Crocq. Loco cit., p
2. Pas exclusivement. Nous verrons qu'il peut y avoir aussi certaines résistances polygonales.
l'hypnose ou état de suggestibilité 75
lysé, plus cette résistance est aflaiblie. D'autre part, il semble logique d'admettre que l'impressionnabilité aux suggestions est avant tout une fonction des centres inférieurs, dont le centre psychique supérieur est chargé de modérer l'action... Tout tend approuver que l'hypnose dépend d'une dissociation fonctionnelle des centres nerveux \ »
Les objections les plus graves contre la conception de la suggestion, telle que je l'ai adoptée, paraissent avoir été formulées par Wundt^
L'éminent psychophysiologiste expose la théorie de « la double conscience » qui, dit-il, « a été appliquée d'abord par H. Taine aux états hypnotiques et approfondie plus tard par Pierre Janet, Max Dessoir et d'autres... A. Moll, de son côté, l'a suivie jusqu'à un certain point, dans son travail estimé sur l'hypnotisme... L'hypnose ne serait que la reproduction expérimentale de cette double conscience normalement propre à l'âme humaine... ».
D'abord, dit-il, cette théorie « est un exemple frappant de cette manière trompeuse d'expliquer les phénomènes, qui consiste à introduire un mot nouveau pour interpréter les choses et à considérer ensuite ces choses comme expliquées... Sans répondre, la théorie répond à tout, parce qu'elle ne consiste qu'à habiller les phénomènes de mots nouveaux... »
1. Voir Crocq. Les suggestibilités. Bévue de psychoL, jainjuillet 1898.
2. WuNDT. Hypnot. et suggestion, trad. Keller. Bihlioth. de philos, contemp., 1898, p. 54 à 59.
76 llYPNOTlSMIo ET SUGGESTION
Le reproche est injuste. La théorie des deux étages des centres psychiques n'a pas la prétention d'exphqiier le fond même des choses. Mais elle rapproche dans un même exposé un grand nombre de phénomènes importants. Elle diminue donc le nombre des problèmes obscurs et par là même elle constitue un progrès.
On m'a rudement reproché^ de citer ^ « avec admiration » cette phrase de Barthez : « expliquer un phénomène se réduit toujours à faire voir que les faits qu'il présente se suivent dans un ordre analogue à Tordre de succession d'autres faits qui sont plus familiers et qui, dès lors, semblent être plus connus.))
Je persiste à croire que c'est là un procédé courant et utile en science positive : rapprocher entre eux divers phénomènes jusque-là séparés et n'avoir plus qu'une explication à chercher au lieu de sept à huit.
Donc, sans donner l'explication définitive et complète, la théorie des doubles centres psychiques est utile, ce n'est pas une simple explication verbale, puisqu'elle s'applique au sommeil, à la distraction, à l'hystérie, à certaines lésions organiques comme à l'hypnotisme et qu'elle rapproche ainsi, dans un même chapitre, une série de questions, jusque-là éparses.
Encore moins justifiée me paraît l'accusation portée ensuite par Wundt que dans cette théorie on explique les choses « par un concept mystique inventé à cet
1. Le Dantec. Immatériel et inconnaissable. Revue blanche, mars 1902.
2. Les Limites de la Biologie. Biblioth. de philos, contemp., 2^ édit. , 1908.
L'mPNOSE ou ÉTAT DE SUGGESTIBILTTE 77
effet. Car il est à peine besoin de dire que cette conception est mystique au même titre que ses congénères occultistes, la seconde vue et la lumière surnaturelle... ». Je crois, au contraire, que non seulement il est nécessaire de le dire, mais qu'il serait même utile de le prouver.
« La superstition populaire, continue Wundt, des temps passés expliqua de même par les démons l'épilepsie, les maladies mentales et, à l'occasion, le rêve... )) La théorie de la double conscience admet un (( second moi )> qui se révèle « sous la forme d'un mauvais démon ».
J'avoue que je ne comprends pas comment il y a du mysticisme à séparer les centres psychiques supérieurs et les centres psychiques inférieurs, comment la conception du polygone distinct de 0 nous ramène aux démons et à l'occultisme.
Il y a là certainement un malentendu de mots ; car, un peu plus loin, Wundt^ développe à son tour une théorie de la suggestion qui n'est pas tellement contradictoire à celle de la suggestion suspolygonale.
Dans l'hypnose, dit-il, il y a « arrêt de la volonté » et « arrêt de Taperception », ou du moins « compression de la vivacité normale de ces fonctions » : le libre arbitre et l'attention active ou libre. « Il me semble, ajoute-t-il, que ce qui nous fournirait l'explication la plus approchante, ce serait encore l'arrêt par innervation de cette région centrale qu'il nous est permis, à titre d'hypothèse, de considérer comme