Bemheim, Delà suggestion, etc., p
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ble : mais je reconnais d'autre part que sa thèse, sous la forme absolue où il la présente , n'est pas davantage démontrée. M. Bernheim prouve à l'évidence qu'avec la suggestion seule l'on peut produire tous les phénomènes hypnotiques obtenus à l'aide de n'importe quel autre procédé : mais quelle raison apporte-t-il qui nous oblige à penser que nul autre procédé que la suggestion ne peut amener l'hypnose? Cela, je n'ai pas vu qu'il le prouve, je n'ai pas même vu qu'il tente de le prouver. Je reste donc avec un doute, et tout ce que j'ai lu de ses écrits n'a pu établir ma conviction sur ce point \
Du reste, M. Bernheim a supérieurement fait ressortir le rôle prépondérant de la suggestion dans les phénomènes hypnotiques ; et, après ce que nous lui avons entendu dire, nous comprenons parfaitement que si les divers procédés d'hypnotisation ne doivent pas être confondus avec la suggestion comme identiques, ils ne lui sont pas tellement étrangers qu'ils ne puissent s'unir à elle, pour lui prêter ou en recevoir un surcroît d'efficacité. Là-dessus tout le monde est d'accord -.
Je ne crois pas devoir pour le moment en dire davan-
1. A Nancy, les collègues de M. Bernlieim ne sont pas tous, paraît-il, de son avis. Ainsi M. Beaunis écrit : (( M. Bernheim s'en tient à la suggestion pure et reste inébranlable sur ce terrain, tandis que M. Liébeault tend à aller plus loin ; et je suis convaincu, pour ma part, que la suggestion n'explique pas tout et qu'il y a autre chose. x> Le somnambulisme ijroi'oqué, p. 290. — Voir encore une citation curieuse de M. Liébeault dans l'ouvrage de M. le D"^ Ochorowicz intitulé : De la suggestion mentale,^. 382.
2. D"^ von Schrenck-Notzing , Ueher Suggestion und suggestive Zustande, p. 1.
3G L'HYPXOTISME FRANC.
tage sur ce sujet ; et, sans m'arrêter plus longtemps, je passe à notre seconde question : Pouvons-nous tous hypnotiser ?
Il va sans dire que je ne demande pas s'il est permis, s'il est licite, au point de vue moral, de pratiquer l'hypnotisme. Cette grave question ne pourra trouver sa place qu'à la fin de notre traité. Je demande simplement si les moyens que nous avons énumérés de produire le sommeil dit « artificiel » sont efficaces, employés par qui que ce soit.
Étant donné que tout homme, à moins d'être manchot deux fois, peut tirer un coup de fusil, frapper un gong ou un tam-tam, diriger un rayon de lumière ou un courant électrique sur un sujet, tenir suspendu un objet brillant, faire tourner le miroir aux alouettes, l'on est en droit d'affirmer que tout homme, dans une certaine mesure, peut hypnotiser. Je dis, dans une certaine mesure : car si un hypnotiseur s'en tenait uniquement à l'action mécanique de ces moyens, sans la renforcer par quelques suggestions, il devrait se résigner à endormir peu de monde. La suggestion en effet, en accordant qu'elle n'est pas le seul facteur dans l'hypnotisme, y joue un rôle si important, de l'aveu de tous, que, sans elle, pratiquée d'une façon plus ou moins consciente, les autres moyens sont d'une portée fort
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restreinte. Qui n'est pas capable d'être un Ivdhïiesu^f/estioniste ne sera jamais un vrai hypnotiste.
Or pour être un habile suggestioniste , il faut un ensemble de qualités qui ne se rencontre pas si souvent.
Pour que la suggestion ait son plein effet, il faut avant tout, comme dit M. Bernheim, « capter l'esprit », c'est-à-dire l'imagination. Mais, l'imagination est un oiseau qui ne se laisse pas facilement saisir, et à qui il n'est pas facile de lier les ailes.
Il faut que l'image du sommeil soit mise et demeure vigoureusement en saillie, qu'elle efface toutes les autres, qu'elle absorbe et concentre toute l'énergie psychique, au point que la mémoire et l'intelligence ne fassent pas de diversion, et que la volonté n'oppose de résistance ni ouverte ni cachée. Or, c'est un grand art de savoir faire prendre à l'image un tel relief, un tel empire. Cela suppose que l'on connaît à fond la nature de l'imagination, ce qui l'attire, ce qui la fixe, ce qui l'exalte, les influences qu'elle subit ou exerce du côté des autres facultés. Un bon hypnotiste doit être un bon psychologue.
Une science psychologique abstraite, même exacte et approfondie, ne suffit pas. L'hypnotiste, en effet, n'opère pas sur l'homme abstrait, mais sur des individus, dont le tempérament, le caractère, l'éducation, l'état moral, la condition sociale, les emplois, les préoccupations, les habitudes de penser et de sentir varient à l'infini. Il faut savoir saisir ce qui constitue et ce qui différencie chaque individualité, deviner l'âme de la personne qui est en présence, découvrir par où l'imagil'hypxotisme franc. 3
nation est accessible, et juger d'un coup d'œil 8Ûr de quelle manière, en quel temps, et pour ainsi parler à quel endroit du cerveau, il faut enfoncer Timage hypnosigène, pour qu'elle pénètre plus avant et puisse mieux tout atteindre, et momentanément tout paralyser. Qui ne voit combien tout cela suppose de clairvoyance, de finesse d'observation, de souplesse d'esprit ? M. Bernheim, dans une lettre à M. Forel, le savant professeur de psychiatrie de Zurich, écrivait : « Le tout est, pour réussir dans la suggestion, d'être bien inspiré : il ne faut que trouver le joint par où arriver à la suggestivité de l'individu \ » Oui, mais il faut être inspiré et savoir trouver le joint.
Bien inspiré, M. Bernheim qui l'est souvent, l'avait été en particulier dans le cas auquel il fait allusion en écrivant les paroles que nous venons de lire. Il s'agissait d'une femme de la campagne, hystérique, qui était venue le trouver pour qu'il la guérît de douleurs d'entrailles et d'estomac. Il ne put arriver à l'endormir, pas plus que n'y avait réussi M. Liébeault quelque temps auparavant. Après deux tentatives inutiles : c( Peu importe, dit-il à la bonne femme, que vous dormiez ou non. Je vais vous magnétiser l'estomac et la poitrine, et ainsi les douleurs s'en iront. » Les douleurs, en effet, disparaissent en quelques minutes, mais reviennent le soir. Nouvelle magnétisation le lendemain : nouveau succès, quoique incomplet encore. Le troisième jour, non seulement il fait disparaître les douleurs