‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 94 sur 218 · I. Cit. Gkocq. Loco cit., p · texte numérisé non relu

I. Cit. Gkocq. Loco cit., p

Ce qu'Alexandre Dumas a brillamment décrit et développé avec son imagination de romancier s'observe réellement dans un certain nombre de névroses.

11 est de stricte justice de citer, en tête des laits de ce genre, l'observation de Félida, cette hystérique célèbre qu'AzAM a suivie et étudiée pendant plus de trente ans, à partir de i858'.

« Vers rage de quatorze ans et demi, sans cause connue, quelquefois sous l'empire d'une émotion, Félida éprouvait une douleur aux deux tempes et tombait dans un accablement profond, semblable au sommeil. Cetétatdurait environ dix minutes. Après ce temps, et spontanément, elle ouvrait les yeux, paraissants'éveiller, et entrait dans le deuxième état qu'on est convenu d'appeler condition seconde ; il durait une heure ou deux, puis Taccablement et le sommeil reparaissaient et Félida rentrait dans Fétat ordinaire. »

Dans l'état second, « son caractère est changé, il était triste, morose, pendant sa condition normale, il devient plus tendre, plus gai, plus alTectueux ; en revanche, la malade est moins active, moins travailleuse. Son intelligence est plus développée et sa sensibilité paraît plus délicate. A la modification du caractère s'ajoute une modification de la mémoire; pendant la condition seconde, Félida conserve le souvenir de tous ses états et de tous les faits appartenant aiix deux existences ; c'est à ce moment que sa mémoire présente le maximum d'étendue ».

I. AzAM. Hypnotisme, double conscience et altérations de la personnalité, 1887. — Voir pour ce paragraphe Bimît. Loco cit., p. 6.

ÉTUDE ANATATTQUE DES SUGGESTIO>S 1^6 1

Donc, conclut Binet, « Félida est réellement deux personnes morales et a réellement deux Moi ».

Déjà, en i83o, Mac Nish ' avait publié une observation de MiTCHELL et Nott (1816) d'une dame qui présentait aussi une double personnalité. En 1876, DuFAT de Blois"^ a publié une nouvelle observation analogue. Puis Bourru et Burot'^ observent un sujet, mieux analysé encore, chez lequel les deux personnalités sont également caractérisées et distinguées l'une de l'autre par un état spécial de la motilité et de la sensibilité.

Enfin on peut dire que l'histoire du somnambulisme spontané et de l'automatisme ambulatoire contient un grand nombre de faits de ce genre : on peut dire que tous ces malades en crise représentent une personnalité difîérente de celle qu'ils représentent à l'état normal.

Cependant, à côté des analogies que nous venons de souligner avec les classiques, on peut indiquer une difîérence bien nette qui sépare tout le groupe des troubles spontanés de la personnalité des troubles suggérés de nos hypnotisés.

Chez tous ces névrosés, il y a certainement deux états bien différents. Mais on ne peut pas dire que chacun de ces états constitue à proprement parler une autre personne : le sujet ne devient ni général, ni pâtissier, ni vieille femme ; il reste lui ; il se modifie beaucoup, il ne se transforme pas en un autre.

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