‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 77 sur 218 · DvvRXT. L instabilité mentale, p · texte numérisé non relu

DvvRXT. L instabilité mentale, p

2. Berïxheim. De l'amaurose hystérique et de rainaurost suggestive. Revue de Vhypnot., 1886-87, l. I, p. iSS.

liTUDE ANALYTIQUE DES SUGGESTIONS '2 1'J

hystériques, dit : « le sujet voit avec sa rétine ; il voit avec son cerveau .. . oculos habet et non videt. » Non; il ne voit pas avec tout son cerveau. Il voit avec ses centres polygonaux, mais pas avec son centre 0.

Donc, tous ces caractères paradoxaux ne sont pas extraordinaires ; ils rentrent dans des lois physiologiques plus générales.

Ainsi, pour la vue, on sait bien, en clinique, reconnaître, dans une certaine limite, jusqu'où l'excitation centripète pénètre. Si chez un aveugle la lumière impressionne la pupille, on ne niera pas pour cela qu'il soit aveugle ; sa cécité est bien réelle ; son anesthésie existe. Seulement l'excitation centripète existe aussi ; elle pénètre par le nerf optique et elle révèle son existence par la contraction de la pupille. Mais elle ne dépasse pas les tubercules quadrijumeaux.

Eh bien ! cette distinction que tout le monde fait entre les centres optiques inférieurs (tubercules quadrijumeaux) et les centres oj)tiques supérieurs (région péricalcarinienne), il faut la faire de la même manière entre les centres psychiques inférieurs (polygonaux) et les centres psychiques supérieurs (0).

Et alors on comprend ces aveugles dont parle JoLLY ^ (enfants atteints d'amaurose hystérique) : « ces enfants, qui paraissent ne percevoir aucune lumière, évitent les obstacles placés inopinément devant eux, et cependant ils ne se conduisent pas par le tact... ils ne ressemblent pas à des aveugles... il doit y avoir ici quelque espèce de perception. ))

I. JoLLY. Cit. P. ik^^T. Accidents mentaux de V hystérie, p. 272.

Gkasskt. (2*^ éd.) i3

2l8 HYPNOTISME ET SUGGESTION

Mais non. Il n'y a pas de perception du tout, ils n'y voient pas plus que l'aveugle de tout à l'heure. Seulement chez ceux-ci, l'excitation centripète, au lieu de s'arrêter aux tubercules quadrijumeaux, arrive jusqu'au polygone : l'un a ses contractions pupillaires, l'autre marche en évitant les obstacles ; tous les deux sont aveugles avec conservation des actions optiques inférieures au centre atteint.

Donc, ces anesthésies à caractères paradoxaux et contradictoires sont aussi bien des anesthésies que toutes les autres, elles ne sont paradoxales et contradictoires qu'en apparence. On les fait très bien rentrer dans les lois physiologiques générales en les considérant comme des anesthésies dans lesquelles l'excitation sensorielle centripète va jusqu'au polygone cortical, mais ne le dépasse pas et par suite n'atteint pas le centre 0.

Ce préambule nécessaire posé, on comprendra maintenant facilement les expériences qui conduisent à classer les suggestions sensitives négatives dans ce groupe (désormais bien connu et scientifique) des anesthésies à caractères paradoxaux ou contradictoires.

Un premier grand groupe de ces expériences vise les suggestions négatives visuelles.

Ainsi Philips a montré que la pupille obéit à la lumière chez un sujet rendu aveugle par suggestion.

Ceci est simple et facile à comprendre, puisqu'il

en est ainsi dans toutes les cécités dont la cause siège plus haut que les tubercules quadrijumeaux. C'est la loi de Wernicre : « i . Si la voie nerveuse des fibres pupillaires du nerf optique est interrompue derrière les tubercules quadrijumeaux, l'arc réflexe allant de la rétine à ces ganglions demeure intact et les pupilles réagissent comme d'ordinaire à l'excitation lumineuse ; 2. Si la voie nerveuse est intéressée en avant des tubercules quadrijumeaux, le réflexe lumineux pupillaire fera défaut. »

Plus curieuses déjà sont les expériences de superposition des couleurs absentes par suggestion.

On suggère à un sujet qu'il ne voit plus une couleur : cette couleur ne devrait plus intervenir dans, la formation de la couleur résultante ; il n'en est rien : la couleur non vue entre dans la composition de la couleur résultante, absolument comme si elle était vue. Ainsi un sujet privé, par suggestion, du rouge ou du vert, verra néanmoins le disque de Newton en rotation absolument blanc, c'est-à-dire de la même teinte que s'il n'était pas privé du rouge ou du vert (Gharcot, Régnard).

Un sujet privé du vert par suggestion ne distinguera pas un disque rouge et blanc d'un disque rouge et vert: il les verra identiquement rouges. Si on les fait tourner, il les distinguera l'un de l'autre, le vert intervenant alors comme chez un sujet normal. Le résultat est le même si, à ce même sujet qui ne voit plus le vert, on superpose des rayons rouges et des rayons verts, au moyen de verres superposés.

'2'20 HTPJNOTISME ET SUGGESTION

Regnard a bien déduit de ces expériences que la théorie de Yung sur les bâtonnets spéciaux de la rétine pour chaque couleur n'est pas applicable ici. Si l'achromatopsie suggérée portait sur les bâtonnets du vert ou les bâtonnets du rouge, on aurait beau superposer les couleurs, le vert ou le rouge n'interviendrait toujours pas dans la sensation résultante.

