et qui l'exécute.
Il ne faut donc pas dire que la suggestion est un ordre accepté par le sujet. Au contraire, quand il y a acceptation, ce n'est plus ime suggestion. Il n'y a suggestion que quand il y a obéissance sans acceptation ni consentement de 0 du sujet.
Je crois exprimer synthétiquement de cette manière l'opinion du plus grand nombre sur la nature psychique de la suggestion. Gependajit ce n'est pas
l'fHPNOSE ou état de SUGGESTIBILITÉ 69
la manière de voir de tout le monde et il est bon de rapprocher cette conception de la suggestion de quelques autres qui ont été émises récemment et qui s'en écartent plus ou moins, en général plus en apparence qu'en réalité.
^. Baboski^ cite d'abord et réfute la définition de LiTTRÉ qui veut faire de la suggestion une a insinuation mauvaise » et ensuite il propose d'en faire une insinuation déraisonnable : « le mot suggestion doit impliquer que l'idée qu'on cherche à insinuer est déraisonnable » ; si on ne donnait pas au mot suggestion ce sens spécial, il serait synonyme de persuasion.
Je ne partage pas cette manière de voir de l'éminent neurologiste de la Pitié : on peut très bien persuader quelque chose de déraisonnable et on peut suggérer des choses parfaitement sensées.
La diflérence c'est que, dans la persuasion, 0 du sujet intervient, accepte la chose, même quand elle est déraisonnable ; tandis que, dans la suggestion, 0 du sujet n'intervient pas du tout, il ne juge pas et son polygone agit, que la chose soit déraisonnable ou sensée, directement et uniquement influencé par 0 de l'hypnotiseur.
Pour DupRAT% « recevoir une suggestion, c'est croire fermement à la valeur objective de la parole d'autrui, malgré les apparences contraires ».