‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 95 sur 218 · Cit. BiNET. Ibidem, p · texte numérisé non relu

Cit. BiNET. Ibidem, p

Les analogies sont au contraire beaucoup pins grandes entre nos hypnotisés et les médiums.

Le médium, lui, se transforme complètement en une autre personne, tout comme le sujet en hypnose.

Témoin, ce récit, emprunté par .Ianet à la Revue spirite, d'une transe de M"'*' Hugo d'Alézy, qui est un (( excellent médium ».

« On l'endort. Après une première période de somnambulisme ordinaire où elle parle encore en son nom , elle se raidit un instant, puis tout est changé. Ce n'est pas M""^ Hugo d'Alézy qui nous parle, c'est un esprit qui a pris possession de son corps. C'est Eliane, une petite jeune personne, avec une prononciation légèrement précieuse, im brin de caprice, im petit caractère qu'il faut manier délicatement. — PSouvelle contracture et changement de tableau : c'est Philippe et M. Têtard qui chique et qui boit du gros \in, ou l'abbé Gérard qui vient faire des sermons, mais qui trouve la tête lourde et la bouche amère à cause de lincarnation précédente, ou M. Aster, un grossier personnage obscène qu'on renvoie bien vite, ou bien un bébé, une petite fille de trois ans. Comment t'appellestu, ma mignonne ? — Zeanne. — Et que veux- tu ? — Va cercer maman et mon ti frère et papa. — Elle joue et ne veut plus partir. Nouvelle contracture et voici Gustave ; ah, Gustave mérite qu'on l'écoute. On lui demande de faire de la peinture, parce qu'il était rapin de son vivant. Ecoute bien, répond-il, par la bouche de ce pauvre médium qui dort toujours, il faut du temps pour brosser quelque chose qui ail du chien, ce serait trop long, on se ferait des cheveux

pendant ce temps-là... J'ai essayé tant de fois de me manifester, mais pour cela il faut des fluides ; pour communiquer sur la terre avec les copains, c'est très difficile ; là-haut on est comme les petits oiseaux ; mais sur la terre, c'est plus ça, ah ! c'est embêtant d'être mort... Pourtant on n'a plus un tas de choses qui ne sont pas amusantes, on n'a pas à aller au bureau, on n'a pas à se lever matin, on n'a pas de bottes avec des cors aux pieds; mais je ne suis pas resté assez sur la terre, je suis parti au moment où j'allais m'amuser ; si je reviens sur la terre, je veux être peintre ; j'irai à l'Ecole des Beaux-Arts pour chahuter avec les autres et rigoler avec les petits modèles. Sur ce, je vous souhaite le bonsoir. — Qui va venir après Gustave ? Parbleu, le poète Stop pour finir, parce que Stop veut dire : Arrête. Celui-là est mélancolique et dit d'un ton chantant: Mon âme avait besoin d'amour, et je cherchais sans en trouver ; si j'avais eu un peu plus de temps, je vous aurais mis cela en vers ; je sais bien que ça perd à être en prose; mais, vu l'heure avancée, j'ai pris ce que j'avais de plus court. — Après cette séance qui a du être fatigante, on réveille le médium qui se retrouve être M""^ Hugo d'Alézy comme devant. »

On voit immédiatement les étroites analogies qui rapprochent complètement ces faits des faits de suggestion de personnalité. Mais on voit aussi rapidement la différence qui les sépare.

Chez le médium la suggestion ne joue aucun rôle ; le magnétiseur peut lancer le médium ou bien le médium se met lui-même en transe. En tous cas, une fois désagrégé et parti en crise, le polygone du

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médium est entièrement livré à sa propre imagination, il passe d'un personnage à un autre spontanément. — Le sujet en hypnose, au contraire, non seulement est mis en hypnose par le magnétiseur; mais celui-ci lui suggère le personnage dans lequel il va se transformer et il ne change pas de personnage jusqu'à ce que l'hypnotiseur lui ait suggéré de passer à une autre personnalité.

Malgré ces différences qu'il était important de souligner pour montrer et maintenir l'individualité et les caractères propres des suggestions de personnalité, il n'en reste pas moins utile de rapprocher ces différents types cliniques, qui montrent l'étendue de ce grand groupe des altérations de la personnalité, soit spontanées, soit provoquées.

Nous sommes sulïisanmient documentés maintenant pour aborder l'explication de ces suggestions de personnalité ou du moins pour montrer comment tous ces symptômes peuvent être interprétés dans le langage que nous avons adopté.

4. La difficulté du problème apparaît immédiatement dans cette contradiction de fait: qui dit individualité ou personnalité dit unité, indivisibilité, immutabilité ; et, dans toutes ces suggestions et dans toutes ces altérations de la personnalité, il n'est parlé que de dédoublement, de multipUcité, de transformation.

La contradiction et la difficulté sont parfaitement exprimées dans les deux passages suivants, l'un de

DupRAT qui, partant des données philosophiques, affirme Tunité indivisible de l'être, Tautre de Binet, qui, partant des troubles de la personnalité observés, affirme la divisibilité du Moi.

DuPRAT^ cite d'abord cette phrase de Lachelier : « notre Moi ne peut pas cesser d^être réellement le même; mais il peut cesser de nous paraître le même » ; puis il se refuse à faire « la distinction du Moi nouménal et du caractère phénoménal » et il déclare : « là nature de notre moi peut être altérée à la longue, radicalement changée jamais », ajoutant d'ailleurs : « nous ne préjugeons en rien par cette affirmation la question métaphysique de l'unité et de l'identité de l'âme, et ce n'est pas un préjugé spiritualiste qui nous fait repousser Tidée d'une désagrégation mentale ou d'un dédoublement du moi. Nous restons sur le terrain de l'observation. »

Voici d'autre part ce que dit Binet " : « nous sommes faits de longue date par les habitudes du langage, par les fictions de la loi, et aussi par les résultats de l'introspection, à considérer chac|ue personne comme constituant une unité indivisible. Les recherches actuelles modifient profondément cette notion importante. Il paraît aujourd'hui démontré que si l'unité du Moi est bien réelle, elle doit recevoir une définition toute différente. Ce n'est point une entité simple, car, s'il en était ainsi, on ne comprendrait pas comment, dans des conditions données, certains malades, exagérant un phénomène qui appartient sans doute à la

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