Donc chez l'achromatopsique la couleur non vue dépasse la rétine ; elle dépasse les centres basilaires puisque la pupille conserve ses réflexes. Elle arrive au polygone.

. Seulement dans son polygone suggéré le sujet ne voit pas le rouge ou le vert. Quand on superpose les couleurs, ce n'est plus du rouge ou du vert qui arrive à la perception, c'est une couleur résultante que le sujet suggéré sait encore voir et il la voit comme un sujet normal.

Chez ce même sujet, achromatopsique partiel, l'image complémentaire consécutive d'une couleur non perçue est la même que si cette couleur était perçue.

C'est l'expérience de Regnard pour les hystériques : un sujet, ne voyant pas le rouge, fixe longuement un carré rouge sur fond blanc ; elle voit tout gris. Mais, au bout d'un certain temps, la fatigue arrive et le sujet finit par voir le carré vert (couleur complémentaire du rouge).

BiNET et Ffré ont fait la même expérience dans desr cas d'achromatopsie suggérée (avec le concours dci Righer) et ils ont obtenu le même résultat.

Donc la couleur non perçue par suggestion arrive cependant jusqu'au polygone et y détermine la fatigue, tout comme si elle était perçue ; d'où l'image complémentaire consécutive.

A l'achromatopsie suggérée on peut aussi appliquer cette expérience de Parinaud chez l'hystérique.

Le sujet ne voit pas le rouge de l'œil gauche. Un carré rouge est vu rouge par l'œil droit seul, gris par l'œil gauche seul ; il est vu rouge dans la vision binoculaire. On place alors devant l'œil droit un prisme à base supérieure, l'image de la vision binoculaire est dédoublée, l'image de l'œil droit est séparée de l'image de l'œil gauche.

Il semble donc que dans ce cas l'une des images doit apparaître rouge et l'autre grise. Il n'en est rien. Elles apparaissent toutes les deux normales, c'est-àdire rouges.

Troublé par cette interposition du prisme, le sujet retrouve dans son polygone l'image rouge de l'œil gauche, qui n'était pas perçue jusque-là, mais qui y existait en réalité, latente.

Le mécanisme de l'erreur est le même dans l'expérience que Pitres a faite, chez les hystériques amaurotiques, avec la boîte de Flees: deux pains à cacheter, bleu et rouge, se disposent, grâce à un jeu de miroirs, de telle sorte que celui vu par l'œil droit apparaît à gauche et réciproquement.

L'amaurotique suggéré verra les deux pains à

cacheter et se trompera de côté, toujours comme un vulgaire simulateur.

Du même genre est l'expérience suivante de Bern- HEiM ^ : « Je me sers de l'appareil du D*" Stœber, modification de celui de Snellen, qui sert à déjouer les amauroses simulées. On place devant les yeux des malades une paire de lunettes dont l'un des verres est rouge et l'autre vert, et on leur fait lire sur un cadre noir six lettres recouvertes de carrés de verre alternativement rouges et verts. En regardant les deux yeux ouverts, on lit les six lettres ; en regardant avec un seul œil, l'autre étant fermé, on n'en voit que trois, celles recouvertes par le verre à même couleur que celle du verre de lunette correspondant à l'œil qui regarde ; les lettres rouges, si c'est l'œil à verre rouge qui regarde, les lettres vertes, si c'est l'œil à verre vert. Ceci résulte de ce que le vert et le rouge mélangés font du noir : si avec un verre rouge, on regarde du vert par transparence, on voit du noir. ))

Un sujet aveugle d'un œil par suggestion ne devrait voir que trois lettres, comme le sujet normal qui a un œil fermé. En réalité, il voit les six, comme le sujet normal qui aies deux yeux ouverts et y voit des deux yeux.

Quand un sujet a un rétrécissement du champ visuel, on peut démontrer que l'impression optique

I. Bernheim. De l'amaurose hystér. et de l'amaurose suggestive. Revue de l'hjpnot., t. I, 1887, p. 68.

arrive au polygone, même des parties obscures de ce champ visuel rétréci.

Un malade de Janet avait une attaque dès qu'il voyait une petite flamme (frayeur initiale d'un incendie). Son œil étant fixé sur le périmètre, on fait arriver, sans le prévenir, une allumette enflammée au lieu du morceau de papier attendu. A peine est-on arrivé à la division 80, à un endroit où il ne voyait pas du tout le papier, qu'il tombe en convulsion en criant : au feu 1 L'allumette avait agi comme d'habitude, quoiqu'elle eût influencé une partie du champ visuel insensible.

Une malade de Sabrazès tombe en catalepsie quand elle voit une souris empaillée. Son champ visuel s'arrête à la division 20 et la souris empaillée, placée à 5o ou 55, la fait tomber en crise.

De même encore, Beaunis a démontré qu'une personne rendue invisible par suggestion peut endormir le sujet au moyen de passes \

Un groupe d'égale importance est formé par les expériences dans lesquelles on démontre l'existence des impressions de sensibilité générale chez des sujets et en des régions insensibles, c'est-à-dire ayant de l'anesthésie suggestive plus ou moins étendue.

A un sujet rendu hémianesthésique à gauche par suggestion on dit : quand je vous toucherai à droite, vous direz oui et quand je vous toucherai à gauche, vous direz non. On lui fait fermer les yeux et l'expé-

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