Revue de Vhypnotisme, juillet
PROCES DE L'HYPXOTISME. 233
médecin de la Salpêtrière, dans les circonstances que Ton va lire :
(( Une fille âgée de vingt-deux ans , séquestrée à Saint-Lazare à la suite de vols et d'abus de confiance, avait été reconnue aliénée et envoyée à la Salpêtrière. C'était une fille gi-ande et forte, d'une intelligence peutêtre au-dessous de la moyenne, pensive et sournoise. Sauf un front bas, on ne remarquait chez elle aucune conformation défectueuse. Indocile, paresseuse, ordurière, elle manifestait toujours de la mauvaise humeur, et récriminait à propos de tout. Quand elle était inoccupée, elle prononçait des paroles incohérentes qui annonçaient l'existence d'un délire maniaque. Bientôt, elle a des accès d'agitation, devient furieuse, et on ne peut la maintenir qu'avec la camisole de force. Elle a aussi, de temps en temps, des attaques d'hystérie sous forme de perte de connaissance, sans convulsions.
ce M. A. Voisin pensa à l'hypnotisme pour calmer cette violente agitation. Étant un jour venu à Timproviste dans son service, il trouva la malade camisolée, assise dans la salle des douches, le bonnet d'irrigation d'eau froide sur la tête. Il essaya de l'hypnotiser en lui faisant fixer des yeux le doigt placé au-dessus de son nez ; mais, à cause de la difficulté de lui faire regarder fixement un objet, il n'obtint le sommeil qu'en la regardant de très près, à quelques centimètres de son visage et en suivant tous les mouvements de ses yeux. Au bout de dix minutes survint un strabisme convergent auquel succéda bientôt un sommeil stertoreux. xlprès cinq mi-
nutes de ronflement, elle se mit à bavarder d'une façon incohérente.
'( Les jours suivants, nouvelles tentatives d'hj-pnose, plus difficiles que la première, mais cependant suivies aussi de succès ; à la suite des séances, on constate un peu de calme. Yoici un échantillon des difficultés que rencontra M. Voisin dans ses expériences : « Elle réa siste, se débat, lui crache au visage; la grande diffic( culte est de lui faire fixer un objet. M. Voisin est c( obligé de lui tenir les paupières entr'ouvertes et de «( suivre ses yeux ; après sept ou huit minutes, elle se a débat, devient somnolente, prononce quelques mots, <( puis s'endort. » Peu à peu le sommeil devient de plus en plus parfait : « Elle est assise sur une <i chaise, la tête renversée en arrière et appuyée sur « un lit ; les mains pendantes se cyanosent, les mem- '( bres sont dans la résolution absolue, l'anesthésie '( est complète; une grosse épingle enfoncée dans « la peau n'est nullement sentie. C'est à partir de a cette séance que nous l'avons interrogée, et qu'elle f( nous a donné sur sa vie les détails qu'elle nous avait <c cachés jusqu'alors. »
ce Peu à peu, sous l'influence d'hypnotisations répétées, cette malade se calma, devint lucide, et put être rendue à la liberté. Un point remarquable, c'est qu'en même temps que l'intelligence reprenait son équilibre le moral se modifiait d'une façon avantageuse, et qu'elle abandonnait son langage et ses habitudes de prostituée ' . »