Voir, pour ce paragraphe: Pitres, lucu cit., p
ÉTIOLOGTE DE L ÉTAT DE SUGGESTTBTLTTÉ QC)
La chose a été déjà réussie en 1820 par le général Noizet. L'épreuve « consiste à s'approcher pendant la nuit d'une personne cpiel'on suppose profondément endormie et à lui appliquer légèrement le doigt sur le front ou mieux encore sur le creux de l'estomac. Après être resté ainsi pendant quelques minutes, on interroge cette personne, et souvent il arrive qu'elle répond sans se réveiller et qu'elle présente alors les caractères du somnambulisme ».
0. Berger (1880) et Gschleiden ont réussi la même transformation, par exemple « en tenant (leurs) mains chaudes à peu de distance de la tête de personnes profondément endormies ou en faisant sur elles des applications unipolaires de courants continus ».
Pitres cite Liébeault et Bernheim, Delbeuf (1888) et Rifat (1888) comme ayant vérifié le fait à maintes reprises.
\oici comment Farez opère pour obtenir ainsi la suggestion dans le sommeil naturel : « Une demiheure ou une heure après que le malade s'est tout à fait endormi, M. Farez s'approche de son oreille et articule les syllabes : dor-mez, dor-mez, suivant un système lent et monotone, d'une voix qui, d'abord très basse et même presque imperceptible, s'élève peu à peu, suivant des degrés insensibles. L'auteur s'applique à rendre ces deux syllabes synchrones aux mouvements respiratoires du sujet ; chaque dor est énoncé pendant l'inspiration, chaque mez pendant l'expiration. Si, au bout d'un certain temps, il modifie le rythme de ses paroles, le rythme respiratoire du malade est modifié de même, accéléré ou retardé
BIBUOTHECA
DE
o?Vin-.ni noie
lOO HYPNOTISME ET SUGGESTION
suivant que son rythme vocal est lui-même accéléré ou retardée »
A ce moment, l'état de suggestibilité est créé ; on a transformé le sommeil en hypnose et on peut faire des suggestions suivant les procédés ordinaires.
Au lieu d'appeler cela « suggestion dans le sommeil naturel )), il vaudrait mieux dire : « transformation du sommeil naturel en hypnose. »
Dans le même ordre d'idées, on a également transformé en hypnose le sommeil chloroformique ou par les hypnotiques (Rifat^, Abdon Sanciiez Herrero').
Tous ces faits, qui ne sont d'ailleurs pas à recommander (au point de vue moral) en dehors des aliénés, prouvent bien que le sujet n'a pas besoin de consentir, ni même d'être prévenu, pour être hypnotisé.
On a cité d'autres exemples de sujets ayant été ainsi hypnotisés, sans avoir été prévenus de ce que l'on allait tenter : Heideniiain notamment en a publié.
De même, Beaunis « est parvenu à hypnotiser des
I. Grocq Loco cit., p. 5/i4. Voir sur ce sujet : Farez. Sommeil naturel et suggestion, //<= Congrès internat, de i'hypnot., igoo, p. 2o3 et : De la suggestion pendant le sommeil naturel dans le traitement des maladies mentales. Revue de l'hypnot., t. XII, 1898, p. 257, 392 et 824 et t. XVI, 1902, p. 38. Voir aussi Ma.nfroni, de Turin, ibid., t. XVI, 1902, p. i56.
3. RiFAT, de Salonique, Revue de l'hypnot., t. II, 1888, p. 297.
3. Abdon Sanghez Herrero, de Valladolid, ibidem, t. IV, 1890, p. 193.
^HîOu^i^e
ÉTTOLOGIE DE l'ÉTAT DE SLGGESTTBILITÉ (lOT )
personnes en faisant des passes, à leur insu, par der-^ rière ». L'expérience n'est pas concluante, parce qu'il faut bien que la suggestion arrive par une voie quelconque au sujet.
En somme, je ne crois pas qu'on puisse dire avec Vires : « il faut, et il est indispensable, que le désir, la volonté de s'endormir, l'idée, l'image du sommeil, existe chez le patient. » '
Je crois, au contraire, que le désir et la volonté [ de s'endormir sont toujours utiles, le plus souvent ' nécessaires, mais pas indispensables pour qu'on puisse déterminer l'hypnose.
Est-ce à dire qu'on puisse hypnotiser un sujet qui ne veut pas, qui résiste, qui s'y oppose ? Peut-on endormir quelqu'un contre son gré ?
Ceci est une autre question, grave, que nous retrouverons au chapitre de la médecine légale et qui est très discutée.
Bernheim dit nettement : nul ne peut être hypnotisé, contre son gré, s'il résiste à l'injonction.
Ce principe est très généralement vrai ; mais peutêtre ne l'est-il pas d'une manière absolue. .
Certains sujets très facilement hypnotisables et surtout certains sujets entraînas, déjà endormis (Beau- Nis) peuvent être endormis malgré eux.
