‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 38 sur 218 · EÏIOLOGIE DE L ETAT DE SUGGEST1151L1TE IO · texte numérisé non relu

EÏIOLOGIE DE L ETAT DE SUGGEST1151L1TE IO

il saisit aussi Félément psychique, Félément suggestion qui reçoit enfin son complet développement dans les travaux de Liébeault et de Bernheim^

Bernueim pose, d'emblée, sa doctrine de la suggestion comme seul moyen de provoquer Fhypnose.

« C'est la suggestion qui domine la plupart des manifestations de l'hypnose.. . C'est l'idée conçue par l'opérateur qui, saisie par l'hypnotisé et acceptée par son cerveau, réalise le phénomène, à la faveur d'une suggestibilité exaltée produite par la concentration d'esprit spéciale de l'état hypnotique. La suggestion est la clef du braidisme. »

Voici comment Bernheim procède pour obtenir l'état hypnotique"^.

(( Je commence par dire au malade que je crois devoir avec utilité le soumettre à la thérapeutique suggestive, qu'il est possible de le guérir ou de le soulager par l'hypnotisme ; qu'il ne s'agit d'aucune pratique nuisible ou extraordinaire ; que c'est un simple sommeil ou engourdissement qu'on peut provoquer chez tout le monde, que cet état calme, bienfaisant,

I. LiÉBEAULT, docteur en médecine à Nancy, à qui Ber- ^'HEIM déclare devoir « la connaissance de la méthode » qu'il « emploie pour provoquer le sommeil » a publié ses premières recherches en 1866 sous ce titre : « Du sommeil et des états analogues considérés surtout au point de vue de l'action du moral sur le physique. » — Les recherches de Berisheim, commencées vers 1881, ont d'abord paru dans un premier livre en 188/4.

3. Berisheim. De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique, o^ édit., iSiji, p. 1.

loS HYPNOTISME ET SUGGESTION

rétablit l'équilibre du système nerveux, etc. ; au besoin, j'hypnotise devant lui un ou deux sujets pour lui montrer que cet état n'a rien de pénible, ne s'accompagne d'aucune expérience;... il est confiant, il se livre. Alors je lui dis : regardez-moi bien et ne songez qu'à dormir. Vous allez sentir une lourdeur dans les paupières, une fatigue dans vos yeux : ils clignotent, ils vont se mouiller ; la vue devient confuse ; ils se ferment. Quelques sujets ferment les yeux et dorment immédiatement.

« Chez d'autres, je répète, j'accentue davantage, j'ajoute le geste ; peu importe la nature du geste ; je place deux doigts de la main droite devant les yeux de la personne et je l'invite à les fixer ; ou bien avec les deux mains je passe plusieurs fois de haut en bas devant ses yeux ; ou bien encore je l'engage à fixer les miens et je tâche en même temps de concentrer toute son attention sur l'idée du sommeil.

« Je dis : vos paupières se ferment, vous ne pouvez plus les ouvrir ; vous éprouvez une lourdeur dans les bras, dans les jambes ; vous ne sentez plus rien ; le sommeil vient; et j'ajoute d'un ton un peu impérieux : dormez. Souvent ce mot emporte la balance ; les yeux se ferment ; le malade dort ou du moins est influencé. . .

(( Si le sujet ne ferme pas les yeux ou ne les garde pas fermés, je ne fais pas longtemps prolonger la fixation de ses regards sur les miens ou sur mes doigts..., l'occlusion des yeux réussit alors mieux. Au bout d'une ou deux minutes de fixation, je maintiens les paupières closes, ou bien je les étends lentement et doucement sur les globes oculaires, les fermant de

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plus en plus, progressivement, imitant ce qui se produit quand le sommeil vient naturellement ; je finis par les maintenir closes, tout en continuant la suggestion : vos paupières sont collées, vous ne pouvez plus les ouvrir '; le besoin de dormir devient de plus en plus profond ; vous ne pouvez plus résister. Je baisse graduellement la voix, je répète l'injonction : dormez ; il est rare que plus de trois minutes se passent, sans que le sommeil ou un degré quelconque d'influence hypnotique soit obtenu. C'est le sommeil par suggestion, c'est l'image du sommeil que je suggère, que j'insinue dans le cerveau. )>

Telle est la technique habituelle aujourd'hui pour provoquer l'hypnose, au moins chez des sujets neufs, dont on ne connaît pas encore la malléabilité polygonale et la facilité de désagrégation suspolygonale.

En fait (nous parlerons de la théorie un peu plus loin), en fait, tous ces procédés d'hypnotisation se ramènent à deux éléments : un élément sensoriel et un élément suggestif.

U élément suggestif est très largement et suflisamment décrit dans le long passage de Bernheim que je viens de citer.

L^élément sensoriel c'est la fixation du regard du sujet sur un objet brillant^, sur les yeux de Topéra-

I. Pickmann (( se place à la gauche du patient, de façon à élever (ie\ant ses yeuv la nnain franche munie d'une bague surmontée dun chiiton La ba-^-ue retiuniée, lo chaton dans la main et la paume de la main légèrement au-lessus de l'axe vi-. suel, à i5 ou 25 centimètres, Pickmann ordonne de fixer le Grasset. (2*^ éd.) 7

IIO HYPNOTISME ET SUGGESTIOX

leur, etc., ou bien c'est le miroir à alouettes de LuYS \ C'est la compression des globes oculaires qui produit des pbosphènes. C'est la fixation d'une raie à la craie pour les poules. C'est encore l'excitation brusque (Charcot) par la lumière solaire ou la lumière artificielle...

Voilà pour la vue.

Cet élément sensoriel peut venir de l'ouïe. On peut endormir en faisant asseoir le sujet sur la boîte do renforcement du diapason. Les Allemands ont hypnotisé avec le simple tic-tac d'une montre (le sujet ayant les yeux fermés). Chez les sujets plus exercés, un bruit quelconque (la musique militaire, les aboiements d'un chien, un concert) peut entraîner le sommeil. Paul Richer a représenté dans son livre un certain nombre de malades, brusquement cataleptisées à la Salpêtrière par un coup donné sur un gong. Un coup de sifflet, la vibration du diapason... peuvent produire le même effet.

BiNET et Féré" sont parvenus à hypnotiser une personne en fatiguant son odorat par l'impression prolongée du musc, ils en endormirent une autre par des titillations du pharynx. — D'après Tissié', de

point brillant el d'}' concentrer son esprit, qu'on détache ainsi des bruits ambiants ; en même temps, avec sa main droite restée libre, l'opérateur fait des passes dans le dos, sur la tète, sur les bras... après quelques vibrations des paupières, il rapproche la bague étincelante, et, de la main droite, baisse les paupières. Le sujet est endormi. » (\ires, loco cit., p. 27.)

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