liapport secret destine- au Roi
PROCES DE LHYPXOTISME. 209
— Est-ce que tous les hypnotiseurs emploient ces moyens condamnables ? Est-ce qu'ils n'en ont pas de parfaitement honnêtes à leur disposition? Un malade vient prier M. Bernheim de l'hypnotiser. Le docteur lui dit : « Prenez ce fauteuil, asseyez -vous bien à ^'otre aise, fermez les yeux et pensez uniquement à ceci : que vous devez dormir... vous pouvez dormir... vous allez dormir... voici le sommeil... vous dormez... dormez... » Et le malade dort. Ainsi procède toute l'Ecole de Xancy, qui est maintenant la grande école de l'hyi^notisme. Que voit- on de condamnable dans ce procédé? Rien, à coup sûr. Ne dites donc pas : « Les hypnotiseurs emploient pour endormir des moyens que la morale condamne » ; dites : des hypnotiseurs... Avec cette seule petite distinction entre les et des, c'est-à-dire entre les aventuriers ignobles et les hommes de science et d'honneur, vous verrez votre difficulté, et votre argument, s'en aller en fumée claire.
Mais c'est ce déplorable effet de l'hypnotisme, dont il ne faut parler qu'à voix basse, qui peut-être va nous causer plus d'embarras.
L'on affirme donc que l'hypnose fait naître <( une passion violente et une attraction presque irrésistible ' dans le sujet hypnotisé, à l'égard de son hypnotiseur >-. Et l'on cite des faits qui ne laissent pas que d'impressionner ; celui, par exemple, dont fut témoin au Havre,
1. Touroude, L'Hypnotisme, ses phénomènes et ses dangers, p. 80.
M. Ochoro^vicz : cette dame, épouse et mère de famille, traversant la ville en courant pour se rendre près de M. le D"" Gilbert qui l'avait magnétisée, en lui donnant rendez-vous à son cabinet de consultation, et qui, une fois arrivée, « se livre à une joie folle, saute sur le canapé comme une enfant et frappe des mains en criant : (( Vous voilà î... vous voilà enfin!... Ah! comme je suis contente!... ^ » ; et cette jeune femme tellement éprise de son médecin qui la traitait par l'hypnotisme, qu'elle ne peut supporter son départ, et va le rejoindre, au grand scandale de la ville qu'elle habitait, dans la nouvelle résidence où il s'était transporté - ; et cette autre dame disant à un médecin célèbre que' la discrétion a empêché de nommer : ce Docteur, vous êtes un honnête homme, et moi je suis une honnête femme ; eh bien ! je ne me prêterai plus à ce traitement ; car à mon réveil, je l'avoue, je ressens pour vous un attrait si violent que je ne pourrais pas y résister ^ . »
— J'admets les faits : mais je demande quelle en a été la vraie cause. Est-ce l'hypnotisme ? L'hypnotisme en a-t-il été la cause, ou seulement l'occasion ? Est-ce que cette passion violente est en quelque sorte l'effet spécifique de l'hypnose? Qu'on le prouve. L'a-t-on prouvé ? A-t-on même essayé de le prouver ? Non.
Une passion violente, mais un médecin non hypnotiste, un avocat, un notaire, un officier, que dis -je ? un valet, un tailleur, un coiffeur peuvent l'inspirer, et l'ins-
1. Touroude, l'Hypnotisme, ses 2)h'Juomèiies et ses daugers, p. 80. 2. Ibid., p. 7.