Dans ces cas, le premier résultat des pratiques de l'hypnotiseur est de détruire et de supprimer cette résistance même du sujet, de sorte que, quand il s'endort, malgré ses velléités antérieures de résistance, en fait il consent.
T05 ITYPXOTTSME ET SUGGESTION
5. Nous devons aborder maintenant rélude des moyens que l'on peut employer pour mettre un sujet en état d'hypnose ou de suggestibilité.
A la fin du xviii° siècle, Mesmer qui symbolise les opérateurs de cette époque se sert de l'attouchement et du regard ^ .
(( Le magnétiseur... s'assied en face du sujet, les genoux touchant les genoux, les yeux attachés aux yeux. » On place les mains immobiles sur une partie du corps (épigastre, hypocondres, ombilic.) ou on décrit des demi-cercles avec les doigts. On fait des passes.
On peut se servir de conducteurs magnétiques. « C'était d'ordinaire une baguette de fer ou de verre; mais tout antre objet portatif, susceptible de concentrer le fluide émané de l'opérateur, pouvait rendre le même office. Parfois même on magnétisait de gros objets, tels que des arbres, dont le contact ou la simple approche déterminait des effets semblables à ceux de l'attouchement. Mesmer lui-même avait magnétisé, sur le boulevard Saint-Martin, un arbre laissé à la disposition des malades pauvres.
(( Ajoutez qu'un piano fort ou un harmonica, chargé de fluide par la baguette et directement magnétisé par la main du virtuose, transmettait ce fluide aux malades, par l'intermédiaire du son. »
Plus tard, Mesmer ne pouvant plus, même avec son valet-toucheur, suffire au nombre des demandes, imagine le baquet.
I. Voir Dechambre. Article Mesmerisme. Dict. encycinp. des se. médicales, 1878, 2^ série, t. VII, p. 149.
T^TTOroriTE DE t/ÉTAT DE ST GCrRSTTBTLTTÉ T03
« Dans une grande salle close de toutes parts, qu'éclaire faiblement une lumière tamisée par d'épais rideaux, et où les assistants sont tenus au silence, se trouve une caisse circulaire de bois de chêne, munie d'un couvercle percé de trous, et ayant six pieds de diamètre et un pied et demi de hauteur. » Dans ce baquet, il y avait des bouteilles : « un premier lit de bouteilles était rangé les goulots au centre et le fond à la circonférence, et un second lit dans un ordre opposé, le fond au centre. Ces bouteilles, recouvertes d'eau et en contenant elles-mêmes, reposaient sur un mélange de verre pilé et de limaille de fer. Par les trous du couvercle sortaient des tiges de fer dont l'extrémité intérieure plongeait dans le liquide et dont l'autre, coudée, mobile et terminée en pointe, s'appliquait au corps des malades », qui étaient assis (sur plusieurs rangs) autour de la cuve et reliés entre eux par une corde partant du baquet.
« On touche (médiatement) chacune des bouteilles qui entrent dans le réservoir magnétique » ; on les charge ; on charge de même l'eau qui recouvre les bouteilles.
De plus, il faut que le magnétiseur entre dans la chaîne, soit en touchant la corde, soit en touchant les malades ou en dirigeant sur eux ses doigts, sa baguette, ses regards...
Quoique ces divers procédés soient tous inspirés par la théorie du fluide, on retrouve bien là les procédés qui ont survécu, avec la fixation du regard et la suggestion.
PuYsÉGUR emploie les mêmes moyens,, notamment avec l'arbre magnétisé. « On fait choix d'un orme
situé sur la place du village, près d'une fontaine, dont l'eau est aussi magnétisée ; une corde est attachée à l'arbre et passe autour du corps des malades, rangés sur des bancs de pierre et se tenant par le pouce... Qu'est-ce que je vois là ? dit le sujet en regardant l'arbre. Puis sa tête s'incline et le somnambulisme est complet. »
Avec Faria, nous voyons naître deux idées nouvelles pour la production de l'hypnose.
D'abord, pour lui, « la cause quelconque du somnambulisme réside dans le sujet même et non dans le magnétiseur, contre la volonté duquel ce sommeil peut se produire ». C'est la suppression du fluide émané du magnétiseur.
En second lieu, « c'est lui aussi qui a introduit l'usage d'endormir les gens à la simple parole et d'un seul mot, sans passes ni geste aucun. Dormez ! disait-il d'une voix forte et d'un ton impératif. Et le sujet, après une légère secousse, un peu de chaleur générale et de transpiration, tombait dans l'état que l'abbé désignait par un mot qui est resté : le sommeil lucide ».
Le procédé pour produire l'hypnose est également resté : c'est l'élément suggestif s'exerçant seul sans fixation d'objets et sans impression visuelle ou sensorielle autre. « Nous ne faisons pas davantage ni mieux '. »
L'élément sensoriel (fixation du regard) reparaît